Les promesses d'Ottawa n'impressionnent pas Séguin

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Éric Desrosiers
Édition du jeudi 17 novembre 2005

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Il se dit également surpris de voir comment Québec gère parfois ses priorités

Les promesses de baisses d'impôt du gouvernement fédéral sont loin d'impressionner l'ancien ministre des Finances du Québec, Yves Séguin. Les priorités budgétaires du gouvernement Charest ne font guère mieux.

Il a fallu, selon lui, une sérieuse dose de «cynisme» à Ottawa pour jouer les grands seigneurs, lundi, en promettant de réduire les impôts des Canadiens tout en reconnaissant que ses revenus provenant de l'impôt des particuliers allaient continuer à croître au rythme de 5 % par année.

«C'est comme au supermarché. Le prix de la salade et des bananes placées à l'entrée a beau être réduit, le coût total du panier d'épicerie ne baisse pas», a-t-il expliqué, hier à l'Université du Québec à Montréal, aux étudiants venus entendre sa première conférence à titre de professeur au département de sciences comptables. «La machine fiscale du gouvernement fédéral est tellement élaborée, et elle touche tellement à l'ensemble des activités, que les quelques mesures qui peuvent avoir l'air de cadeaux aux contribuables n'ont finalement aucun impact réel sur leur fardeau fiscal.»

Celui qui a laissé son nom à une commission sur le déséquilibre fiscal n'en revient toujours pas qu'Ottawa puisse continuer de nier le phénomène tout en se vantant de ses surplus budgétaires. «Ces surplus ne viennent pas d'une réduction de ses dépenses. En fait, c'est le contraire qui se produit, le gouvernement fédéral ne cesse de dépenser plus. Ce que l'on a, c'est un gouvernement qui vient chercher dans nos poches plus d'argent qu'il n'en a besoin.»

Heureusement, dit-il, que l'énoncé budgétaire du ministre Goodale est venu après qu'il ne se fut écoulé que huit mois dans son année financière. S'il avait attendu 12 mois, les surplus, qui n'étaient pas censés exister, n'auraient pas été de 8,5 milliards, mais de 11,5 milliards. Après cela, «de plus en plus de contribuables du Québec vont peut-être se dire à un moment donné, comme on le fait aussi en Alberta, qu'il vaudrait mieux se retirer» de la fédération canadienne.

Problèmes à Québec

Ce qui ne veut pas dire que le Québec a fini de mettre de l'ordre dans ses finances publiques, précise l'ancien député d'Outremont, qui a quitté le gouvernement Charest et la vie politique en février après s'être vu ôter le portefeuille de ministre des Finances. Il aurait bien aimé, a-t-il confié à son auditoire, qu'on lui permette de réduire de façon plus importante les subventions offertes aux entreprises ainsi que de s'attaquer plus à fond aux multiples échappatoires fiscales offertes aux plus fortunés de la société.

Il se dit également surpris de voir comment Québec gère parfois ses priorités. «Il n'y a rien de plus fou que de dire un jour que l'on n'a pas d'argent pour quelque chose et d'annoncer le lendemain que l'on est prêt à faire des dépenses plus grandes encore pour quelque chose d'autre, a-t-il déclaré. L'incohérence tue la crédibilité.»

Il parle de toutes ces bonnes causes que l'on n'a pas les moyens d'appuyer, ou encore de ces employés du secteur public en renégociation de conventions collectives qui se font dire aujourd'hui que les caisses de l'État sont vides, alors que l'on semble avoir des milliards pour les «grands travaux, les autoroutes» ou encore l'éventuel déménagement du Casino de Montréal. «C'est un peu comme dans nos familles, quand vous avez un budget serré, explique Yves Séguin, chaque décision devient plus cruciale que lorsque l'on a beaucoup d'argent. [...] Je peux vous dire que je trouvais cela difficile, comme ministre, de devoir prendre certaines décisions [qui demandaient des sacrifices] et de voir ensuite mes collègues dépenser [pour des projets] plus chers sur lesquels on n'avait même pas discuté.»

S'il ne fait pas de doute, selon lui, que le gouvernement du Québec aura de plus en plus de mal à joindre les deux bouts avec l'augmentation plus rapide de ses dépenses que de ses revenus, il n'est pas prêt, comme les signataires du manifeste Pour un Québec lucide, à crier au loup quant à son niveau d'endettement. En fait, «la tendance est plutôt bonne, affirme-t-il. Et ce n'est pas moi qui le dit, c'est Moody's», l'agence américaine de notation ayant récemment maintenu la cote du gouvernement québécois devant la réduction graduelle du poids de la dette par rapport à la taille de l'économie. S'élevant aujourd'hui à environ 44 % du PIB, ce taux d'endettement «est meilleur que la moyenne d'à peu près tous les pays industrialisés au monde, dit-il. Il y a une limite à y voir un problème», a déclaré, en marge de sa conférence, le professeur, qui a été chaudement applaudi par son nouveau public.


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