Cheney a autorisé la torture
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«Il y a eu une trace visible allant de la vice-présidence jusqu'aux commandants sur le terrain»
Washington -- Le bureau du vice-président Dick Cheney est à l'origine des directives ayant conduit des militaires américains à torturer des prisonniers en Irak et en Afghanistan, a affirmé hier un ancien haut responsable du département d'État.Ces directives contredisaient une directive du président George W. Bush, datant de 2002, ordonnant à l'armée américaine de respecter les conventions de Genève interdisant la torture.
«Il y a eu une trace visible allant de la vice-présidence jusqu'aux commandants sur le terrain en passant par le secrétaire à la Défense pour autoriser la torture afin d'obtenir des renseignements sur le terrain», a affirmé ce collaborateur de longue date de Colin Powell.
«Les directives», a-t-il reconnu, étaient «rédigées en termes prudents» mais n'en donnaient pas moins aux commandants sur le terrain liberté d'agir, ce qui a abouti à «de nombreux cas d'abus contre des prisonniers, contraires aux conventions de Genève, y compris à la prison d'Abou Ghraïb», a-t-il dit.
«Si vous êtes militaire de carrière, vous savez que de telles choses ne sont pas permises parce que des subalternes en profiteront ou se sentiront tellement contraints d'obtenir des renseignements qu'ils feront n'importe quoi pour les arracher», a ajouté le colonel Wilkerson.
Il a ajouté que M. Powell, lorsqu'il était secrétaire d'État, lui avait demandé d'enquêter pour découvrir comment la torture était devenue un instrument de la politique américaine après que des cas de recours à des sévices avaient été révélés.
Selon cet ex-responsable, le nouveau chef de cabinet de Dick Cheney, David Addington, jusqu'ici conseiller juridique de la vice-présidence, avait été un «avocat résolu» à autoriser le recours à la torture.
En août 2002, un mémo préparé par le département de la Justice et adressé au conseiller juridique du président américain (Alberto Gonzales, promu depuis lors au rang de secrétaire à la Justice) donnait une définition très restrictive de la torture. L'existence de ce mémo avait été rendue publique près de deux ans plus tard.
La semaine dernière, le Washington Post a révélé que M. Cheney est récemment intervenu auprès du Sénat pour obtenir que la CIA soit exemptée, lors d'opérations antiterroristes à l'étranger, d'avoir à respecter un projet de loi interdisant l'usage de la torture.
La «cabale»
Reprenant le propos d'un article qu'il a récemment publié dans le Los Angeles Times, M. Wilkerson a par ailleurs affirmé que M. Cheney avait créé un Conseil national de sécurité «bis» espionnant et sapant le travail effectué par le Conseil national de sécurité du président Bush. Il a ajouté que les membres du Conseil national de sécurité avaient cessé de recourir aux courriels en découvrant que les collaborateurs de M. Cheney épluchaient leurs messages.
Il a également déclaré que les services de M. Cheney avaient empêché qu'un mémo du Conseil national de sécurité recommandant davantage d'effectifs militaires pour envahir l'Irak ne parvienne au président Bush.
Enfin, il a affirmé que l'ancien chef de la CIA, George Tenet, «n'avait pas eu le courage» d'informer les services de Dick Cheney de ses doutes sur les efforts de Saddam Hussein pour se doter d'armes interdites.
Prisons secrètes
Plusieurs pays d'Europe de l'Est, en particulier la Pologne et la Roumanie, ont démenti hier l'existence sur leur territoire de prisons secrètes où, selon le Washington Post, la CIA détiendrait des membres du réseau terroriste al-Qaïda.
Le quotidien américain a affirmé mercredi que la CIA détenait des terroristes d'al-Qaïda dans de telles prisons, surnommées «sites noirs», dans huit pays, y compris la Thaïlande, l'Afghanistan et «plusieurs pays démocratiques d'Europe de l'Est» qu'il n'a pas nommés.
Un responsable de l'organisation américaine de défense des droits de l'homme Human Rights Watch (HRW) a désigné la Pologne et la Roumanie comme sites probables.
Selon Tom Malinowski, directeur de l'antenne de Washington de HRW, des sources en Afghanistan ont indiqué que des hauts responsables d'al-Qaïda capturés dans cette région ont été déplacés en septembre 2003, parmi lesquels Khalid Sheikh Mohammed, un des présumés cerveaux des attentats du 11 septembre 2001.
Le même mois, un Boeing 737 loué par la CIA pour transporter des prisonniers a quitté Kaboul et a fait escale sur des aérodromes isolés de Pologne et Roumanie avant de se rendre au Maroc et sur la base américaine de Guantánamo, selon la même source.
Le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) a demandé hier à avoir accès aux terroristes présumés qui seraient détenus dans ce réseau.
«L'accès aux détenus est une priorité humanitaire importante pour le CICR et une suite logique à notre travail actuel en Afghanistan, en Irak et à Guantánamo», a déclaré la porte-parole du CICR, Antonella Notari.
Toujours d'après le Washington Post, l'existence et l'emplacement de ces prisons n'étaient connus que par une poignée de responsables aux États-Unis ainsi que par le chef d'État et quelques responsables du renseignement des pays concernés.
«Je ne sais rien à ce sujet», a déclaré hier à la presse le ministre polonais de l'Intérieur, Ludwik Dorn.
«Nous ne détenons pas de terroristes et nous ne les interrogeons pas», a déclaré à la radio Jerzy Szmajdzinski, qui a été ministre de la Défense de 2001 jusqu'à ce que le nouveau gouvernement de droite prenne ses fonctions lundi.
À Bucarest, le premier ministre roumain Calin Tariceanu a de même démenti l'existence de «sites noirs» sur le territoire de son pays.
À Bruxelles, la Commission européenne a fait savoir qu'elle vérifierait ces affirmations. La Pologne, membre de l'UE depuis mai 2004, et la Roumanie, dont l'adhésion est prévue pour 2007 ou 2008, sont liées par la Charte des droits fondamentaux, qui n'est pas compatible avec la présence de prisons secrètes.
Libby comparaît
L'ex-directeur de cabinet du vice-président américain Dick Cheney, Lewis Libby, a plaidé hier non coupable dans l'affaire Plame-Wilson, où le conseiller politique du président George W. Bush, Karl Rove, est aussi cité.
M. Libby, qui comparaissait hier matin pour la première fois devant le juge Reggie Walton, fait l'objet de cinq chefs d'accusation pour parjure, faux témoignages et entrave à la justice. Il risque 30 ans de prison et une amende de 1,25 million de dollars. La prochaine audience aura lieu le 3 février.
Lewis Libby avait démissionné de ses fonctions à la Maison-Blanche après son inculpation le 25 octobre, réclamée par le procureur spécial Patrick Fitzgerald, pour avoir menti à un grand jury (chambre d'accusation) sur son rôle dans des fuites à la presse sur l'identité d'une agente clandestine de la CIA, Valerie Plame.
Ces fuites avaient été interprétées comme des représailles de la Maison-Blanche contre son mari, Joseph Wilson, un ex-ambassadeur qui avait accusé le président Bush d'avoir publiquement justifié la guerre contre Saddam Hussein avec de fausses informations sur le nucléaire irakien.
Rendre public le nom d'agents clandestins de la CIA est un crime réprimé par la loi.
Dans son édition d'hier, le Washington Post affirme que le procureur envisage d'inculper le conseiller politique de George W. Bush, Karl Rove, qui a été le principal artisan de la réélection du président, pour fausses déclarations lors de l'enquête.
Enfin, la majorité républicaine à la Chambre des représentants a rejeté hier un appel de l'opposition à mener des enquêtes «substantielles» sur les «abus» de la guerre en Irak, y compris la manipulation du renseignement avant la guerre et le scandale des abus commis contre des prisonniers à Abou Ghraïb.
D'après l'Agence France-Presse et Reuters

