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Manque de vision
Pour ce qui est de la «souveraineté», il faudrait s'entendre sur le sens de ce terme qui est fort ambigu. Tel qu'il est généralement présenté, il semble être un camouflage de l'expression «indépendance», qui explicite plus clairement les conséquences d'une telle opération. Ou alors, s'agirait-il d'une déclaration semblable à celle que le Parlement de la Catalogne a approuvé le 30 septembre dernier, à savoir que «La Catalogne est une nation», tout en restant dans le cadre du royaume d'Espagne? Cette phrase figure dans le préambule du nouveau statut adopté à une écrasante majorité, 120 voix sur 135, en séance plénière. Certes, le processus d'adoption de ce statut qui renforcera considérablement l'autonomie de la Catalogne, doit maintenant être approuvé aux Cortes à Madrid, qui peuvent l'amender, et revenir pour être soumis à un référendum en Catalogne. Cela ne se fera pas sans discussions ni modifications. En effet, le gouvernement catalan pourra alors collecter l'ensemble des impôts et en reverser une quote-part à Madrid. Les transferts de responsabilités de Madrid à la Generalitat catalane concernent un grand nombre de domaines: pouvoirs de police, politique migratoire, prisons, relations avec l'Union européenne, relations internationales, etc. Mais Maria Teresa Fernandez de la Vega, «numéro deux» du gouvernement espagnol, a estimé que «nous sommes dans un processus normal de réforme d'un statut régional qui mérite d'être écouté, respecté et de le négocier, sans réformer la Constitution espagnole». Un prolongement en quelque sorte de la Constitution de 1978, élaborée au retour de la démocratie en Espagne. «Ce statut permet la reconnaissance de la plurinationalité de l'Espagne», a déclaré Joan Saura, du parti de la gauche écologiste. Il faudrait aussi citer ici tout l'article de Caterina García, «L'aventure internationale de la Catalogne», paru dans Le Devoir du 9 mars 2005, pour suivre l'évolution de la position catalane dans le domaine international (voir aussi ma réaction «Une position rétrograde!» à l'article «Québec hausse le ton» du Devoir du 10 septembre dernier). On ne sait ce qui sortira finalement des négociations entre Madrid et Barcelone, mais on notera les termes du numéro deux du gouvernement espagnol, «un processus normal de réforme».
Ce qui entraîne le troisième point à souligner. En effet, le gouvernement fédéral souffre malheureusement de sclérose en place et ne propose aucune vision politique de grande envergure pour le Canada, avec une réforme de ses institutions politiques, pour en faire un pays vraiment démocratique (élection d'un chef d'État et abandon de l'archaïsme colonial, élection des sénateurs, mandat fixe des députés, réforme de leur mode d'élection proposé par la Commission du droit du Canada, Un vote qui compte : la réforme électorale au Canada, 2004, relations internationales des provinces...). Les récents propos ambigus du ministre des Affaires étrangères ne semblent pas de nature à ouvrir la voie aux provinces en vue de leur trouver une place sur la scène internationale, dans leur domaine de compétence. Ce dernier semble vouloir fermer des portes plutôt que d'en ouvrir.
Renouveler le fédéralisme canadien n'est certes pas un domaine des discussions et de négociations faciles. Des vues électoralistes à court terme l'emportent sur des questions de fond. Mais le maintien du Québec au sein du Canada suppose plus que des déclarations tonitruantes, des propos acerbes ou des promesses électorales. Il suppose un processus évolutif du fédéralisme canadien, en s'inspirant peut-être de l'esprit d'ouverture de ce qui s'est passé en Belgique ou de ce qui se passe ou se passera en Espagne. Le gouvernement fédéral a la responsabilité d'agir, dans l'intérêt du pays et de ses citoyens, et non selon de courtes vues politiques partisanes. Quel Premier ministre aura l'audace politique nécessaire pour assurer ainsi la cohésion du pays? «Il faut voir grand», disait un Français célèbre en son temps, le maréchal Lyautey (1854-1934). (Très exactement, il aurait dit «Fous-toi de ça et vois grand», lorsqu'on lui soumettait de possibles problèmes.) On a malheureusement l'impression que nous manquons de représentants politiques qui «voient grand».
