L'autre manifeste
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En réponse au manifeste Pour un Québec lucide de Lucien Bouchard et ses amis, voilà qu'un second groupe en vue vient de lancer un contre-manifeste, de gauche celui-là, en faveur d'un «Québec solidaire». Solidaire, vraiment?
Or voilà qu'un groupe d'une trentaine de militants réunis autour de quelques futurs candidats de la gauche québécoise, dont Françoise David, propose sa propre analyse. Malheureusement, pas plus que le premier manifeste, celui du Québec solidaire ne fournit de pistes de solution crédibles. À l'idéologie néolibérale, les militants répondent par une autre idéologie qui nous ramène à la belle époque du rêve socialiste: généreux sur papier, désastreux dans la pratique.
À croire les auteurs de ce contre-manifeste, le principal problème auquel le Québec fait face ne serait pas une question de création de richesse mais simplement de répartition de cette richesse. On se croirait dans une république bananière où il suffirait d'élire des gens qui auront le courage de taxer encore plus les riches et les entreprises et de redistribuer l'argent en éducation et en santé, aux chômeurs et aux pauvres. Comment n'y a-t-on pas songé plus tôt?
Par un raisonnement insultant pour l'esprit, les auteurs avancent que le Québec produit de plus en plus de richesse «avec de moins en moins de travailleurs, quel que soit leur âge». Tiens donc! Pourtant, l'emploi n'a-t-il pas augmenté de 22 % depuis 12 ans alors que la population totale s'est accrue de 6 %? Le fait que l'économie produise de plus en plus par personne au travail, n'est-ce pas là ce qu'on appelle de la productivité? Or le Québec n'est-il pas précisément une des régions les plus en retard en matière de productivité dans tout l'Occident? Et n'est-ce pas ce retard qui est à l'origine de notre niveau de vie inférieur à celui de la quasi-totalité des États d'Amérique du Nord?
Ne nous y trompons pas: si la répartition de la richesse permet de réduire l'écart entre les classes, elle ne constitue certainement pas le moteur de création de la richesse. Ce qui crée cette richesse, c'est la formation d'entreprises productrices de biens et de services, point. Ceux qui s'imaginent que le Québec remportera cette impitoyable course mondiale aux investissements en augmentant les impôts des entreprises et de la main-d'oeuvre spécialisée sont des imposteurs intellectuels. Et qu'on ne vienne surtout pas tenter de nous convaincre qu'il existe quelque part «en Amérique latine des pays qui multiplient les solutions créatives aux problèmes de mondialisation marchande», pays dont le Québec devrait s'inspirer! Le Venezuela? Cuba? L'Argentine? On se croirait revenu dans les années 70, alors que Françoise David et ses copains communistes présentaient la pitoyable Albanie comme le modèle idéal pour un Québec solidaire.
Deux manifestes, l'un de droite, l'autre de gauche; un pour les patrons, l'autre pour les militants. À quand une réflexion éloquente sur notre avenir? À quand une réflexion qui ne serait pas le fruit de déductions idéologiques mais d'études sérieuses et de discussions serrées entre les acteurs sociaux? À quand une commission d'enquête sur les choix qui attendent le Québec?
j-rsansfacon@ledevoir.com
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