L'heure est aux investissements dans le «Bordelais chinois»
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Penglai -- Si à Pékin et Shanghai, quelques bars et restaurants à la mode fêtent cette semaine le Beaujolais nouveau, dans la région de Penglai (dans l'est de la Chine), surnommé le «Bordelais chinois», l'heure est aux investissements pharaoniques.
«Le climat, le sol et la géographie sont particulièrement adaptés à la viticulture», assure Xu Haibin, directeur du département de développement économique de la zone industrielle de Penglai.
Les premiers groupes vitivinicoles chinois, qui dominent le marché local avec une production où la qualité n'est pas toujours au rendez-vous, y sont présents, que ce soit Great Wall, qui appartient au géant céréalier chinois Cofco, ou Changyu, partenaire du groupe français Castel.
Sur un domaine de cent hectares surplombant la mer, Great Wall a investi
300 millions de yuans (37 millions $US) pour construire un complexe, alliant production de vin et tourisme, avec un hôtel cinq étoiles. Démarré en 2004, le projet, baptisé Nava Valley, inspiration chinoise de la célèbre vallée californienne Napa, devrait être terminé en octobre 2006.
À quelques kilomètres, un milliardaire philippin d'origine chinoise, Gregory T. Lim, ayant fait fortune dans le ciment, édifie une winery. Tout autour, 300 hectares de vignes ont été plantés pour produire un vin sous la marque Gregorio. Coût de l'opération: huit millions $US.
Non loin, un Français de 62 ans s'est engagé dans un projet plus mesuré. Ancien haut dirigeant du groupe Edmond de Rothschild, Gérard Colin est présent depuis huit ans en Chine, après une carrière à Bordeaux.
En tant que winemaker, il a participé au succès de Grace Vineyard, un vignoble situé dans le Shanxi, qui produit l'un des meilleurs vins chinois.
Dans le Shandong, cet «architecte-paysagiste, concepteur de vignobles» a déniché une vallée, proche d'un lac et protégée par les coteaux environnants du vent qui souffle souvent dans cette région et «donne l'impression d'être dans le sud de la France».
Gérard Colin offre sur 1000 hectares la possibilité à ceux qui le veulent et le peuvent d'avoir leur propre vignoble, sur une surface réduite (10 hectares en moyenne), tout en développant de l'agrotourisme. Le premier à avoir franchi le pas est un Britannique, qui projette également de construire à partir du printemps 2006 un château écossais pour recevoir des touristes.
«Je pense qu'on pourrait faire des grands vins», dit Gérard Colin, qui souhaite préserver les pommiers, les pêchers, les abricotiers et les poiriers, qui poussent sur cette terre minérale. «L'idée est de mettre de la vigne là où les paysans n'ont rien planté et de faire travailler les gens du coin, c'est cela le développement rural», dit-il.
Gérard Colin mise sur une amélioration de la qualité du vin en Chine.
«Le consommateur chinois lambda n'a pas encore une capacité critique, mais à terme il saura s'y reconnaître», estime-t-il.
Un marché en croissance
Selon les spécialistes, la consommation du vin, encore considéré comme une boisson de luxe, devrait se populariser avec l'élévation du niveau de vie. Actuellement, le vin ne représente que 1 % du chiffre d'affaires total des ventes des boissons alcoolisées dans un marché dominé par les alcools forts et la bière.
Pour Alexandre Rémy, directeur à Pékin de la Sopexa, agence de promotion de la filière agroalimentaire françaises qui sensibilisera les Chinois cette semaine au Beaujolais nouveau, «le marché a tendance à s'agrandir».
«La production locale favorise le développement de la consommation, les producteurs locaux font des publicités très luxueuses, aidant à créer le statut du vin», note-t-il, assurant que «les concurrents locaux ne sont pas une réelle concurrence pour les vins français», leaders des vins importés avec 37 % de part de marché.

