Assad tente de refaire son image
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Le président syrien libère des prisonniers politiques
Damas -- Le président syrien, Bachar al-Assad, a gracié 190 prisonniers politiques afin d'améliorer l'image de la Syrie, qui se dit déterminée à coopérer à l'enquête internationale sur l'assassinat de l'ancien premier ministre libanais Rafic Hariri.Il se référait à la résolution 1636 du Conseil de sécurité sommant Damas d'autoriser le magistrat allemand Detlev Mehlis à interroger d'éventuels suspects syriens.
Dans une interview au journal arabe al-Hayat, le vice-ministre des Affaires étrangères, Walid Mouallem, a réaffirmé que «la Syrie travaillera avec la commission d'enquête internationale, car elle s'estime innocente et, comme l'a dit le président Bachar al-Assad, tout Syrien dont l'implication dans l'assassinat sera prouvée devra être jugé».
Damas a, par ailleurs, créé une commission spéciale d'enquête sur l'attentat qui a coûté la vie à M. Hariri le 14 février à Beyrouth. Elle serait en train d'étudier les modalités pratiques de coopération avec la commission de l'ONU, selon la presse libanaise.
Mercredi, M. Assad a gracié 190 prisonniers politiques. Selon l'agence officielle Sana, cette mesure de clémence entre «dans le cadre des réformes globales qui visent à consolider la cohésion nationale». Sana a annoncé que «d'autres mesures en ce sens seront prises ultérieurement».
L'activiste des droits de l'homme Anouar al-Bouni a indiqué que, parmi les détenus libérés, figurent des membres d'organisations islamistes, dont Azzam Ghareib, membre de la confrérie des Frères musulmans, interdite depuis 1980, le président de l'Organisation arabe des droits de l'homme, Mohammad Raadoun, et l'écrivain Ali Abdallah, membre du forum politique dit Salon Atassi.
M. Bouni rappelle qu'en mars, 232 détenus, dont une centaine de Frères musulmans, avaient été libérés en deux temps, en vertu d'un décret présidentiel.
Selon al-Bouni et Ammar Kourbi, porte-parole de l'Organisation arabe des droits de l'homme, au moins un millier de détenus politiques se trouvent encore dans les prisons syriennes.
«C'est un pas dans la bonne direction, mais il est insuffisant. Il doit être complété par la libération des détenus politiques restants, la levée de l'État d'urgence, le retour des exilés politiques, la dissolution de la Cour supérieure, le règlement de l'affaire des Kurdes privés de la nationalité syrienne», a affirmé Ali Abdallah.
Les deux militants des droits de l'homme relèvent que «la mesure de grâce [présidentielle] vise à consolider le front intérieur, au moment où s'accentuent les pressions extérieures», notamment de la part des États-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne.
«Nous souhaitons une réforme radicale pour clore définitivement le dossier des prisonniers politiques, l'annulation de la loi 49 rendant les Frères musulmans passibles de la peine capitale, l'amendement de l'article 8 de la Constitution, qui investit le parti Baas du rôle de leader de l'État et de la société», a souligné M. Kourbi. Le parti Baas détient le monopole du pouvoir en Syrie.
«Le président Assad cherche à rassembler les Syriens derrière lui. Il a fait un geste en direction de la communauté internationale, qui attend de lui une pleine coopération dans l'affaire Hariri», estime un diplomate occidental qui a requis l'anonymat.

