Éthiopie - La contestation prend de l'ampleur
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Addis-Abeba -- Pour la quatrième journée consécutive, des accrochages entre policiers et opposants ont éclaté hier à Addis-Abeba tandis que la contestation gagnait du terrain au nord de la capitale éthiopienne. Le ministre de l'Information, Berhan Hailu, a déclaré à Reuters que des incidents avaient éclaté dans la région d'Amhara, assurant toutefois qu'il s'agissait de troubles insignifiants.
Dans la capitale, des scènes similaires ont eu lieu aux abords du siège de l'Union africaine (UA, ex-Organisation de l'unité africaine), où des manifestants s'étaient rassemblés pour contester la validité du résultat des élections législatives du 15 mai. Un nombre indéterminé de jeunes ont été arrêtés. On ne signale pas de victime pour le moment.
Les manifestations ont fait, d'après des sources proches des hôpitaux, 42 morts depuis le début des violences mardi. D'après le ministre de l'Information, le gouvernement du premier ministre Meles Zenawi n'avait connaissance hier que de 24 morts. Il a précisé que la situation dans la capitale était calme.
Cette flambée de violence, la plus grave depuis des mois, alimente les craintes sur la stabilité de ce pays clé de la Corne de l'Afrique, incitant l'Union européenne et l'UA à lancer des appels à la modération.
D'après les récits de témoins, les manifestants ont pris pour cible hier les transports en commun de la capitale, perçus comme un symbole de l'autorité publique. Jeudi, les forces de l'ordre avaient ouvert le feu pour disperser des manifestants antigouvernementaux en plusieurs points de la capitale, bastion de l'opposition qui accuse Zenawi de s'être maintenu au pouvoir en truquant le scrutin de mai.
En fin de soirée jeudi, l'agence de presse officielle ENA a annoncé que sept détenus avaient été abattus et 26 autres blessés lors d'une tentative d'évasion de la prison de Kaliti, non loin de la capitale. Cet établissement accueillait auparavant des détenus politiques. Selon des habitants et des organisations de défense des droits de l'homme, la répression menée par le pouvoir a débouché sur des dizaines d'arrestations, y compris de dirigeants de la Coalition pour l'unité et la démocratie (CUD, principale formation de l'opposition). Le premier ministre a accusé à plusieurs reprises la CUD d'inciter à l'effusion de sang, prévenant qu'il ne tolérerait aucune menace à la paix civile et à la sécurité des 77 millions d'Éthiopiens.
Cet accès de violence a conduit la Grande-Bretagne à conseiller à ses ressortissants d'éviter de se rendre en Éthiopie. Elle survient également en pleine tension avec le voisin et traditionnel frère ennemi de l'Éthiopie dans la Corne de l'Afrique, l'Érythrée. Les deux pays ont un différend frontalier.

