Projet environnemental - Rêver sa maison... et construire son rêve!
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À Sutton, deux autodidactes bâtissent une maison écologique
Il serait faux de prétendre qu'ils sont partis de rien. Après tout, Isabelle Grégoire et Sébastien Landry avaient tous les deux un baccalauréat en urbanisme et partageaient une passion pour l'architecture et l'écologie. C'est tout de même sans réelle expérience que, à Sutton, ils ont construit une maison originale et durable, en harmonie avec l'environnement. Leur but: avoir un toit pour eux et leurs enfants, bien sûr, mais aussi démystifier la construction, réfléchir à la façon d'habiter l'espace tant intérieur qu'extérieur.En effet, située à 3,5 km du village, la nouvelle demeure se fait plutôt discrète, dissimulée par une barrière végétale. Avant le début des travaux, Isabelle et Sébastien ont étudié leur terrain de cinq acres pour trouver le meilleur emplacement tout en préservant les arbres nobles et un milieu humide. C'est dans cette optique qu'ils ont réduit l'empreinte au sol à 28 pi2 et construit en hauteur, ce qui donne trois étages et une superficie de 800 pi2.
Ouvert sur la nature
Ayant quitté la ville pour la forêt, Isabelle et Sébastien ont voulu atténuer la frontière entre l'intérieur et l'extérieur. La forêt, qu'on peut voir d'une fenêtre à l'autre, est quasiment dans la maison. Et l'intégration au milieu ne s'arrête pas là.
Du côté sud, le demi-sous-sol est conçu pour accueillir une serre, la façade ouest sera couverte de plantes tombantes et grimpantes, et la maison coiffée d'un toit végétal (graminées, etc.). «Le toit plat permet de semer des plantes, mais aussi de récupérer l'eau de pluie, explique Isabelle. Son asphalte est couvert d'une membrane imperméable et d'une faible épaisseur de sol provenant surtout des feuilles en décomposition. Le toit végétal augmente la durabilité de la toiture en la protégeant des ultraviolets et aide à conserver la chaleur l'hiver, et la fraîcheur l'été.»
Matériaux, énergie
De type contemporain, la maison intègre une ambiance organique. L'ossature apparente de bois en poutres et colonnes (post and beam) contraste avec l'escalier de bois et d'acier, les planchers de béton, les murs de ciment, la fenestration en coin sur trois étages, et les X d'acier servent de contrevents au bâtiment.
La plupart des matériaux sont à la fois structurants et esthétiques. Par exemple, les panneaux de ciment du revêtement intérieur sont aussi utilisés en tant que contrevents du bâtiment. Les planchers de béton insonorisent, et forment une masse pour accumuler la chaleur du soleil. Ils contiennent une tubulure où l'eau diffusera l'énergie solaire passive. L'été, le plancher demeurera frais puisqu'on a conservé une zone tampon autour de la maison pour les feuillus qui procurent de l'ombre.
L'enveloppe du bâtiment ne contient aucun pont thermique. «Les murs et le toit sont respectivement isolés à R40 et R50, affirme Sébastien, ce qui est bien au-delà des nouvelles normes d'efficacité énergétique. Nous prévoyons un faible coût de chauffage. Neuf pouces de laine de roche isolent les murs du rez-de-chaussée et de l'étage, et dix pouces de styromousse blanche isolent les murs de la fondation.»
Dans une logique de respect de l'environnement, Isabelle et Sébastien ont banni les produits toxiques (peinture, vernis, etc.) et favorisé les matériaux récupérés et locaux. Le contour des fenêtres est fait de retailles de bois récupérées dans une entreprise de fabrication d'échafaudages: le Net est, dans un tel projet, très utile pour trouver de type de matériaux. Paradoxalement, puisque Isabelle et Sébastien ne voulaient rien jeter, le simple fait de trouver une façon d'intégrer des rebuts imprévus a retardé l'échéance.
À l'intérieur, on joue beaucoup sur les paliers. Exemple: le bureau d'Isabelle est entre le premier étage et le rez-de-chaussée, le salon est surélevé de 18 po par rapport à la cuisine. «Nous avons fait de petites chambres pour maximiser l'espace commun, observe Isabelle. Aucun mur intérieur n'est porteur, comme dans la plupart des maisons dites "évolutives", ce qui nous permet de modifier éventuellement les séparations.»
De l'autoconstruction
Des professionnels ont creusé le puits, installé l'électricité et coulé la membrane d'asphalte du toit. Pour le reste, Sébastien et Isabelle ont conçu et construit leur maison de A à Z. Parce qu'ils prévoyaient bâtir avec de la paille, qu'ils avaient un petit budget et que le bureau d'Isabelle était en porte-à-faux, la municipalité de Sutton les a obligés à faire approuver leurs plans par un ingénieur et un architecte. Qui n'ont rien trouvé à y redire.
«Nous avons utilisé très peu de machinerie, révèle Isabelle. Ça coûte un bras de louer une grue! Alors nous avons monté la charpente avec une poulie, morceau par morceau, avec l'aide de la famille et d'amis qui, pour beaucoup, s'intéressaient à la construction et à l'écologie. Dès le départ, notre maison a été un "trip" communautaire, un banc d'essai, un laboratoire d'idées et de techniques.»
«Nous en parlions depuis 10 ans, mais c'est la première fois que nous construisons une maison. C'est très autodidacte et "by the book" en même temps. Parfois, je posais une question technique à Sébastien, qui se sauvait pour compulser un livre sur le sujet! On espère ne pas découvrir de vices cachés!»
Du respect des normes
Bien sûr, concilier utopie et quotidien n'est pas une sinécure. Lorsque, en décembre prochain, Isabelle, Sébastien et leurs enfants, Charlotte et Arno, s'installeront enfin dans leur nouvelle demeure, ce sera un an plus tard que les six mois initialement prévus. Et il y aura encore beaucoup à faire. Entre-temps, la famille a dû se loger dans des roulottes, «squatter» chez des amis; il a fallu qu'Isabelle s'éloigne du processus pour subvenir aux besoins de la famille.
«Mais le plus dur, avoue Isabelle, a été de faire le deuil de 80 % de notre projet. Nous sommes deux idéalistes qui avions commencé ce projet avec des attentes élevées tant en design qu'en environnement. Ça a compliqué les choses. Nous devions composer avec un petit budget et des réglementations municipales qui, par exemple, interdisent les toilettes à compost. Il a fallu abandonner la construction en paille, saine, facilement disponible et peu coûteuse, parce que ce matériau exigeait une logistique très précise.»
«Ce n'est pas une maison à 100 % saine, mais nous avons suivi plusieurs principes en ce sens. Elle sera encore là dans 1000 ans! Sébastien a pris goût à la construction -- il y a quelque chose de mâle là-dedans, l'instinct de construire un nid pour sa famille. Moi, je veux m'en servir pour faire de l'éducation environnementale. Il n'y a pas assez de constructions alternatives et les médias en parlent peu.»
Pour illustrer l'éventail des possibilités, Isabelle et Sébastien entendent d'ailleurs ériger sur leur terrain, au cours des prochaines années, différents modèles de construction, parmi lesquels une maison dans un arbre, un refuge recyclant le contenu d'un conteneur (!) et une maison translucide inspirée de Mies Van der Rohe.
Collaborateur du Devoir
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entrer en contact - par georges FILLIOL (gfilliol@yahoo.com)
Le dimanche 20 novembre 2005 07:00

