Après 85 jours d'incarcération - La journaliste du NYT témoigne sur l'affaire Plame
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Photo: Agence Reuters
Une telle fuite étant potentiellement criminelle aux États-Unis, la chambre d'accusation pourrait, le cas échéant, inculper des personnes dans l'entourage du président George W. Bush.
Le mari de Valerie Plame, l'ancien ambassadeur américain Joseph Wilson, très critique à l'égard du gouvernement Bush, avait accusé la Maison-Blanche dès l'été 2003 d'avoir ébruité l'identité de sa femme pour le discréditer.
Mme Miller a expliqué avoir accepté de témoigner après avoir été déliée personnellement par sa source de son obligation à la confidentialité et lorsque le procureur lui a promis de limiter son témoignage à cette seule source.
La source en question est Lewis Libby, directeur de cabinet du vice-président Dick Cheney, qui avait reçu et parlé avec Mme Miller à plusieurs reprises en juillet 2003, a indiqué l'avocat de M. Libby. Mme Miller s'est en revanche refusée à confirmer son identité devant les caméras.
«Récemment, ma source m'a indiqué directement que je devais témoigner devant la chambre d'accusation. C'était dans une lettre et, encore plus important, au téléphone. J'en ai conclu que ma source voulait vraiment que je témoigne», a dit Mme Miller à la sortie du tribunal.
Ensuite, «mon avocat a demandé au procureur si mon témoignage pouvait être limité aux échanges avec la source dont j'avais reçu le feu vert personnel. Le procureur a donné son accord, ce qui était très important à mes yeux», a-t-elle ajouté.
«J'ai passé 85 jours en prison parce que je crois à l'importance de respecter la confidentialité des échanges entre sources et journalistes. Croyez-moi, je n'avais pas envie d'être en prison. Et je serais restée plus longtemps si je n'étais pas parvenue à obtenir ces deux choses», a-t-elle ajouté.
L'avocat de M. Libby a expliqué que son client avait délié Mme Miller de sa promesse il y a plus d'un an. Mais «elle voulait l'entendre directement par la voix de M. Libby et s'assurer que c'était bien un choix volontaire», a expliqué Joseph Tate.
Le mystère demeure cependant entier sur les raisons pour lesquelles cela a pris autant de temps. Et pourquoi cet échange ne pouvait-il pas avoir lieu avant l'incarcération de Mme Miller début juillet?
La journaliste a été libérée après avoir rencontré en prison le procureur chargé de l'affaire pour discuter de son prochain témoignage. Patrick Fitzgerald, qui a presque bouclé son enquête, demandait depuis plus d'un an à Mme Miller de révéler la teneur de ses entretiens avec M. Libby.
Un autre journaliste, Matt Cooper, de l'hebdomadaire Time, avait fini par céder aux injonctions de la justice fin juin, affirmant avoir été délié de sa promesse de confidentialité par sa source, dans ce cas le stratège politique du président Bush, Karl Rove.
Le patron du New York Times a salué le comportement de sa journaliste. «Judy a été inébranlable dans son engagement à protéger la confidentialité de ses sources», a noté Arthur Sulzberger.
L'organisation Reporters sans frontières a regretté de son côté «qu'en contrepartie de sa remise en liberté, la journaliste ait été contrainte de violer le principe du secret professionnel».

