Laval perd ses milieux humides en dépit de sa politique de protection

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Louis-Gilles Francoeur
Édition du jeudi 24 novembre 2005

Mots clés : environnement

Avec ou sans autorisation de Québec ou de la Ville de Laval, 41 milieux humides de cette ville ont disparu en un an sous les assauts des béliers mécaniques des promoteurs. Si on ajoute à ce nombre les 31 autres milieux humides qui ont été altérés à divers degrés, on obtient un total de 71 milieux humides à avoir été touchés d'une façon ou d'une autre sur les 339 recensés dans le périmètre urbain de cette ville, soit 20 %.

Laval ne conteste pas ce bilan mais affirme que la plupart des milieux humides naturels, disparus ou affectés, ne sont pas pour autant perdus.

En entrevue, le directeur général adjoint à l'environnement et à l'urbanisme de Laval, Me Gaétan Turbide, a précisé que la «perte nette» se résume à quelques cas totalisant à peine quatre hectares. En comparaison, les 41 milieux humides disparus avec ou sans autorisation qu'a recensés le Conseil régional de l'environnement (CRE) totalisent 15 hectares sur les 210 hectares en principe protégés par la politique de «zéro perte nette» de la Ville.

En entrevue au Devoir, Me Turbine a précisé que la différence de 11 hectares entre le bilan du CRE et celui établi par ses services s'explique par le fait que plusieurs des travaux réalisés dans ces milieux humides ont été autorisés par le ministère du Développement durable, de l'Environnement et des Parcs (MDDEP) par voie de «certificats d'autorisation». Le ministère, a précisé le DGA de Laval, a exigé, tout comme la Ville dans certains dossiers, des compensations sous forme de nouveaux milieux humides ou d'aménagements pour assurer leur survie.

Dans d'autres cas, a précisé Me Turbide, les dossiers ont donné lieu à des poursuites toujours pendantes à l'heure actuelle. Dans tous ces cas, la Ville ou le ministère réclament des compensations, de sorte qu'on ne peut pas encore parler de perte nette. Enfin, plusieurs autres dossiers font l'objet d'avis d'infraction et sont à l'étude pour déterminer s'il y a lieu d'intenter des poursuites et quelles seront les compensations demandées. Dans ces cas-là aussi, a poursuivi Me Turbide, on ne peut pas parler de perte nette «puisque la Ville n'a abandonné dans aucun de ces cas l'espoir d'obtenir une compensation totale».

Mais pour Richard Pelletier, le biologiste du CRE qui a entrepris depuis septembre dernier de recenser toutes les pertes et tous les empiétements sur les 339 milieux humides connus du périmètre urbain de Laval, «ce qu'on voit, ce sont de vraies pertes de vrais milieux humides naturels. Les compensations viendront peut-être un jour mais, pour l'instant, les pertes sont réelles et les compensations sont virtuelles. La réalité, c'est que ces pertes se produisent à un rythme accéléré. Dans certains cas, comme au dépotoir Gagné, où on a d'ailleurs continué d'agrandir le site encore cette semaine, la Ville comme le ministère semblent incapables de contrôler la situation, même si tout se fait à découvert».


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