Boisclair s'en prend à Charest

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Robert Dutrisac , Antoine Robitaille
Édition du jeudi 20 octobre 2005

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«Allez-vous accepter l'argent sale d'Ottawa?»

André Boisclair s'est formellement engagé à faire adopter une déclaration d'indépendance dès le lendemain d'un Oui, tout comme Richard Legendre, une démarche que Louis Bernard a qualifié d' irréaliste.

Photo: Clément Allard

Québec -- «Allez-vous accepter l'argent sale d'Ottawa» lors de la prochaine campagne référendaire? C'est par cette question en forme d'attaque contre le premier ministre Jean Charest qu'André Boisclair a clos hier soir sa dernière intervention lors du quatrième débat de la course à la direction du Parti québécois. Celui-ci portait sur le thème de la souveraineté et du leadership et s'est tenu à guichets fermés devant quelque 1200 personnes au Capitole.

M. Boisclair répliquait ainsi au premier ministre qui, ces derniers jours, a fait plusieurs déclarations sur la course à la direction, notamment que celle-ci lui donnait le vertige en raison du «vide» qu'elle révélerait. «Jean Charest a voté contre la loi 99», une loi qui répliquait à la Loi sur la clarté, a rappelé M. Boisclair.

Mais après la commission Gomery et les allégations de l'ancien président du Parti libéral fédéral au Québec, Benoît Corbeil, selon qui le fédéral a triché lors du référendum de 1995, la question de la fraude possible et du contournement des règles par le gouvernement fédéral a été abordée à plusieurs reprises hier. Les candidats ont rivalisé de propositions, comme la création d'une citoyenneté québécoise, pour prévenir cette fraude. Lors du prochain référendum, «Ottawa ne nous fera pas de cadeau», a déclaré Pauline Marois, «il sera encore plus agressif qu'en 1995», a-t-elle dit, ajoutant que le Parti québécois a besoin d'une personne solide comme elle «pour maintenir les troupes au combat».

Par ailleurs, les candidats se sont escrimés sur la question du moment propice pour adopter la déclaration de l'indépendance après un référendum gagnant. André Boisclair s'est formellement engagé à faire adopter une déclaration dès le lendemain d'un OUI, tout comme Richard Legendre, une démarche que Louis Bernard a qualifiée de totalement irréaliste et créatrice d'«anarchie». Selon M. Bernard, si un État du Québec faisait une telle déclaration «précipitée», il risquerait d'abord de se faire refuser la reconnaissance par les autres pays, même «par notre amie la France». Ensuite, ce nouvel État ne serait pas en mesure de remplir ses responsabilités, comme verser des «pensions de vieillesse» aux aînés et des prestations d'assurance chômage aux personnes sans emploi. Pour cette raison, a expliqué M. Bernard, il faut «prendre le temps de négocier correctement la transition» avant de déclarer l'indépendance. «Je ne veux pas faire l'indépendance sur le dos des plus pauvres», a dit M. Bernard après le débat.

Richard Legendre lui a répondu en citant une phrase de Jacques Parizeau selon laquelle «la France ne peut que reconnaître qu'un pays et non une intention». Pierre Dubuc a reproché à Louis Bernard de vouloir créer «une année d'incertitude» pendant laquelle le fédéral pourrait soumettre une contre-offre de confédération. De plus, selon lui, en parlant des pensions de vieillesse, M. Bernard donne un argument massue au fédéral. «Faisons-nous des listes avec les rapports d'impôt et la Régie des rentes!»

André Boisclair, toujours considéré comme le meneur de la course, a fait l'objet de plusieurs attaques. Gilbert Paquette lui a reproché de dire que le Parti québécois «n'était pas prêt» à entreprendre la bataille de l'indépendance. «À 62 000 membres, on n'était pas prêts; à 137 000, on l'est», a répondu M. Boisclair. M. Paquette a par la suite déclaré que M. Boisclair est un tenant de l'«affirmation nationale» de Pierre Marc Johnson. M. Boisclair a rétorqué en se posant en porteur du programme du parti et s'est engagé à rassembler la plus vaste coalition en faveur de la souveraineté.

Pauline Marois, se présentant comme une «patriote», s'est défendue de croire encore à la stratégie des «conditions gagnantes» et a réitéré son plan de créer une vaste alliance en faveur de la souveraineté dès le 16 novembre si elle est élue. La candidate a affirmé que «pour faire la souveraineté, il faut être inattaquable» et faire preuve de «force morale», une allusion voilée à M. Boisclair.

M. Bernard, quant à lui, a dû s'expliquer au sujet du rapport qu'il avait réalisé en 1995, dans lequel il proposait de créer une «nouvelle union canadienne». Ce rapport avait suscité l'ire de Jacques Parizeau et avait été «tabletté», comme l'a souligné Pierre Dubuc. Selon M. Bernard, la question de 1995, qui portait sur le partenariat, imposait ce type de scénario où le Québec et le Canada garderaient des liens. Par la suite, Louis Bernard s'est présenté comme un chef, un bon négociateur, un homme qui «connaît ça», qui n'a pas de plan de carrière et qui veut offrir «son expérience» au Québec. Ghislain Lebel, dans son allocution finale, a dit que s'il était élu chef, il offrirait à M. Bernard le poste de négociateur en chef avec Ottawa.

Selon Richard Legendre, la souveraineté est «urgente» pour le système d'éducation, pour la santé, pour les régions, pour la promotion de la langue. «Le Québec tourne en rond. Le Québec n'est pas seulement non gouvernable, il est non gouverné», a-t-il dit. M. Legendre insiste pour que la plate-forme électorale du PQ ne porte que sur les avantages d'un Québec souverain tout en soulignant les faiblesses du gouvernement Charest, a-t-il ajouté pour une première fois.

Pierre Dubuc estime que le PQ, au lieu de tenter de séduire les souverainistes qui sont passés à l'Action démocratique du Québec, doit plutôt rallier les électeurs souverainistes de gauche au Québec qui se seraient abstenus de voter lors des dernières élections. Il a proposé que le PQ fasse un virage à gauche et a invité le parti à rejeter le manifeste Pour un Québec lucide. Il veut que le gouvernement du Québec se prémunisse du «terrorisme économique» en adoptant une loi contre la fermeture d'entreprises.

De son côté, Ghislain Lebel a signalé que les chartes des droits avaient désolidarisé les Québécois. «Il y a autant de raisons aujourd'hui de faire la souveraineté que de souverainistes», a-t-il dit. Selon lui, il ne faut pas se précipiter dans un référendum. «Il faut rapailler nos troupes», a-t-il dit. Il faut parler de liberté comme le général de Gaulle l'avait fait en 1967. Le PQ, qui a subi en 2003 sa pire défaite électorale depuis 1973, doit se remobiliser et redevenir une véritable coalition où la droite serait la bienvenue. M. Lebel croit toutefois que le projet souverainiste est avant tout affaire de nationalisme ethnique et s'oppose au nationalisme civique que prônent les ténors du PQ et qui, selon lui, a des relents de multiculturalisme. Quant à Jean Ouimet, la souveraineté lui apparaît comme un moyen de créer une société basée sur le développement durable grâce à la signature d'un contrat social liant les citoyens, l'État et les entreprises. «Les gens ne sont pas prêts à signer un chèque en blanc avec la souveraineté», a dit M. Ouimet.

La consommation de cocaïne d'André Boisclair a refait surface en conférence de presse quand un journaliste lui a demandé s'il n'avait pas pris de la cocaïne dans un bar, le Whisky Cafe à Montréal, pendant qu'il était ministre sous Bernard Landry. M. Boisclair a nié avec fermeté cette allégation.


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Le jeudi 20 octobre 2005 08:00

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