Un grand bond pour la gauche québécoise

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Antoine Robitaille
Édition du lundi 24 octobre 2005

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De la fusion UFP-Option citoyenne naîtra en janvier un nouveau parti souverainiste

Québec -- La gauche québécoise aura bientôt un nouveau parti. Il naîtra à la mi-janvier de la fusion d'Option citoyenne (OC) et de l'Union des forces progressistes (UFP). Ce sera «le plus large parti de gauche que le Québec ait jamais eu», au dire de la porte-parole Françoise David, une des fondatrices d'OC.

Les quelque 300 participants de la troisième Rencontre nationale d'OC, hier au Collège Limoilou à Québec, en début d'après-midi, ont approuvé à l'unanimité ce mariage entre deux formations de même orientation idéologique. L'UFP fera sans doute de même à son congrès spécial du 5 novembre.

«Nous sommes en train d'écrire une page d'histoire», s'est exclamé après le vote François Saillant, co-porte-parole d'Option citoyenne, mais aussi coordonnateur du FRAPRU (Front d'action populaire en réaménagement urbain à Montréal). Le nouveau parti se rebaptisera lors de son congrès de fondation les 13, 14 et 15 janvier et se donnera alors une nouvelle identification visuelle.

Il comptera presque 4000 membres, 2300 provenant d'OC et quelque 1800 à l'UFP. «On espère bien que, rapidement, on sera beaucoup plus nombreux», a lancé M. Saillant hier. (Pour fin de comparaison, le Parti québécois compte actuellement 137 000 membres.)

Conformément à la pratique «collégiale» actuelle d'OC et de l'UFP, la nouvelle formation n'aura pas de chef, pendant sa première année d'existence du moins. Elle se contentera de deux «porte-parole», une femme et un homme. Mais elle pourrait élire «un ou une chef» avant les prochaines élections fédérales, ont révélé M. Saillant et Mme David, hier. «On aimerait bien être invités au débat des chefs», a dit Françoise David, tout en se disant bien réaliste.

Option souverainiste

Samedi, les mêmes militants ont pris une autre décision de poids. Après près d'un an de réflexion, et par une majorité «soviétique» de 96 %, ils sont devenus officiellement souverainistes. «Nous ne serons plus une option mitoyenne», blaguait hier Françoise David, à qui on venait de rappeler le mot d'esprit de Jean Dion.

Dans le texte adopté par les militants samedi, on pouvait lire que «sans être une garantie, la souveraineté représente l'un des moyens de fournir au Québec les outils nécessaires à la réalisation d'un projet politique et social progressiste, ainsi qu'à son épanouissement comme nation partageant une langue commune et une culture propre. Cette souveraineté devra être inclusive et réalisée en partage avec les peuples autochtones».

Mme David insistait pour dire que la souveraineté n'est qu'un «outil» qui doit être subordonné à un objectif plus grand: «On est d'abord et avant tout dans le camp de la justice sociale et du bien commun et, ça, on ne le répétera jamais assez». En 40 ans, ajoutait-elle, le Québec a pu faire beaucoup de pas même s'il n'était pas un pays. «Nous sommes la voix de tous ceux et celles qui ne sont pas d'accord avec le discours ambiant, néolibéral, les leçons de lucidité de Lucien et des 12 apôtres, par exemple.» Plus tard dans son discours, elle fut applaudie bruyamment lorsqu'elle lança «l'avenir, c'est pas Lucien Bouchard et sa gang, l'avenir c'est nous autres».

Mme David souligne au reste que la nouvelle formation propose une démarche de démocratie participative pour préparer la souveraineté. «On ne s'enfargera pas, nous, à nous demander si c'est trois mois après l'élection, six mois ou un an, on n'est absolument pas dans ce genre de débat-là.»

Relations avec le PQ

Concernant le candidat à la direction du PQ, André Boisclair, Jean-Yves Desgagné, d'Option citoyenne, n'y va pas par quatre chemins: «J'ai eu à négocier avec lui lorsqu'il était ministre, et il n'est pas sensible aux pauvres.» Le nouveau parti issu de la fusion OC-UFP serait-il plus porté à suivre un parti québécois dirigé par Pauline Marois, à laquelle s'apprêterait à se rallier la gauche du PQ, notamment la frange SPQ libre, avec Pierre Dubuc, et sa branche «contrat social», avec Jean Ouimet? Madame David refusait hier de faire des conjectures: «On verra où seront les possibilités de dialogue sur la souveraineté et aussi sur le projet social. Pour nous, c'est absolument indissociable. On verra. Je n'ai pas de stratégie à proposer pour l'instant.» Elle précisait qu'il serait toutefois surprenant que le nouveau parti OC-UFP se retrouve dans le camp du non. Ou même de l'abstention, comme les marxistes-léninistes dont elle faisait partie en 1980.

Présente lors du vote, la porte-parole de l'UFP Denise Veilleux s'est dite ravie qu'OC ait enfin opté pour la souveraineté, qu'elle considérait comme une condition préalable à toute fusion. Quant à savoir si la nouvelle formation allait diviser le vote et ainsi permettre aux fédéralistes de remporter plusieurs circonscriptions supplémentaires, Mme Veilleux a déclaré: «Ce qui divise le vote, ce n'est pas la présence de la gauche, c'est un mode de scrutin qui fait en sorte que, si je suis souverainiste dans un château fort fédéraliste, mon vote ne compte pas et l'inverse aussi». Elle reproche au PQ d'avoir depuis 30 ans dans son programme la réforme de mode de scrutin et de n'avoir rien fait. «Le gouvernement du PQ a choisi délibérément de ne pas la faire, malgré une démarche démocratique exemplaire de la part du député Jean-Pierre Charbonneau.» À propos de ce dernier, plusieurs disaient espérer hier, qu'il se joigne à la nouvelle formation: «C'est un grand personnage, un éminent démocrate qu'on accueillerait avec bonheur», a même dit Mme Veilleux. Un peu plus tôt, Françoise David avait aussi cité en exemple la démarche proposée par M. Charbonneau de «démocratie participative large, en préparation de la souveraineté».

Meilleur ami de la gauche

Pendant longtemps, «le pire ennemi de la gauche, au Québec, ç'a été la gauche», a fait remarquer François Saillant, à la fin de la réunion, en évoquant les luttes épiques entre les divers courants et groupuscules gauchistes des années 70 et 80. «Mais, à partir de maintenant, le meilleur ami de la gauche, ce sera la gauche», a-t-il déclaré. M. Saillant s'est aussi dit très fier que la nouvelle formation de gauche naisse de manière démocratique. Il a rappelé la naissance du Parti québécois, en 1968, où le Rassemblement national, parti alors dirigé par Pierre Bourgault, fut forcé de se dissoudre. On avait alors laissé ses membres libres de se joindre ou non au nouveau parti. «C'est jamais comme ça qu'on a voulu faire les choses, nous, a dit M. Saillant, nous, on a deux gagnants.»


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Avoir le choix - par raymond huot (raymond_huot@hotmail.com)
Le lundi 24 octobre 2005 16:00

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