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Boisclair au premier tour

Il devient chef du PQ avec 53,7 % des voix; Marois récolte 30,6 %

Robert Dutrisac
Édition du mercredi 16 novembre 2005

Mots clés : Québec (province), Élection, andré boisclair, parti québécois

Québec -- André Boisclair est devenu, hier, chef du Parti québécois en remportant une victoire sans équivoque dès le premier tour, avec 56 503 des voix exprimées, soit 53, 68 %.



Un seul tour de scrutin aura suffi à André Boisclair pour remporter la course à la direction du Parti québécois, dont les résultats ont été dévoilés hier soir à Québec.
Jacques Grenier


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  Politique québécoise

Éclaboussé par les révélations sur sa consommation passée de cocaïne, André Boisclair aura gagné son pari. Les membres du PQ ont porté leur jugement et lui ont accordé leur bénédiction. Durant sa campagne, M. Boisclair a répété à maintes reprises qu'il n'avait plus rien à ajouter à ses aveux de consommation de cocaïne et que ce sera aux membres de le juger.

C'est devant une foule de 1500 militants que l'annonce de sa victoire a été faite par la présidente d'élections Lyne Marcoux vers 21 heures hier, au Centre de foires de Québec. Les membres ont participé en très grand nombre au scrutin téléphonique qui s'est étendu sur trois jours et qui prenait fin à 17h hier. Au dernier décompte connu, 104 000 membres avaient exercé leur droit de vote sur une possibilité de 140 000. Il s'agissait de la première course à la direction au PQ en 20 ans, depuis que Pierre-Marc Johnson fut élu pour remplacer René Lévesque.

M. Boisclair n'est pas, à 39 ans, le plus jeune chef de l'histoire du parti, une marque qui appartient à Pierre-Marc Johnson, de quelques mois moins âgé que lui au moment de son élection comme chef péquiste.

Pour Pauline Marois, la défaite est d'autant plus cuisante qu'elle a espéré jusqu'à la fin qu'un deuxième tour soit nécessaire. La candidate croyait que les deuxièmes choix exprimés par les membres lui reviendraient dans une large proportion. Pauline Marois apparaît aujourd'hui comme l'éternelle deuxième du PQ : en 1985, elle avait terminé au second rang aussi.

La course s'est polarisée entre les deux principaux candidats. Richard Legendre et Louis Bernard n'ont certes pas obtenu les résultats qu'ils espéraient tandis que les autres candidats qui sont restés en lice jusqu'à la fin -- Pierre Dubuc, Ghislain Lebel, Jean Ouimet et Jean-Claude St-André -- ont récolté des appuis marginaux.

Le PQ est un parti qui a peur de mal vieillir et c'est pour un renouveau du PQ, qualifié de parti générationnel par certains, que les péquistes ont opté. Ils ont rejeté la candidate qui possédait la plus vaste expérience mais qui, associée aux gouvernements successifs du PQ depuis 1981, personnifiait la vieille garde. Pourtant, André Boisclair est loin d'être un politicien néophyte, ayant occupé un siège à l'Assemblée nationale pendant 15 ans et assumé des responsabilités ministérielles pendant huit ans sous les gouvernements Bouchard et Landry.

Toute course à la direction d'un parti sème son lot de divisions. André Boisclair aura donc à refaire l'unité de son parti, ce à quoi il s'était engagé avant même de se savoir victorieux. Le nouveau chef du PQ fut le choix d'une majorité de péquistes, mais c'est aussi le candidat qui suscitait la plus vive des oppositions de la part de certaines factions péquistes.

De tous les candidats, à l'exception du coloré mais marginal Ghislain Lebel, André Boisclair, qui s'est campé au centre, est celui qui est le plus à droite. Durant la course, il fut constamment la cible de Pierre Dubuc du SPQ libre (Syndicalistes et progressistes pour le Québec libre), le candidat de la gauche. Gilbert Paquette, qui s'est retiré de la course en faveur de Mme Marois, a envoyé plusieurs salves en direction du favori. Le candidat écologiste Jean Ouimet, qui nourrissait une vieille rancune à l'endroit de l'ancien ministre de l'Environnement, y est allé de sa propre offensive.

André Boisclair devra aussi composer avec les purs et durs dont la tendance, encore très vivante au PQ, était représentée par le candidat Jean-Claude St-André. Ils ne manqueront pas de remettre en question la résolution souverainiste de M. Boisclair.

Dès le début de la course, André Boisclair est apparu comme le favori. C'est lui qui a recueilli l'appui du plus grand nombre de députés péquistes et de personnalités souverainistes. C'est lui qui a recruté le plus grand nombre de nouveaux membres, de 30 000 à 40 000, selon certaines évaluations. C'est lui aussi qui a suscité le plus d'engouement avec sa tournée dans les cégeps et les universités.

Pourtant, il y a deux semaines, après une campagne laborieuse, Pauline Marois a senti que le vent pouvait tourner en sa faveur. Jean Ouimet, qui a accordé son appui à Mme Marois pour le deuxième tour, a accusé le favori d'être une «bombe à retardement» en raison des «squelettes» que pourrait receler son placard. L'ancien ministre Daniel Paillé a renchéri, critiquant la gestion que M. Boisclair a faite de la crise entourant sa consommation passée de cocaïne.

Le clan Boisclair a répliqué en demandant au député de Chicoutimi, Stéphane Bédard, et au député de Richelieu, Sylvain Simard, de monter au front pour défendre leur candidat. Il ont accompli leurs tâches sans ménagement , M. Bédard qualifiant M. Ouimet d'«être méprisable» tandis que M. Simard le traitait d'«enculé de première», ce pour quoi il a toutefois présenté ses excuses.

Évitant les attaques personnelles directes, Mme Marois a déclaré que l'élection de M. Boisclair comme chef du PQ représentait un risque pour l'avenir du parti et pour l'option souverainiste. Le chef péquiste doit être «inattaquable», selon elle.

Sur le plan des idées, André Boisclair a joué de prudence, se référant continuellement au contenu du programme adopté lors du Congrès national de juin. Afin de tenir un référendum «le plus rapidement possible dans le mandat», il s'emploiera à créer un coalition réunissant, à gauche, Option citoyenne et l'Union des forces progressistes et, à droite, l'Action démocratique du Québec.

M. Boisclair a proposé la création d'un fonds de remboursement de la dette alimenté par des revenus fournis en période de croissance économique soutenue (plus de 2,5 %). Il s'est aussi engagé à consacrer le tiers du budget de l'État à l'éducation, soit un milliard de plus par année. Mais il a dû retourner à la planche à dessin quand Mme Marois lui a fait remarquer que pour atteindre cette proportion du tiers, c'est quatre milliard de plus qu'il faudra injecter.

Durant sa campagne, André Boisclair a promis d'élargir la base militante du PQ, de moderniser le discours péquiste sur la souveraineté et d'attirer les jeunes générations au parti. C'est à cette tâche ambitieuse qu'il devra se consacrer. Mais, avant tout, il devra s'assurer que le PQ remporte les prochaines élections générales, condition première à la tenue du prochain référendum sur la souveraineté.


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