Fronde écologiste contre Charest
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Les groupes ne croient plus à la politique de développement durable
Le milieu environnemental québécois «n'a plus confiance» dans le gouvernement Charest parce que son exercice du pouvoir depuis deux ans et demi «va exactement dans le sens contraire à ses déclarations en faveur de la protection de l'environnement et du développement durable», a déclaré hier Steven Guilbeault au nom de quatre importants groupes écologistes québécois.Les groupes n'ont pas seulement qualifié de «ridicules» les consultations que Québec a décidé de tenir sur le projet de loi du ministre Mulcair sur le développement durable et, depuis une semaine sans prévenir personne, sur son ébauche de politique de l'énergie. Les groupes vont beaucoup plus loin et affirment qu'à moins d'un changement de cap majeur du gouvernement Charest, ils vont boycotter la commission parlementaire sur le développement durable et la consultation par Internet sur la politique énergétique.
Cette fronde, d'autant plus significative qu'elle provient de groupes qui n'hésitent pas à collaborer avec les gouvernements en général, réunit sur un même front le mouvement vert étudiant Environnement Jeunesse, Équiterre, Greenpeace et Nature Québec, que l'on connaissait jusqu'ici sous le nom d'Union québécoise pour la conservation de la nature (UQCN). D'autres groupes importants qui partagent les mêmes préoccupations, comme l'Association québécoise de lutte à la pollution atmosphérique (AQLPA) et le mouvement Québec-vert-Kyoto, pourraient ajouter leur poids à cette liste. Déjà hier, les Conseils régionaux de l'environnement de Montréal et de Québec ont rapidement appuyé les quatre groupes écologistes qui ont décidé à la dernière minute de confronter tôt hier matin le ministre Mulcair, alors qu'il s'apprêtait à prononcer une conférence devant le groupe international Unisfera, réuni à Montréal.
L'essentiel des griefs des écologistes se résume dans le fait que, selon la déclaration conjointe faite hier, «l'inertie et le manque de volonté du ministre Mulcair face à plusieurs projets environnementaux, de même qu'une série de décisions incohérentes récentes, minent la crédibilité du gouvernement face au défi du développement durable».
Au cabinet du ministre Mulcair, on tentait de minimiser ce changement d'attitude des écologistes, qui avaient adopté depuis deux ans une attitude conciliante, y voyant plutôt une «stratégie pour tenter de bloquer le projet de la 25 et non une opposition fondamentale sur les principales politiques», précisait une source digne de foi.
Pour Steven Guilbeault, «cette interprétation constitue une erreur fondamentale de perspective. Ce gouvernement n'a pas hésité à annoncer un projet d'autoroute le jour de l'entrée en vigueur du protocole de Kyoto en février. À moins d'une semaine du début de la Conférence annuelle des Nations unies sur les changements climatiques, à Montréal, Québec n'a aucune vision, aucun objectif ni aucun plan d'action pour atteindre ici au Québec une réduction minimale de 6 % des gaz à effet de serre sous leur niveau de 1990. Au contraire, il accorde des centaines de millions à la construction d'autoroutes mais renvoie la balle à Ottawa pour le financement des transports en commun, un domaine où il n'a aucun plan d'ensemble mais des projets épars.»
Mulcair veut dévoiler son plan
Pendant sa conférence hier matin devant le groupe Unisfera, le ministre Mulcair a pourtant déclaré qu'il avait décroché une «entente de principe» avec Ottawa qui lui permettrait d'ici 24 heures de dévoiler son Plan d'action sur les changements climatiques, un plan, précisait-il par la suite au Devoir, qui comprendra «des dates et des quantités» de GES à soustraire au bilan québécois. Thomas Mulcair redoutait cependant que cette entente, en attente d'un feu vert final en haut lieu à Ottawa, ne subisse des retouches hier au ministère fédéral de l'Environnement, ce qui pourrait en retarder l'annonce conjointe d'une ou deux journées. Québec, a précisé le ministre, s'attend à recevoir 325 millions si Ottawa utilise les mêmes bases de comparaison qui lui ont permis d'accorder 538 millions à l'Ontario.
Le ministre a aussi donné comme exemple de sa politique de développement durable le fait qu'il s'apprête d'ici Noël à imposer une consigne sur les contenants d'eau potable en plastique. Pas plus de 6 % de ces bouteilles, qu'on retrouve partout dans la nature comme en ville, ne sont récupérées par la collecte sélective, a-t-il dit. Il espère par la consigne hausser ce pourcentage à 80 %. Mais pas question pour l'instant, dit-il, d'étendre cette consigne aux bouteilles utilisées pour les jus et boissons énergisantes, souvent les mêmes qu'on utilise pour l'eau potable.
Ces décisions sont perçues comme très marginales aux yeux des écologistes en comparaison des conséquences de «l'oubli» de Québec, qui ne mentionne même pas les transports dans sa Stratégie énergétique, pourtant la principale source de gaz à effet de serre au Québec. «Comme si les deux dossiers étaient sans rapport», commente Steven Guilbeault. Les groupes estiment tout aussi inconséquentes les deux consultations annoncées par Québec sur le développement durable et l'énergie en pleine conférence internationale de Montréal sur les changements climatiques.
La stratégie énergétique québécoise propose la relance des projets hydroélectriques, le développement de l'éolien, l'efficacité énergétique, l'innovation technologique et la diversification des approvisionnements en pétrole et en gaz naturel par des forages dans le golfe, soit un amalgame des projets en cours. Les groupes opposent une fin de non-recevoir très nette à cette politique car elle légitime plusieurs sources importantes de gaz à effet de serre, comme la multiplication des ports méthaniers au Québec et l'exploration pétrolière du golfe.
«À moins que Québec ne démontre par un plan cohérent et chiffré que ces projets ne vont ni augmenter ni compromettre l'atteinte de l'objectif de réduction des GES au niveau minimal de 6 % sous la barre de 1990, nous ne voulons même pas en discuter», précisait Steven Guilbeault au nom des groupes.
Pendant ce temps, à Ottawa, le gouvernement Martin a annoncé hier avoir promulgué le décret qui inclut désormais les six gaz à effet de serre visés par le protocole de Kyoto dans la liste des contaminants toxiques régis par la Loi canadienne de l'environnement. Cette inclusion permettra au gouvernement fédéral d'exiger des rapports des industries sur leurs émissions de GES.
D'autre part, l'Institut Pembina a publié hier une étude sur son site Internet qui propose une démonstration de la nécessité et de la faisabilité de réduire au Canada les émissions de GES actuelles de 80 % d'ici 2050, soit la cible ultime qui permettra, selon les chercheurs, non seulement de ralentir mais aussi d'arrêter le réchauffement en cours du climat.
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