Québec 2005, professions et PME - Entreprises indépendantes: sept entreprises sur 10 perdraient leurs dirigeants d'ici 10 ans

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Isabelle Maltais
Édition du samedi 15 et du dimanche 16 octobre 2005

Mots clés : travail

Le Québec connaît une pénurie de plus en plus importante de main-d'oeuvre qualifiée

L'avenir économique du Québec dépend en grande partie de la façon dont il saura s'adapter aux bouleversements démographiques qui le menacent, ainsi que de sa réponse à la concurrence de plus en plus forte à laquelle ses entreprises sont soumises. Richard Fahey, porte-parole de la PME au Québec, nous explique les défis qu'entraînent ces facteurs pour les petites et moyennes entreprises.

«Le vieillissement de la population est le principal obstacle auquel auront à faire face les PME. Bien sûr, tout le monde parle du fait que le vieillissement entraînera l'engorgement du système de santé et la diminution des impôts payés au gouvernement. Mais il ne faut pas oublier que cela signifie aussi moins de dirigeants d'entreprise et moins de travailleurs pour faire fonctionner celles-ci. C'est l'économie du Québec qui sera directement touchée», déclare Richard Fahey, porte-parole québécois de la Fédération canadienne des entreprises indépendantes (FCEI), qui a le mandat de défendre les intérêts des PME.

Déjà le spectre du vieillissement commence à inquiéter sérieusement la FCEI. Dans une étude rendue publique récemment, la Fédération constate que 40 % de ses membres ont l'intention de prendre leur retraite au cours des cinq prochaines années. Cette proportion augmente à 70 % sur un horizon de 10 ans. Quand on sait que les trois quarts de ces futurs retraités n'ont pas encore identifié la personne qui va les remplacer, et que le Québec compte 24 000 PME qui créent 80 % des emplois annuellement, il y a de quoi avoir quelques craintes.

«Les dirigeants de PME croient qu'une succession s'organise facilement. Mais cela prend entre trois et cinq ans à préparer. Il faut identifier le remplaçant, le former pour qu'il soit un bon "leader" et un bon gestionnaire. Il faut lui laisser le temps de trouver l'argent qui financera l'achat de l'entreprise. Et il faut également que le dirigeant coupe graduellement le cordon. La planification permet au dirigeant d'aller chercher la vraie valeur de son entreprise et maximise pour le successeur, d'abord les chances de survie, ensuite la croissance et les bénéfices», affirme Richard Fahey.

La FCEI pense que le gouvernement pourrait contribuer à faciliter la succession des PME. D'abord grâce à une campagne de sensibilisation auprès des dirigeants. Au plan fiscal, en faisant passer l'exemption du gain en capital de 500 000 $ à un million, invoquant pour cela le fait que les entrepreneurs investissent dans leurs entreprises et pas dans des REER, ce qui limite leur rente de retraite. En matière de financement, en permettant à la relève d'accéder aux programmes de démarrage d'entreprise. Ici M. Fahey lance également un appel aux banques «qui ont déserté depuis plusieurs années le secteur de la PME». Et en ce qui a trait à l'éducation, en donnant aux jeunes le goût de se lancer en affaires.

Entrepreneuriat

et études

Sur ce dernier point, des pas ont déjà été faits. Un projet-pilote visant à initier les étudiants de quatrième et cinquième secondaire à l'entrepreneuriat est proposé pour la deuxième année dans une vingtaine d'écoles du Québec. «Ce programme d'entrepreneuriat-études, basé sur le modèle de sport-études, donne une idée de ce que c'est de se lancer en affaires et d'opérer une entreprise. Notre objectif est qu'il soit disponible dans l'ensemble des écoles du Québec en 2007», affirme

Richard Fahey.

Mais on ne doit pas s'inquiéter que pour les futurs entrepreneurs. Les travailleurs aussi manquent à l'appel. Les PME font face à une pénurie de plus en plus importante de main-d'oeuvre qualifiée. En fait, 46 000 postes ne sont pas comblés au Québec. Trente pour cent des dirigeants de PME affirment dire non à certaines occasions d'affaires par manque de personnel pour faire face à la demande. Le vieillissement de la population est pointé du doigt, particulièrement en région, mais également la rareté des diplômés en formations professionnelles et techniques. Quatre-vingt pour cent des PME embauchent ce type de travailleurs. «Nos jeunes pensent que, pour avoir un emploi, il faut aller à l'université, ce qui n'est pas le cas. Le taux de placement des diplômés professionnels et techniques est de 100 %, tandis qu'il n'est que de 80 % pour les diplômés universitaires», déclare le porte-parole de la FCEI.

Essence et dollar

Malgré les problèmes de recrutement des PME, les prévisions économiques sont relativement bonnes. «Mais si l'augmentation du prix de l'essence se poursuit, cela va faire baisser la croissance. Les coûts d'énergie comptent pour 10 % à 15 % de la facture totale des entreprises, l'essence pour 10 %», soutient-il.

Celui-ci considère également que la montée du dollar canadien, tout en posant un défi aux exportateurs, est une chose positive pour les entreprises. «On assiste depuis la fin de 2004 à une augmentation de l'investissement en équipement de nos entreprises, qui profitent de la force du dollar pour devenir plus productives et produire à meilleur coût.»

Quant à la Chine et l'Inde, qui jouent présentement le rôle de gros méchants loups de l'économie mondiale, elles représentent, selon Richard Fahey, autant des occasions d'affaires que des menaces.

«La Chine est très forte dans la fabrication de produits de bas de gamme. Nos entreprises doivent en profiter pour réduire leurs coûts de production de ces produits et se concentrer sur le haut de gamme et la valeur ajoutée. Certains de nos membres ont utilisé cette stratégie. Le nombre d'emplois a été maintenu, voire augmenté, et la rentabilité de l'entreprise a également augmenté.»

Repenser la fiscalité

La FCEI plaide cependant pour l'augmentation de la capacité de concurrence des entreprises, particulièrement sur le plan fiscal. La Fédération demande donc à Ottawa d'adopter un nouveau plan quinquennal de réduction des impôts des entreprises et des particuliers. Au Québec, on vise essentiellement l'harmonisation de la politique fiscale avec le reste du Canada. «En 2009, le taux d'imposition de la PME au Québec sera de 8,5 %, pendant que le Canada a une moyenne de 5 %», réprouve Richard Fahey.

La déréglementation pourrait cependant être le moyen d'éviter au Québec des pertes de revenus substantielles. «On estime qu'une PME de cinq employés passe trois heures par semaine par employé à compléter des formulaires gouvernementaux. C'est 15 heures, deux jours ouvrables. C'est beaucoup de temps et d'argent et ça limite la productivité de nos entreprises. Si le Québec n'a pas d'argent pour réduire les taxes et les impôts, il pourrait nous donner un "break" sur la réglementation. Cela améliorerait le sort des PME», ajoute le porte-parole de la FCEI.

Collaboratrice du Devoir


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