Perspectives: Parlons-en!

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Gérard Bérubé
Édition du jeudi 24 novembre 2005

Mots clés :

L'Ontario a son Portus et ses 800 millions disparus. Le Québec a ses Norbourg (130 millions) et Norshield (500 millions), ses Argentum et Zénith à une plus petite échelle. Ces scandales concernent une industrie -- les fonds alternatifs, ou hedge funds -- qui peut voir naître 500 nouveaux venus par année et disparaître le tiers de ses joueurs après deux ou trois ans seulement. Sur du sable aussi mouvant, comment éviter que les investisseurs ne s'enlisent dans un autre Norbourg?

Pour Pierre Hamel, les Norbourg, Norshield et compagnie ont pour point commun «la concentration destructrice des pouvoirs» entre les mains d'un seul individu. Mais pour le président du Conseil des fonds d'investissement du Québec, qui a pour mission la promotion des intérêts des manufacturiers, distributeurs et courtiers en fonds d'investissement, il ne faudrait pas que la réponse ou la réplique emprunte à la structurite et à la surréglementation, dont le coût serait inévitablement refilé aux investisseurs. Poursuivons donc la réflexion et le débat au lieu d'agir de manière précipitée, implore-t-il. «Parlons-en!», a-t-il martelé.

«Il ne faudrait surtout pas faire de changements qui viendraient alourdir le système pour 99 % des gens honnêtes du marché et qui ne régleraient pas le problème», a souligné Pierre Hamel en début de semaine, lors du Congrès de l'assurance et de l'investissement organisé par le Journal de l'assurance. Certes, il y aura toujours des abuseurs de pouvoir. Il y aura toujours des fraudeurs, des règles que l'on voudra contourner. Mais ce 1 %, pour reprendre le pourcentage de Pierre Hamel, représente cette fois-ci 1,5 milliard de dollars en épargne détroussée dans ces cas découverts depuis moins d'un an reliés aux fonds alternatifs. Pour reprendre l'expression d'Yves Michaud: «Là où il y a de l'argent, il y a un véritable parc d'attractions pour les voleurs!»

Les investisseurs institutionnels n'entendent plus se faire prendre. Eux qui sont de plus en plus attirés par ces fonds conçus pour se nourrir de la volatilité des cours et pour offrir peu de corrélation avec le marché boursier ou un faible risque à la baisse promettent de faire diligence. L'Industrielle Alliance l'a compris. En annonçant vendredi dernier qu'elle inscrivait une provision supplémentaire de 64,9 millions à ses états financiers pour finalement radier complètement son placement de 77,9 millions dans Norshield, l'institution québécoise a rappelé qu'elle avait resserré ses critères de sélection pour le choix de ses gestionnaires externes. De plus, «nous exigeons maintenant d'avoir un accès direct en tout temps aux titres en portefeuille chez le gardien de valeurs. À moins qu'il ne s'agisse d'institutions de grande renommée ou qui possèdent des affiliations avec des institutions financières plus importantes.»

Au Mouvement Desjardins, les spécialistes en gestion tactique ou stratégique avaient déjà fait part des précautions qu'un institutionnel doit prendre lorsqu'il aborde les fonds alternatifs. Un univers où la fraude se conjugue au quotidien, ont-ils mis en exergue lors d'une présentation aux médias en février 2002. Chez Desjardins, on jouait alors la carte de la démocratisation des fonds de couverture en retenant l'approche d'un portefeuille diversifié en «hedge funds». Et la qualité première d'un tel gestionnaire de fonds de fonds, c'est «son processus de vérification diligente» disaient les spécialistes.

Ce travail de vérification diligente doit être continu afin d'éviter la fraude, les fraudeurs. Visite des lieux, recours aux détectives privés, enquêtes permettant de fouiller le passé des gestionnaires à l'étude, obtention des garanties quant à l'existence ou non d'une structure de vérification indépendante... Voilà autant de composantes devant appuyer le processus de sélection dans une industrie où l'on dénombre environ 6000 gestionnaires, où entre 400 et 500 gestionnaires font leur apparition sur le marché chaque année et où le tiers disparaissent après quelques années seulement.

À la lumière de tout ceci, comment éviter un nouveau Norbourg? En ces lendemains de scandales, le premier réflexe du petit investisseur sera de s'en remettre aux grandes institutions, qui disposent des ressources d'enquête et qui absorbent le choc en cas de fraude. Si le gestionnaire ou le petit cabinet désirant maintenir une relation directe avec le petit investisseur veut survivre, puisqu'on ne peut lui imposer une dilution des pouvoirs ou des règles de bonne gouvernance, il devrait faire la démonstration que la vérification externe est indépendante, vraiment indépendante. Il devrait également se soumettre à des enquêtes spontanées, plus fréquentes. Après tout, c'est au terme d'une enquête amorcée en novembre dernier auprès de la quinzaine de cabinets engagés dans la distribution des produits financiers que l'Autorité des marchés financiers (AMF) a pu mettre à nu ces scandales.

Reste la fraude et la malversation, qui deviennent limitées dans le temps si l'exercice de vérification joue son rôle efficacement. Et dont l'impact pourrait être amoindri si le fonds d'indemnisation couvrant les manoeuvres dolosives des conseillers était élargi pour englober les gestionnaires.

Quant à la dissuasion... Amende maximale de cinq millions de dollars et peine maximale d'emprisonnement de cinq ans purgée au sixième, c'est peu pour quelqu'un qui a détourné 130 millions, voire 500 millions.

Parlons-en!


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