Les conjectures enflent autour de la succession de Greenspan

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AFP
Édition du lundi 17 octobre 2005

Mots clés : fed, greenspan

Washington -- Les paris sont ouverts parmi les analystes pour savoir qui va succéder à Alan Greenspan à la tête de la Réserve fédérale (Fed), et si le chef des conseillers économiques de la Maison- Blanche Ben Bernanke part favori, l'idée de la nomination d'un outsider fait son chemin.

Alan Greenspan doit quitter la présidence de la banque centrale le 31 janvier, après y avoir passé 18 ans, et la fin de l'«ère» Greenspan est attendue avec appréhension. «Les professionnels des marchés financiers se souviennent difficilement de la vie avant Greenspan, il est donc difficile d'imaginer ce qu'elle sera après», résume Stephen Gallagher, de la Société Générale.

Les conjectures vont bon train sur le profil du candidat idéal à la succession. «Il y a beaucoup de raisons importantes de nommer quelqu'un qui a une bonne connaissance de la politique économique et qui, derrière la théorie, a une pratique», souligne Scott Brown, chef économiste chez Raymond James.

Après le passage des cyclones Katrina et Rita, les États-Unis doivent faire face à l'envolée des prix du pétrole qui plombe leur facture énergétique et augmente le risque d'inflation, bête noire de la Fed. Et le président George W. Bush est au plus bas dans les sondages de popularité.

Autant d'éléments qui pourraient le pousser à choisir le candidat le moins controversé, selon les économistes. «La Maison-Blanche cherche tout à la fois quelqu'un qui rassurera les marchés et qui ne sera pas en désaccord avec la politique économique de Bush», souligne M. Gallagher.

Sur ces bases, une liste informelle de noms s'est peu à peu constituée. En tête, Ben Bernanke, le président du Conseil économique de la Maison-Blanche.

«Bernanke est le favori du marché. Il est très solide, a un bon passé théorique en matière de politique monétaire et il a été un des gouverneurs de la Fed» jusqu'en juin 2005, explique Scott Brown. Il est généralement considéré comme relativement indépendant d'un point de vue politique.

Un aspect cependant pourrait empêcher sa nomination, selon les économistes de la Société Générale : il est partisan de l'établissement par la Fed d'un objectif d'inflation chiffré qui, une fois mis en pratique, pourrait conduire à sacrifier la croissance dans un but de stabilité des prix.

Les autres candidats potentiels ne manquent pas : Martin Feldstein, ancien conseiller économique de Ronald Reagan, Glenn Hubbard, ancien chef des conseillers économiques de M. Bush, même si la nomination de ce dernier pourrait paraître trop «politique», selon certains.

Autre éventuel candidat, Donald Kohn a l'avantage d'être le plus proche conseiller de Greenspan. Il a passé 30 ans au sein de la Fed, expérience qui pourrait l'avoir éloigné de la vie politique de Washington.

Lawrence Lindsey, p.-d.g. du Lindsey Group, spécialisé dans le conseil économique, arrive, lui, en queue de peloton des présidentiables.

Pourtant, l'idée qu'un outsider puisse finalement l'emporter fait son chemin. Ethan Harris, chef économiste chez Lehman Brothers, évalue à 35 % la probabilité que M. Bush choisisse un candidat surprise : «il est important de noter que l'équipe de Bush a tendance à nommer des gens issus du monde des affaires», fait-il valoir.

L'économiste indépendant Joel Naroff table sur la nomination d'«une personne issue d'une grande institution financière internationale ou du monde des affaires, éventuellement retraitée». Une perspective qui «effraie» certains car elle pourrait créer une forte volatilité sur les marchés, suspendus aux moindres faits et gestes du nouveau président.

Mais la Fed dispose aujourd'hui d'une crédibilité bien plus forte qu'à l'arrivée d'Alan Greenspan, en août 1987, soulignent les analystes.


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