Médias: Fractures numériques
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Le Canada est un des pays les plus branchés du monde. Bienheureux sommes-nous, alors que cinq milliards d'êtres humains n'ont accès à aucun ordinateur, que 20 % de la population mondiale a accès à 80 % des ordinateurs personnels dans le monde... et que 50 % de la population mondiale, croyez-le ou non, n'a jamais parlé dans un téléphone!
Il y a quelques jours également le Projet Internet Canada, qui est membre du World Internet Project regroupant 21 pays, publiait la première d'une série de grandes études qui seront réalisées tous les deux ans. Ce projet regroupe plusieurs universités canadiennes. Un de ses codirecteurs est André H. Caron, directeur du Centre de recherches interdisciplinaires sur les technologies émergentes de l'Université de Montréal.
On y trouve une foule de données intéressantes, qui s'appuient sur plus de 3000 entrevues réalisées au printemps 2004 au Canada. L'étude nous apprend que 72 % des Canadiens sont des usagers d'Internet, et particulièrement 90 % des jeunes de 18 à 24 ans. L'usage d'Internet décroît lentement de 25 à 65 ans, pour chuter à 31 % chez les plus de 65 ans.
Parmi les pays participant à l'étude, le Canada se situe au deuxième rang juste derrière les États-Unis (76 % d'utilisateurs) et juste devant la Corée du Sud. Trois Canadiens sur quatre ont au moins un ordinateur à la maison, 66 % ont un accès haute vitesse et 64 % utilisent un téléphone cellulaire.
Trois données ressortent particulièrement de l'enquête: la spécificité québécoise, Internet comme source d'information, et l'impact sur la télévision.
Ainsi, si 72 % des Canadiens sont des usagers d'Internet, ce chiffre est de 66 % chez les Québécois francophones. Lorsqu'on demande aux répondants si Internet est une source d'information très ou extrêmement importante, 55 % des Québécois affirment que c'est le cas, contre 64 % des Canadiens anglais. Invités à recenser les sources d'information les plus importantes, les Québécois privilégient à 66 % la télévision, suivi des journaux à 61 % et Internet à 55 %. Par contre, sur cette même question, les Canadiens privilégient à 64 % Internet, suivi des journaux à 59 % et de la télévision à 52 %. Cette donnée nous indique à quel point la télévision demeure une valeur culturelle forte au Québec.
L'information d'abord
L'étude révèle aussi à quel point l'usage d'Internet est privilégié d'abord pour l'information, par rapport au divertissement. Ainsi, les usagers canadiens passent en général presque deux fois plus d'heures sur Internet pour s'informer plutôt que pour se divertir. Pour l'ensemble du Canada, 33 % des usagers d'Internet consultent chaque jour les nouvelles sur le Web. Il est fort intéressant d'ailleurs de comparer les habitudes culturelles du Québec et du reste du Canada: au Québec les sites d'information les plus consultés sont, dans l'ordre, Radio-Canada, MSN et Canoe, alors qu'au Canada anglais il s'agit de MSN, Yahoo et CBC.
Globalement, écrit André H Caron, Internet semble compléter plutôt que supplanter l'usage des médias traditionnels. Les usagers d'Internet déclarent passer 3,7 heures de moins par semaine à regarder la télévision que les non-usagers. Ce chiffre peut sembler encore peu élevé, mais André Caron ajoute que les jeunes particulièrement, qui sont les plus gros consommateurs d'Internet, vont très bientôt consommer des images sur d'autres plates-formes que le téléviseur classique, et l'écoute de la télévision devrait diminuer de plus en plus.
Ces données font du Canada un pays à la pointe de l'utilisation d'Internet. Ce qui ne devrait pas nous faire oublier que l'écart est de plus en plus grandissant entre notre pays et quelques autres, et une bonne partie de la population du globe, pour qui Internet demeure encore une vue de l'esprit.
Exemple: seulement 3,1 % des Africains avaient accès à Internet en 2004. Ce sont moins de 11 % des Brésiliens qui possèdent un ordinateur, 4 % des Chinois, 1,2 % des Indiens.
Le Sommet de Tunis, qui regroupait des milliers de participants provenant de 170 pays à l'invitation de l'ONU, a accouché vendredi d'une stratégie censée combler le fossé numérique entre les pays riches et les pays pauvres, avec la création d'un Fonds de solidarité numérique qui veut favoriser l'accès à Internet chez les pays en voie de développement. Le secrétaire général de l'ONU caressait un objectif assez ambitieux -- certains diront assez naïf --, celui de relier tous les villages du monde à Internet en 2015. Malgré la présentation lors du sommet d'un prototype prometteur d'ordinateur à 100 $ qui pourrait être offert à ces pays, le sommet a échoué dans son projet d'obliger les pays riches à financer ce fonds de développement. Pour le moment le fonds fait appel aux contributions volontaires.
On ignore si des empires qui nagent dans l'argent comme Microsoft ou Google mettront la main à la pâte. Et on peut supposer que, dans l'immédiat, le village isolé du Pérou, de l'Inde ou du Mali a beaucoup plus besoin d'eau potable, de soins de santé adéquats et d'un bon accès à l'éducation que de pouvoir naviguer sur Internet. L'un n'empêche pas l'autre, direz-vous. Peut-être faudrait-il d'abord écouter les citoyens de ces villages pour qu'ils expriment eux-mêmes leurs priorités?
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Donnez-nous note manne quotidienne. - par Claude Filimenti
Le vendredi 25 novembre 2005 02:00

