Médias: Comment se sortir de Star Académie

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Paul Cauchon
Édition du lundi 17 octobre 2005

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Depuis un mois, près de deux millions et demi de Québécois regardent Star Académie 2005 à TVA le dimanche soir. Dans le «duel» des deux émissions dominicales qui avaient été lancées à la mi-septembre la classe médiatique semble avoir fait son lit, se préoccupant beaucoup plus de ce qui se dit à Tout le monde en parle qu'à Star Académie. Pourtant, deux millions et demi, c'est un chiffre impressionnant!

Star Académie continue quand même à diviser le Québec, mais d'une façon différente d'il y a deux ans. Lors de la première édition il y avait d'un côté les partisans passionnés, et de l'autre les «farouchement contre». Cet automne il y a toujours les partisans passionnés (qu'on retrouve partout dans les petites villes et les campagnes), mais de l'autre côté il y a maintenant les «indifférents», qui sont passés à autre chose... ou qui se bouchent les yeux pour ne pas trop subir les pages couvertures des magazines populaires dans les dépanneurs.

S'attaquer à la «bête»

Un petit producteur du Plateau Mont-Royal à Montréal, Another Jay's Movie, a décidé de s'attaquer à la «bête», en produisant un documentaire d'auteur de près de 90 minutes, Star Apoplexie, réalisé par Jean-Louis Tremblay (sans commanditaires et sans subvention gouvernementale, est-il précisé). Le film est lancé demain soir à la Cinémathèque québécoise. Il sera diffusé plusieurs fois à Ex-Centris dans le cadre du Festival du nouveau cinéma (demain soir également et mercredi à 13 h). Ex-Centris le mettrait à l'affiche en janvier prochain, semble-t-il. Faut-il préciser que vous ne le verrez pas sur les ondes de TVA?

Réflexion critique sur la convergence médiatique, ce film sans grands moyens n'a pas la prétention de faire le tour de ce vaste sujet. Mais on peut y entendre plusieurs entrevues d'un certain intérêt. Décrivant les participants à Star Académie un des membres de Loco Locass, Biz, constate que «le génie dans leur histoire, c'est que comme ils sont tous interchangeables, on a inculqué au public l'idée qu'ils sont uniques», en proposant des documentaires quotidiens où on les regarde vivre et où on peut les différencier.

Yves Lambert, anciennement de La Bottine souriante, y va fort: «Star Académie et la convergence médiatique chez Quebecor, dit-il, c'est le summum du capitalisme appliqué à la culture: une bulle d'autosuffisance qui prend tellement de place que les artisans comme moi ont une place de plus en plus restreinte».

Plusieurs interviewés, dont des musiciens, un professeur de l'UQAM au département de musique et l'animateur Claude Rajotte, constatent comment on banalise la création véritable à Star Académie au détriment de l'image ou des formules immédiatement commerciales.

Ce que le documentaire ne dit pas, c'est que les responsables de Star Académie défendent l'idée que leur émission fait la promotion de la musique québécoise et fait redécouvrir un certain répertoire francophone. Ce n'est pas faux. Mais c'est incomplet là aussi, puisque ce point de vue laisse en plan les musiques les plus audacieuses et novatrices, et le travail de création de plus longue haleine.

Propos mordants

Dans le film, les propos de Martin Leclerc, du Syndicat des travailleurs de l'information du Journal de Montréal, sont particulièrement mordants. Leclerc rappelle que, lors de la première année de Star Académie, son journal a proposé une centaine de mentions en une sur Star Académie. Il rappelle que son syndicat a déposé une plainte au Conseil de presse sur l'attitude de son journal (la décision doit être rendue cet automne). Il explique que personne au Journal de Montréal n'a à dire à un journaliste «quoi faire pour orienter l'information». Il s'agit, laisse-t-il entendre, de demander à des employés temporaires ou surnuméraires de rendre compte de l'émission sur plusieurs pages quotidiennes.

Martin Leclerc raconte également cette anecdote: son ancien rédacteur en chef, Bernard Brisset, avait expliqué à Julie Snyder lors d'une réunion qu'il n'était pas question que le journal présente de façon systématique deux pages par jour sur Occupation double, autre émission coproduite par Julie Snyder. Quelques semaines plus tard, «il n'avait plus de job, affirme-t-il. Pour tout le monde dans la boîte, le message était clair et net».

Martin Leclerc met également le doigt sur une contradiction impossible à régler concernant la couverture médiatique de cette émission par les publications Quebecor en général. «Quand on en parle à nos patrons, dit-il, personne ne reconnaît que c'est de la convergence. Ils disent qu'il faut en parler parce que tout le monde regarde l'émission». Cette réaction de Quebecor ne tient évidemment pas compte du travail effectué par la machine promotionnelle de l'empire, qui agit comme une machine de guerre aux ressources invraisemblables.

Ne pas critiquer pour ne pas mépriser

Mais la réussite peut-être la plus spectaculaire de Quebecor, c'est qu'on a tellement bien implanté l'idée que Star Académie est la plus grande émission rassembleuse du monde (je charrie à peine) que la critiquer, et que critiquer les stratégies commerciales autour, équivaut à mépriser le bon peuple et le vrai monde. Lorsque deux millions et demi de personnes regardent la même émission et dépensent leur maigre salaire pour voter pour leur candidat préféré, on se sent évidemment un peu isolé en tentant de penser autrement. Sur cette question Biz, de Loco Locass, en appelle sagement à la responsabilité individuelle: «il faudrait que les gens soient minimalement curieux d'aller voir autre chose...»


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