Le prochain référendum - Vers le même script ?

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Clairandrée Cauchy
Édition du samedi 29 et du dimanche 30 octobre 2005

Mots clés :

En dix ans, le contexte politique a évolué au point où la troisième voie est aujourd'hui morte

Photo: Christian Tiffet

Il y a dix ans, les Québécois ont rejeté le projet de souveraineté par une infime majorité. Une décennie plus tard, les péquistes commencent à s'agiter, affirmant qu'ils choisissent aujourd'hui le chef qui mènera les troupes à l'indépendance. Mais en quoi un prochain référendum, qui ne pourrait vraisemblablement pas avoir lieu avant 2008 ou 2009, différerait-il du dernier?

Les acteurs politiques ont changé depuis 1995 (et ce n'est pas fini, course à la direction du PQ oblige), un million de nouveaux électeurs se sont ajoutés alors qu'environ 600 000 sont décédés, l'identité canadienne s'est affirmée, l'idée de réouvrir la Constitution ne trouve pas beaucoup de porteur de ballon... Cela étant, un référendum dans un horizon de trois ou quatre ans pourrait bien avoir des airs de déjà vu, à quelques nuances près.

À voir le Bloc québécois ramener sur le tapis le concept du partenariat, évacué des discours des candidats au leadership et du programme du PQ, le flash-back n'en est que plus vif.

«J'ai l'impression que nous allons aboutir à une démarche qui ne sera probablement pas si éloignée de celle de 1995. [...] MM. Parizeau et Bouchard avaient fait les bons choix stratégiques», fait valoir l'ancien ministre des Affaires intergouvernementales Joseph Facal, aujourd'hui professeur invité aux HEC.

M. Facal ne s'empêtre pas trop dans l'actuel programme du PQ, qui prévoit une question simple sur la souveraineté et une déclaration unilatérale au lendemain d'un OUI: «Les péquistes ont toujours été comme cela. Quand on approchera de l'échéance, le pragmatisme va revenir», assure l'ancien politicien, qui dit espérer que les souverainistes arrêtent de se perdre dans «la mécanique et la date du référendum».

Si le scénario risque de se répéter, le contexte a néanmoins évolué. «L'hypothétique troisième voie à laquelle tant de Québécois ont rêvé [...] est aujourd'hui morte. Les Québécois n'ont maintenant plus que deux options: ou ils font un pays, ou ils ne peuvent s'attendre à être traités différemment de la Saskatchewan ou du Manitoba», croit M. Facal, qui offre pour preuve le fait que le PLQ forme «le premier gouvernement de l'histoire moderne qui n'a même pas de plate-forme de revendications constitutionnelles».

L'historien Éric Bédard voit lui aussi une clarification des enjeux autour de deux options: «C'est [la Constitution de] 1982 ou la souveraineté.» Cette troisième voie, fort présente en 1980, était selon lui encore sous-jacente en 1995, que ce soit dans l'offre de partenariat ou dans l'existence d'un courant pro-Meech au Canada anglais.

La principale transformation depuis 1995, selon M. Facal, c'est l'accentuation de la mythologie de Trudeau, désormais vu comme le fondateur du Canada moderne. «Le Canada s'est séparé du Québec!», illustre avec emphase l'ancien porte-parole des Jeunes souverainistes en 1995. «Le Canada a développé son nationalisme, qui tourne autour de l'idée de la Charte, de la tolérance, d'individus aux identités multiples qu'on doit protéger à tout prix. Il n'y a plus d'histoire, plus de communautés.» Ce nationalisme civique canadien s'accompagne de la certitude de combattre «un mal radical, le mal du nationalisme ethnique, du passé, des gens qui, en plus, sont malhonnêtes et posent de mauvaises questions aux gens».

La question: voilà ce qui turlupine encore et toujours le Canada anglais. Dans l'éventualité où un nouveau référendum aurait lieu, on préférerait voir resurgir la mouture initiale de la question de Jacques Parizeau sur la souveraineté, sans le partenariat. Et encore: «Même l'idée de souveraineté, ce n'est pas la même chose que celle de l'indépendance. Le Québec est déjà souverain dans des domaines importants. Si on est indépendantiste, il faut le dire», clame dans un français impeccable l'ancien premier ministre ontarien Bob Rae.

«Les règles du jeu ont complètement changé avec la décision de la Cour suprême et la Loi sur la clarté référendaire», poursuit l'ex-politicien, qui présidait jusqu'en septembre dernier le Conseil de l'unité canadienne (CUC). M. Rae croit que la question de 1995 n'aurait même pas mené à l'indépendance, malgré ce que l'ex-premier ministre Jean Chrétien avait laissé entendre dans son discours à la nation en octobre 1995. «Si on pense que créer un nouveau pays et briser le Canada sera facile ou automatique, c'est une utopie totale», s'exclame-t-il.

Ce même avis de la Cour suprême ne pose-t-il pas l'obligation de négocier pour le reste du Canada advenant un OUI? «Oui sur une question claire, sur la volonté d'une province de se séparer du reste du pays», répond M. Rae, qui s'empresse d'ajouter que «la nécessité de négocier, cela n'a rien à voir avec le résultat de n'importe quelle négociation».

Signe d'une évolution des mentalités, 76 % des Canadiens (72 % dans le reste du Canada à lui seul) seraient favorables à la négociation d'un partenariat avec un Québec indépendant, selon un récent sondage du Strategic Counsel publié dans le Globe and Mail. «On n'a jamais pensé que cela pourrait se produire. On n'a pas vu cela dans les sondages en 1980 et 1995. C'était plutôt le refus de négocier, quoi qu'il arrive», rappelle le politologue Alain G. Gagnon, de la Chaire du Canada en études canadiennes et québécoises de l'UQAM, qui y voit un effet secondaire du renvoi à la Cour suprême. Toujours dans le sondage du Strategic Counsel, une même proportion d'habitants du rest of Canada (ROC), soit 74 %, croit cependant qu'une majorité simple de 50 % plus une voix ne suffirait pas à enclencher la séparation du Québec.

Nombreux sont les observateurs qui prédisent un plus grand engagement du Canada anglais dans une éventuelle campagne référendaire, à l'image du réveil survenu au Canada anglais à la dernière semaine de la campagne de 1995. Interrogé à savoir si des acteurs fédéraux devraient respecter les règles québécoises sur les limites des dépenses référendaires, M. Rae, qui siège toujours au conseil d'administration du CUC, y va d'un laconique «sans commentaire», suivi de l'affirmation suivante: «C'est une folie de continuer avec la mythologie selon laquelle c'est une question qui touche seulement les Québécois et que les autres Canadiens n'ont rien à dire là-dessus.»

M. Rae affirme cependant ne pas sentir d'inquiétude particulière dans le ROC quant à une éventuelle échéance référendaire et juge que les sondages montrant le OUI à un niveau assez élevé sont fort peu représentatifs puisqu'ils portent sur la question de 1995, qu'il juge irrecevable.

Démographie et sondages...

Toutes choses étant égales par ailleurs, les résultats du OUI aux sondages atteignent des sommets si on pose la question de 1995 sur la souveraineté assortie d'une offre de partenariat: 50 % en septembre et 55 % en juillet, selon CROP; 54 % en mai, selon Léger Marketing...

«C'est du jamais vu alors qu'il n'y a pas de mobilisation politique. [...] Le Parti québécois n'est même pas au pouvoir, il y a une lutte fratricide au sein même du PQ», note Alain G. Gagnon.

Outre l'environnement politique, teinté par le scandale des commandites, les chicanes du gouvernement libéral avec Ottawa et le fait qu'un référendum semble encore lointain, les sondages reflètent probablement l'évolution démographique de la dernière décennie.

Un million de jeunes, les enfants des baby-boomers, ont acquis le droit de vote, souligne le sociologue Simon Langlois, de l'Université Laval, dans une récente étude. Ce nombre pourrait s'élever à 1,25 million d'électeurs vers 2008-09. «Les sondages montrent que les nouvelles cohortes seraient portées à être un peu plus souverainistes. Ceux qui avaient 18 ans en 1995 ont voté OUI dans une proportion de 61 %. Maintenant, ce serait même 67 ou 68 %», précise le chercheur. Il souligne par ailleurs qu'en vieillissant, les cohortes tendent à maintenir leurs opinions de 1995: «Les nouvelles cohortes de retraités sont un peu plus souverainistes que celles d'il y a dix ans.»

«Sans être politiquement correct, il faut aussi parler des décès d'environ 500 000 ou 600 000 personnes», fait observer le sociologue, notant que les deux tiers des électeurs de cette cohorte privilégiaient le NON.

Les intentions de vote des membres de communautés culturelles ont aussi évolué, particulièrement chez les enfants de la loi 101. L'analyse des sondages révèle qu'environ 27 % des citoyens issus de l'immigration se prononcent en faveur du OUI, du moins au sein de la population active. Chez les retraités, cette proportion chute à 15 %. On évalue que seulement 5 % des allophones se sont prononcés pour le OUI en 1995.

Il reste cependant à voir si ces votes se concrétiseraient dans les urnes alors que le contexte serait émotivement chargé, précise M. Langlois.

Si ce portrait démographique semble plutôt favorable au OUI, la perspective d'un autre référendum est encore lointaine. Même une saison est une éternité en politique. D'ici un hypothétique horizon de 2008-09, il y aura une élection à la direction du PQ, des élections fédérales, des élections québécoises, alouette. Une chose est certaine: le débat est loin d'être clos.


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