Politique québécoise - Une langue d'Amérique « au pied d'argile »

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Thierry Haroun
Édition du samedi 01 et du dimanche 02 octobre 2005

Mots clés :

« On défend notre droit de vivre en français au Québec ! »

«Parler le français parmi les meilleurs.» Ce slogan -- fictif certes, mais qui n'est pas sans faire allusion à la «devise» du gouvernement Charest -- pourrait justement coiffer le «Plan stratégique en matière de politique linguistique 2005-2008» du gouvernement du Québec. Ce document couche sur papier une série d'objectifs à atteindre dans un avenir rapproché. Parmi ceux-ci: sensibiliser la population à l'importance de la qualité de la langue. C'est André Gide qui disait que «le français, qui nous semble si simple, est une langue très difficile». Entretien avec un haut fonctionnaire.

Le Plan stratégique en matière de politique linguistique, qui a reçu le paraphe de la Commission de toponymie, du Conseil supérieur de la langue française, de l'Office québécois de la langue française et du Secrétariat à la politique linguistique, cible trois grandes orientations.

Le français en milieu de travail

La première de ces orientations consiste à renforcer le français en tant que langue du travail, du commerce et des affaires. Dans le cadre de cet enjeu, les fonctionnaires se sont notamment donnés pour mission de s'assurer que, chaque année, au moins 25 % des entreprises n'ayant pas de certificat de francisation obtiennent ce certificat ou, à tout le moins, que celles-ci fassent approuver un programme de francisation; et de faire en sorte que, d'ici 2008, 50 % des grandes entreprises certifiées se dotent d'un comité de francisation actif et dont la composition est conforme aux prescriptions gouvernementales.

Ambitieux ou utopique? «C'est ambitieux, mais ce n'est pas utopique!», croit Guy Dumas, sous-ministre associé (oui, vous avez bien lu «associé») responsable de l'application de la politique linguistique, qui s'empresse d'ajouter que, en date de mars dernier, 80 % des quelque 5000 entreprises québécoises qui emploient plus de 50 personnes, lesquelles entreprises sont de facto assujetties à la «certification de l'Office québécois de la langue française, sont conformes à la Charte de la langue française. C'est-à-dire que ces entreprises se sont francisées, que le français y est généralisé. C'est d'ailleurs, dit-il, la première fois que l'on atteint un tel pourcentage».

En revanche, business is business, pour reprendre l'expression consacrée, et il va sans dire que l'anglais est la lingua franca de la mondialisation. Malgré cela, tout n'est pas perdu pour autant en ce qui touche l'émancipation du français, dans le monde des affaires, notamment, estime Guy Dumas. «C'est un enjeu que nous devons surpasser. L'objectif de notre politique en matière de langue est justement de faire en sorte que, au Québec, et ce malgré le fait que nous représentons 2 % de la population des Amériques, nous puissions vivre intégralement en français, c'est-à-dire travailler, s'amuser, créer, écrire [sans fautes, bien sûr!] et pouvoir lire nos journaux en français.»

En clair, poursuit le sous-ministre associé Dumas, «le français au travail, c'est d'une importance capitale car cela rejoint des enjeux vitaux et économiques» de la société québécoise.

Parler et écrire correctement

La promotion, l'épanouissement et le rehaussement de la qualité de la langue française, tant à l'oral et qu'à l'écrit, sont autant d'orientations qui sont inscrites au coeur du Plan stratégique en matière linguistique. Parmi les objectifs visés par cet ambitieux plan gouvernemental, on note, dans le document, la volonté de réaliser diverses études liées aux grands enjeux et défis en matière de langue, dont la redynamisation du processus de francisation et d'intégration des immigrants, ainsi que celle de mieux faire connaître la politique linguistique à l'extérieur du Québec et de mettre en place des mesures particulières susceptibles de faire connaître les bons usages et les particularités du français standard au Québec.

«Il faut sensibiliser les gens à l'importance de maîtriser une langue de qualité. D'autant, dit M. Dumas, qu'on remarque de plus en plus que les gens sont appelés à utiliser davantage l'écrit en milieu de travail, et ce dans toutes sortes de métier. Aujourd'hui, par exemple, le plombier doit produire des rapports écrits, ce qui n'était pas le cas auparavant.»

Qu'en est-il de la qualité de la langue chez nos jeunes? «On note une amélioration dans leurs capacités de communiquer. Mais, en même temps, on remarque des difficultés au plan du vocabulaire, compte tenu du fait qu'ils ne lisent pas assez. On note aussi chez eux des difficultés aux plans de la grammaire et de la syntaxe parce qu'on ne leur a peut-être pas enseigné de façon aussi systématique qu'on le faisait avant», juge Guy Dumas.

Une lutte à poursuivre

À l'évidence, et malgré la franche volonté affichée par le gouvernement du Québec depuis 30 ans en ce qui a trait à la sauvegarde et à l'épanouissement de la langue française par le biais de l'établissement de moult plans stratégiques d'intervention, de politiques d'immigration, d'une charte et autres législations idoines, la pierre d'achoppement de la langue de Molière en terre d'Amérique est, sans conteste, la baisse démographique qui va en s'aggravant au Québec. «Écoutez, le poids démographique du Québec au sein du Canada était de 29 % en 1951», dit M. Dumas, alors que, aujourd'hui, ce poids atteint un maigre 23 %. «Et il n'y a aucun scénario qui nous permette de croire qu'on va améliorer ce pourcentage. [...] On est en perte de vitesse...»

Réflexion faite, il ne reste plus qu'à se croiser les doigts, n'est-ce pas? «Non, ça fait 400 ans qu'on surmonte des difficultés. Je pense que, au Québec, on se donne les moyens pour continuer. On se défend par le biais de politiques en matière de diversité culturelle et d'une politique linguistique. On défend notre droit de vivre en français au Québec!», affirme sans ambages M. Dumas.

Collaborateur du Devoir


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