L'unité nationale au coeur de l'enjeu électoral

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Hélène Buzzetti
Édition du vendredi 25 novembre 2005

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Ottawa -- Les quatre partis politiques fédéraux ont fourbi leurs armes hier alors que le gouvernement vivait ses dernières heures. Profitant du débat sur la motion de défiance de Stephen Harper, chacun a donné un avant-goût des attaques qu'il lancera contre son adversaire. La campagne électorale s'annonce sale et le thème de l'unité nationale risque de sortir des frontières du Québec. Le Parti conservateur et le NPD se joignent aujourd'hui au Bloc québécois pour dépeindre le Parti libéral comme une nuisance à l'unité canadienne.

C'est Stephen Harper qui a ouvert le débat hier matin en tant que parrain de la motion-arrêt de mort au Parlement. La quasi-totalité de son discours a porté sur la culture du «tout m'est dû» qui prévaut au Parti libéral du Canada et sur la «corruption» qui le ronge. Mais M. Harper s'est aussi montré disposé à occuper le terrain de l'unité nationale, généralement réservé au PLC. Il sait que les libéraux l'attaqueront sur ce front et il prévient les coups.

En effet, la stratégie libérale devient de plus en plus claire. Le ministre Tony Valeri, qui donnait la réplique à M. Harper dans ce débat, a mis cartes sur table: les conservateurs sont dangereux parce qu'ils sont prêts à s'associer aux séparatistes du Bloc québécois et à concéder plus de pouvoirs aux provinces, une recette parfaite pour l'éclatement du Canada. Plus tard en journée, Pierre Pettigrew en a remis en qualifiant ce scrutin fédéral de première période d'un match référendaire qui en compte trois. Une victoire du Bloc est un pas vers la souveraineté, a-t-il mis en garde.

Tout indique que les libéraux feront de l'unité nationale un enjeu électoral à l'extérieur du Québec, une sorte de repoussoir destiné à détourner les électeurs du Parti conservateur de Stephen Harper. Va-t-on en parler davantage qu'au Québec? En tout cas, à la suite du discours de Gilles Duceppe sur la motion de défiance en Chambre hier, aucun libéral ne lui a posé de questions sur la souveraineté, tous se limitant à vanter la performance économique du Canada.

La stratégie de Stephen Harper consiste à discréditer le Parti libéral sur la question de l'unité nationale. «Le premier ministre, après avoir raté une occasion après l'autre de travailler avec le premier ministre québécois le plus dédié au fédéralisme que la province ait eu de toute ma vie, veut maintenant avoir l'air ferme en s'en prenant au nouveau chef du Parti québécois, qui n'est même pas le premier ministre du Québec et qui n'a même pas de siège à l'Assemblée nationale», a-t-il lancé hier. Même Jack Layton accuse les libéraux d'être «le meilleur argument de vente du Bloc québécois». «Pendant 12 ans, les libéraux ont dit qu'ils renforceraient le Canada, mais l'appui à la souveraineté atteint son paroxysme.»

M. Harper s'en est pris aux libéraux qui, depuis une semaine, critiquent le nouveau chef du PQ, André Boisclair, et son intention de ne pas respecter la Loi sur la clarté référendaire. «Un parti qui a été nommé par une commission d'enquête, qui a été reconnu coupable d'avoir contrevenu à toutes les lois imaginables au Québec avec l'aide du crime organisé, ne peut pas faire la leçon aux séparatistes, ni à qui que ce soit, à propos du respect de la loi.»

Tony Valeri a répondu que les conservateurs -- et, avant eux, les réformistes et les alliancistes -- avaient une «vision étroite du Canada, un Canada qui serait à la merci des provinces», et que «le seul gouvernement responsable de tous les Canadiens serait à ce point affaibli qu'il ne pourrait plus agir». M. Harper, a continué le ministre Valeri, «veut un pays qui ressemble à la Belgique, avec plus de capitales dans ce pays. Nous, nous croyons à un gouvernement central fort». Selon M. Valeri, l'unité canadienne est en péril à cause de M. Harper.

M. Valeri a prononcé son discours -- dont la teneur est moins susceptible de plaire à l'électorat québécois -- en anglais seulement. Plus tard, Pierre Pettigrew s'est adressé en français à la presse, expliquant la stratégie en trois temps des souverainistes, celle-ci débutant par l'élection d'un fort contingent de députés bloquistes et se terminant par la tenue d'un référendum.

«Je lance un appel aux fédéralistes. Ceux qui, parmi les fédéralistes, songent à appuyer le Bloc pour toute raison que ce soit doivent être conscients qu'ils appuient l'indépendance du Québec. C'est la première période d'un nouveau match de hockey qu'ils souhaitent conclure par un référendum [...]. Alors, c'est la raison pour laquelle je vous dis qu'il faut être très vigilant, très conscient, parce que si le camp du OUI prend une grande avance dans la première période, on le sait, au hockey, que, parfois, à cause de l'avance prise dans la première période, on a de la misère à la rattraper en deuxième et en troisième.»

Corruption

Évidemment, tous les partis d'opposition ont pris la parole en Chambre pour dénoncer la corruption du Parti libéral. Énumérant les comptes de dépenses gonflés du ministre Joe Volpe, la prime de séparation versée à David Dingwall, parti en pleine disgrâce, l'utilisation abusive des avions Challenger du gouvernement ou encore les nominations d'amis du régime au Sénat, M. Harper a voulu faire passer un message simple: de Jean Chrétien à Paul Martin, rien n'a vraiment changé. «Voici le nouveau patron, le même que l'ancien. La culture libérale du "tout m'est dû" se poursuit. Le public doit avoir l'occasion d'y mettre un terme.»

Gilles Duceppe a entièrement consacré son discours aux abus libéraux, concluant qu'ils avaient perdu l'autorité morale de gouverner. M. Duceppe a aussi dénoncé la pluie diluvienne d'annonces faites par le gouvernement aux derniers moments de son existence. «Comme d'habitude, ils sont en train de confondre les intérêts de l'État et les intérêts du Parti libéral du Canada, comme dans le cas des commandites.»

Le discours était sensiblement le même du côté de Jack Layton, qui a déploré que les libéraux décident maintenant, à quelques jours du déclenchement d'élections, de faire des gestes dans des domaines où ils sont restés inactifs, selon lui, pendant leurs 12 ans passés au pouvoir. «Assez, c'est assez!»

M. Layton a même poussé l'audace jusqu'à affirmer, et deux fois plutôt qu'une, que le «crime organisé» avait été impliqué dans le scandale des commandites. Il n'a pas précisé davantage sa pensée. «Les preuves déposées devant le juge Gomery en avril ont sapé l'autorité morale du Parti libéral pour gouverner ce pays.»


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