Un spécialiste des OGM met en garde le Canada contre le saumon transgénique

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Fabien Deglise
Édition du mardi 25 octobre 2005

Mots clés : ogm

Le Canada pourrait bien commettre une erreur grave en autorisant la commercialisation d'un saumon transgénique provenant de l'Île-du-Prince-Édouard. Ce poisson, dont la demande d'homologation suit actuellement son cours, risque en effet de porter préjudice autant à la santé publique qu'à la communauté scientifique en raison de l'absence d'études fiables qui devraient normalement accompagner l'introduction dans la chaîne alimentaire d'un nouvel aliment, estime le biologiste français Gille-Éric Séralini.

De passage à Montréal où il donne quelques conférences, le scientifique qui siège dans plusieurs comités européens d'évaluation des organismes génétiquement modifiés (OGM) est catégorique: le manque de transparence qui accompagne aujourd'hui le développement des biotechnologies ici comme ailleurs est néfaste pour tout le monde. Et la nouvelle génération de saumon canadien de la compagnie Aqua Bounty Technologies manipulé génétiquement pour grossir plus vite ne fait d'ailleurs pas exception à la règle: «On ne peut que déplorer le fait de ne pas avoir, pour ce saumon, des tests sérieux sur son impact sur la santé humaine, a-t-il expliqué au Devoir. On dit souvent que les critiques contre les OGM ne sont pas rationnelles. Mais, en fait, ce sont les évaluations scientifiques des compagnies ou l'absence de ces évaluations qui sont plutôt irrationnelles.»

Tout en soulevant des questions légitimes chez les consommateurs, estime-t-il, «ce manque d'honnêteté scientifique» vient du même coup jeter le discrédit sur les biotechnologies en général qui, pourtant, pourraient connaître un bel avenir, selon lui. «Il est temps que les scientifiques se lèvent pour dénoncer l'absence de transparence tolérée par les États qui fait le jeu des entreprises»... au dépens des citoyens, ajoute-t-il, transformés «en cobaye» pour l'avancement de la science.

Le cas du MON 863, un maïs génétiquement modifié (vendu au Canada) dont les évaluations de Monsanto ont été rendues publiques grâce à la justice allemande en juin dernier vient d'ailleurs apporter de l'eau à son moulin. Des analyses effectuées par la multinationale sur des rats auraient en effet démontré un lien entre la consommation de cet OGM et des troubles physiologiques. «Ces résultats sont restés confidentiels, au nom du secret industriel, dit-il. Qui plus est, les suivis sont inexistants. D'un point de vue scientifique, ce sont là des lacunes importantes qui ne peuvent pas constituer la base de la mise en marché de ces organismes.»

Observateur critique de l'univers des OGM, mais aussi fervent défenseur de ces biotechnologies,

M. Séralini déplore que ces organismes jouissent, d'un point de vue de l'évaluation scientifique, d'un statut particulier. «En Europe, un pesticide est testé pendant deux ans avant d'être homologué, dit-il. Un OGM qui produit un pesticide l'est pendant moins de trois mois. Pis, on nourrit pendant 14 jours des vaches avec des OGM et les résultats de cette étude permettent de dire que ces OGM sont sécuritaires sur tout un continent. Est-ce normal?»

L'homme connaît la réponse. Il connaît aussi les effets négatifs du dopage génétique auquel les saumons de l'Atlantique sont exposés aujourd'hui, à titre expérimental, pour améliorer la productivité des fermes aquacoles. «Ce dopage entraîne forcément des troubles métaboliques, dit-il. A-t-on vraiment envie de manger ça sans savoir à quoi nous nous exposons?»

Ces saumons ne sont pas encore vendus au Canada. Mais ils participent actuellement à la construction, selon lui, de la «préhistoire des biotechnologies propres». Une préhistoire «où la santé des gens est prise en otage» et où le voile noir qui semble avoir recouvert l'univers des blouses blanches «pourrait bien un jour se retourner contre ceux qui l'ont installé», prévient-il.


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