Tirs groupés sur Boisclair

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Antoine Robitaille
Édition du jeudi 17 novembre 2005

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Son usage passé de drogue le rend inapte à devenir premier ministre, disent des libéraux

Québec -- Les libéraux québécois se sont férocement attaqués hier au nouveau chef du Parti québécois, André Boisclair, certains allant jusqu'à prétendre que son usage passé de drogue le rend inapte à devenir premier ministre.

Le premier ministre Jean Charest a toutefois refusé d'emprunter cette voie s'est contenté de dire que ce sera aux Québécois de «porter un jugement» à ce sujet. Jouant avec la consonance du nom du nouveau chef péquiste, il a cependant souligné «qu'il y a bien des choses qui ne sont pas claires dans le cas de M. Boisclair».

Certains membres de son gouvernement sont allés beaucoup plus loin. Le ministre du Développement économique, Claude Béchard, a affirmé que la consommation passée de cocaïne de M. Boisclair traduit une faille sur le plan de «l'autorité morale», ce qui le rendrait inapte à exercer plusieurs hautes fonctions gouvernementales: «Est-ce que M. Boisclair peut être ministre de la Sécurité publique demain matin?», s'est interrogé M. Béchard, répondant ensuite par la négative. «Est-ce qu'il pourrait être ministre de la Justice dans un gouvernement? Je pense que la réponse est non», a-t-il poursuivi avant d'ajouter ceci: «En bout de ligne, est-ce qu'il pourrait être premier ministre? C'est la même réponse: on ne pense pas», a-t-il déclaré en laissant entendre qu'il parlait au nom de plusieurs de ses collègues. Au moins un d'entre eux, Lawrence Bergman, ministre du Revenu, a explicitement ajouté sa voix à celle du ministre Béchard.

Dès mardi soir

Le gouvernement Charest semblait avoir hâte d'engager le combat avec le nouveau chef péquiste. C'est au milieu du discours de M. Boisclair mardi soir, soit quelques minutes après que le résultat eut été annoncé, que le vice-premier ministre Jacques Dupuis a joint Le Devoir ainsi que d'autres médias pour faire part de ses réactions. «André Boisclair a vécu la vie qu'il a vécue et il portera la responsabilité de la vie qu'il a vécue», a-t-il dit de façon sibylline pour ensuite affirmer que le politicien n'avait pas encore donné toutes les «réponses» auxquelles on se serait attendu.

Quant au ministre de l'Éducation, Jean-Marc Fournier, à qui on demandait si André Boisclair constituait un «bon exemple pour la jeunesse», il a répondu hier en citant l'ancien chef péquiste Bernard Landry: «Il a dit qu'il n'aurait pas accepté ça et que c'est un défaut au niveau du leadership moral. Mme Marois a dit que ça constitue un risque pour le Parti québécois. Je n'ai pas d'autres commentaires à ajouter que ces commentaires de ses proches.»

André Boisclair? «Qu'il assume ses responsabilités!», a pour sa part lancé le whip en chef du gouvernement, Norman MacMillan. Il estime que les aveux de M. Boisclair ont rappelé de mauvais souvenirs aux gens comme lui dont des proches ont été affligés de problèmes de drogue. «Mais lui [M. Boisclair] dit qu'il n'a jamais eu de problèmes de drogue», a noté M. MacMillan, disant estimer que le nouveau chef devrait se montrer plus clair à ce sujet. «Par la suite, ce sera à la population de juger.»

Attaques tous azimuts

Les attaques contre le nouveau chef ont bien entendu porté sur bien d'autres sujets que la cocaïne.

Cherchant à l'associer le plus possible aux gouvernements péquistes antérieurs, M. Charest a souligné à grands traits que «M. Boisclair s'est solidarisé sur toutes les décisions antérieures du gouvernement du Parti québécois, qu'il en accepte la responsabilité. Rappelons-nous que c'est ce même gouvernement que les Québécois ont choisi de changer en avril 2003». Selon M. Charest, les convictions de centre-droit du nouveau chef du PQ sont incompatibles sur bien des plans avec le programme du parti. «Après les partielles du 17 juin 2002, M. Boisclair et M. Facal, rappelez-vous, avaient dit que le Parti québécois devait revenir au centre, qu'il fallait remettre en question le modèle québécois. Mais ça, c'était André Boisclair, la version du 19 juin 2002.»

M. Charest a soutenu que pendant la course à la direction du PQ, soit sur une période de cinq mois, «M. Boisclair a défendu une seule idée»: que «la souveraineté se fasse le plus vite possible». Pour cette raison, a dit le premier ministre, on ignore où se situe le chef péquiste sur une foule de sujets: «Il plaidait pour les PPP au mois de juin avant la course au leadership [...]. Il disait que le public, ça allait avec le privé, puis que le privé, ça allait avec le public. Aujourd'hui, là, il se situe où?» Autre exemple d'imprécision, l'avenir des écoles privées: «M. Boisclair avait dit pendant la course au leadership que lui, il était favorable à ce qu'on coupe le financement aux écoles privées au Québec mais qu'il n'allait rien faire là-dessus avant un référendum. Encore une fois, là, c'est loin d'être clair.»

Malgré cet aspect nébuleux, l'arrivée d'André Boisclair à la tête du PQ «annonce une radicalisation des positions» de cette formation, a dit le premier ministre Charest.

Jeune

Enfin, pour le président des jeunes libéraux, Simon Bégin, le fait qu'André Boisclair soit à la tête d'un parti alors qu'il a consommé de la drogue dure «envoie le mauvais signal aux jeunes». Par ailleurs, le statut de «jeune» qu'on attribue au nouveau chef péquiste ne l'impressionne guère: «On peut être jeune et avoir de vieilles idées. La souveraineté, c'est une vieille idée», a dit M. Bégin.


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