Guerre fratricide au PQ
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La garde rapprochée de Boisclair contre-attaque et traite Jean Ouimet «d'enculé de première»

Photo: Jacques Nadeau
Le changement de ton dans la campagne est apparu mercredi avec la publication dans Le Devoir des commentaires du candidat écologiste dans la course à la direction, Jean Ouimet et de ceux publiés dans le Journal de Montréal de l'écrivain Victor-Lévy Beaulieu. Le premier remettait en question le jugement de André Boisclair, estimant que ce dernier constituait une bombe à retardement pour le parti. M. Beaulieu réclamait que celui qui apparaît comme le meneur dans cette campagne se désiste. Les candidats Pierre Dubuc, Gilbert Paquette et Ghislain Lebel ont ajouté leur grain de sel au moment du débat en soirée en exigeant que leur adversaire éclaircisse la situation.
André Boisclair a donc choisi d'accorder deux entrevues au réseau TVA au cours desquelles il a refusé d'expliquer les circonstances de son passé de consommateur de drogue. Il a refait son mea culpa et s'en est remis au jugement des Québécois.
En parallèle, la garde rapprochée de M. Boisclair multipliait les entrevues, frappant à grands coups les adversaires. Le député Sylvain Simard a sorti les gros mots à l'endroit de Jean Ouimet. «Jean Ouimet, qui m'est apparu comme un gentil doux dingue jusqu'à maintenant, m'apparaît comme un enculé de première», a déclaré au Devoir M. Simard.
Le député de Richelieu juge «inacceptable que des candidats, profitant de la course, qui ont des chances d'être élus nulles et qui ont peu d'appuis, tout à coup, à la dernière minute, se mettent à attaquer le candidat qui est en tête sur des questions non pas d'idées -- de gauche, de droite ou de souveraineté -- mais sur une consommation de cocaïne qu'il a déjà admise il y a plusieurs semaines et sur laquelle ils n'ont rien de neuf à dire.»
Estomaqué par la dureté de ces propos, le principal intéressé a déclaré qu'un tel registre «révèle la vraie nature» de certaines personnes du clan Boisclair, que c'est du dérapage. «Je ne me suis pas livré à des attaques comme ça. [...] J'ai dit tout haut ce que beaucoup de gens pensaient tout bas», a commenté M. Ouimet.
Mais M. Simard n'est pas le seul à s'être attaqué à M. Ouimet. Le député Stéphane Bédard, lors d'une interview télévisée, l'a qualifié de «méprisable» et a estimé que «sa contribution est à peu près nulle sur le plan des idées». Sur le même ton, le député Luc Thériault a fait valoir que la campagne traversait «un milieu humide et marécageux».
Le bras droit de M. Boisclair, le député Nicolas Girard a soutenu à Radio-Canada que l'intervention des Jean Ouimet et consorts est «un geste désespéré de quatre candidats marginaux dont la campagne ne lève pas».
De son côté, André Boisclair a assuré à TVA qu'il n'y avait «rien d'autre» de caché qui pourrait le hanter. «La job d'un chef, ce sera de distinguer ce qui est essentiel de ce qui est accessoire. Ce qui est accessoire, c'est les pelures de bananes qu'on est en train de mettre sur mon chemin», a-t-il affirmé.
À ceux qui craignent que les fédéralistes ne fassent qu'une bouchée de lui, il réplique que lorsque «Jean Lapierre et Jean Charest me poseront ces questions, ils verront que j'ai dit tout ce que j'avais à dire».
Invité à préciser le contexte de sa consommation de drogue, lui demandant s'il tentait ainsi de se soulager d'un stress ou si cela s'était simplement produit dans le contexte d'une fête, si des amis lui en avaient fourni gratuitement, ou si quelqu'un l'achetait pour lui, M. Boisclair s'est retranché dans son mutisme habituel: «Je vois dans quel cercle cela m'enferme, je ne commencerai pas à donner des noms, des circonstances.»
«J'ai dit que c'était à quelques reprises, qu'il y avait plusieurs années de cela, là, qu'est-ce que je devrais dire de plus? Quel jour, quelle date, quelle heure? [...] Pensez-vous que j'ai un décompte, un boulier à la maison? Voyons donc! [...] Je n'ai jamais eu de problème de dépendance, mais je ne commencerai pas à dire des noms. Qu'est-ce que je peux ajouter de plus?», a déclaré M. Boisclair.
Il estime en avoir déjà amplement dit, ayant accepté de parler de son homosexualité et de ses «erreurs» passées. «Je suis sans doute l'homme politique au Canada sur lequel on a le plus cherché, qui a répondu au plus de questions, qui a mis sa vie le plus sur la table», a-t-il dit.
M. Boisclair a refusé de faire un lien entre ce qu'il a avoué et les accusations dont a fait l'objet son ancien chef de cabinet, Luc Doray, reconnu coupable de fraude pour avoir falsifié des comptes de dépenses afin de payer sa cocaïne. «M. Doray est un citoyen qui a payé sa dette à la société, qui l'a fait de façon correcte et digne, en répondant de ses actes devant la loi, et il n'y a aucun lien entre l'affaire de M. Doray et la mienne», a-t-il tranché, reconnaissant qu'il a lui-même commis une faute qu'il regrette.
Lors d'une autre entrevue à LCN, plus tard en soirée, M. Boisclair a déploré l'acharnement des médias. Devant l'insistance du journaliste qui l'interrogeait sur les effets de sa consommation, M. Boisclair a affirmé que «ce genre de questions tient du jaunisme».
Une autre ligne d'attaque de l'équipe Boisclair a consisté à rendre public l'appui de l'ancien ministre péquiste Jacques Léonard. Aussi, Ghislain Lebel a nuancé ses propos de la veille alors qu'il croyait que M. Boisclair devrait se retirer plutôt que de prêter flanc aux attaques des fédéralistes au moment d'une campagne électorale. Dans un communiqué émis hier, il se disait proche idéologiquement de M. Boisclair et prêt à voter pour lui au deuxième tour, «une fois la lumière faite sur cette affaire».
Au fil des entrevues, l'entourage d'André Boisclair insinuait que Pauline Marois orchestrait les attaques du groupe des quatre, soulignant la «coïncidence» avec laquelle ils ont tous exprimé des critiques le même jour.
Jointe au Saguenay, Pauline Marois s'est indignée de voir le camp Boisclair laisser entendre qu'elle aurait orchestré la fronde. «C'est très méprisant à l'égard des candidats qui ont donné leur opinion, de penser que je puisse les manipuler. [...] Je trouve ça inadmissible ce qu'on dit ou laisse entendre.»
«Que le clan Boisclair arrête de s'essuyer les pieds sur moi et que M. Boisclair assume!», a-t-elle lancé en entrevue à TVA.
Elle a répété qu'elle ne formulerait «aucun commentaire» sur le passé d'André Boisclair. «Quoi que je dise, soit je suis complice, soit je suis celle qui accuse.» Mme Marois déplore cependant que cette histoire «détourne le débat» des vrais enjeux.
Avec la collaboration de Robert Dutrisac
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