Pauvreté du français des futurs enseignants - L'examen diagnostique est inadéquat
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Dorénavant ne pourra terminer son baccalauréat celui qui n'obtient pas la note de passage à mi-parcours
Les épreuves qui permettent actuellement de juger des compétences des futurs maîtres en français sont inadéquates, et ce, même si elles servent de jalon d'embauche aux commissions scolaires.«Le test actuellement utilisé [le test de français écrit SEL, pour Service d'évaluation linguistique, bâti par la TELUQ] est inadéquat, c'est vrai», a indiqué hier le doyen de la Faculté des sciences de l'éducation de l'Université de Montréal (UdeM), Michel D. Laurier. Une enquête menée récemment sur l'ensemble des épreuves linguistiques utilisées, tant à l'arrivée des futurs maîtres à l'université que lors de leur embauche dans les commissions scolaires, montre que tous les tests sont inadéquats et qu'ils ne sont pas conformes aux compétences attendues en français d'un enseignant.
«Nous sommes en train de jongler avec l'idée de rehausser le niveau du SEL pour ajouter des aptitudes, comme par exemple la détection des erreurs et le fait de justifier ces mêmes erreurs», poursuit M. Laurier, qui réagissait notamment aux données dévoilées hier par Le Journal de Montréal sur les résultats des futurs maîtres aux épreuves de français.
Les données sont désolantes, «mais elles jugent des compétences en français des étudiants à leur entrée dans nos programmes», explique le doyen. À l'UdeM, 77 % des étudiants inscrits à un baccalauréat en enseignement ont échoué au test, dont la note de passage était toutefois fixée à 75 %. «Nous avons volontairement fixé le seuil plus haut parce que nous attendons plus des futurs enseignants en français qu'on attendrait d'un autre», poursuit M. Laurier.
Les résultats des autres établissements voguent entre 40 % -- d'échec -- et 79 %...
Plus que le bilan des étudiants en français, c'est toutefois la validité des épreuves permettant de tirer ces constats affolants, année après année, qui est à remettre en question. «Le SEL actuel n'est pas suffisant pour certifier la qualité de la langue d'un futur enseignant, c'est évident», répond simplement Pascale Lefrançois, qui dans une autre vie a été championne du monde d'orthographe -- à 16 ans, en 1990 -- en remportant la Dictée des Amériques, mais qui est maintenant professeure agrégée de didactique du français à l'UdeM.
Elle s'occupe justement des mesures de soutien aux futurs maîtres en français. «La majorité des erreurs des étudiants portent sur des acquis qui auraient dû se faire avant la cinquième secondaire!», explique Mme Lefrançois, qui offre le cours de soutien destiné à tous ceux qui ont échoué à l'examen diagnostique.
Le SEL, utilisé notamment dans l'ensemble des universités du réseau UQ et dans plusieurs commissions scolaires pour l'embauche de leurs nouveaux enseignants, évalue le code linguistique des candidats -- orthographe d'usage, orthographe grammaticale, vocabulaire, ponctuation et syntaxe -- et exige une rédaction.
«Nous allons nous servir du SEL comme base, mais en rehausser le niveau», explique Marc Turgeon, doyen de la faculté des sciences de l'éducation de l'UQAM, mais aussi à la tête de l'association regroupant tous ses homologues des autres universités de langue française du Québec. Les universités ont en effet récemment adopté une politique commune afin d'améliorer la qualité du français des futurs maîtres: à compter de l'automne prochain, les étudiants inscrits à un programme de formation en enseignement devront réussir un test -- le SEL amélioré, le même pour l'ensemble des institutions -- avant leur inscription au troisième stage, pour pouvoir poursuivre leurs études. «À un moment donné, il faut imposer une limite», explique Marc Turgeon. «Si la conséquence est qu'on diplôme 20 % moins de monde, au moins, on pourra juger de la qualité des diplômés.»
Consciente de l'étendue du problème, l'UQAM a récemment décidé de remettre le livre au coeur des apprentissages de ses futurs enseignants. «Ça fait 25 ans qu'on fonctionne avec des photocopies, ce n'est pas sans effet», explique le doyen Turgeon, qui ajoute que les étudiantes, «même si elles ont une envie passionnée d'enseigner à des enfants, sont des Québécoises comme les autres, et lisent peu, très peu».
L'université compte donc ajouter des activités d'enseignement où le livre sera en vedette, «exactement comme elles auront à le faire avec les enfants en classe».
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