Écarts de jeunesse

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Bernard Descôteaux
Édition du mardi 20 septembre 2005

Mots clés :

La course au leadership du Parti québécois est à peine entamée que, déjà, le principal prétendant au titre de chef, André Boisclair, est mis sur la défensive par les révélations sur ses frasques de jeunesse. Ses aveux, tout recevables soient-ils, le rendent désormais vulnérable devant ses adversaires. Ce sera aux militants péquistes, puis éventuellement aux Québécois, de décider s'ils lui font malgré tout confiance.

Dans le point de presse qu'il donnait hier après-midi sur ses «erreurs de jeunesse», André Boisclair imputait à ses adversaires dans cette course, tout comme à l'entourage du premier ministre Charest, le murmure persistant sur les écarts de conduite qu'il aurait eus jusqu'à une époque récente. Il était inévitable que les chuchotements des uns et des autres soient amplifiés et que le candidat Boisclair soit obligé de s'expliquer. Ici, le respect du droit à la vie privée ne peut servir de paravent à certains de ses comportements.

Vulnérable, André Boisclair l'était dès son entrée dans cette course. Dans les cercles politiques, tous savaient qu'il avait vécu pleinement sa jeunesse, même après avoir été assermenté ministre. Il ne pouvait éviter de se faire rappeler les erreurs commises ni de s'en expliquer. Sa confession prit toutefois la forme d'un strip-tease. Vendredi dernier, il évoquait des excès qu'il ne qualifia qu'hier. Devant l'insistance des journalistes, il reconnut avoir consommé de la cocaïne sans vouloir préciser la fréquence et les circonstances de cette consommation, ce qui viendra peut-être un autre jour.

Faut-il croire M. Boisclair lorsqu'il affirme que ce sont là des erreurs de jeunesse d'une autre époque? Il est raisonnable de penser que la page est tournée sur cette période de sa vie, mais la question qui demeure est celle de la maturité de l'homme politique qu'il est. Comme ministre, il ne pouvait ignorer que consommer de la cocaïne, même sur une base occasionnelle et privée, comportait des risques pour le gouvernement dont il faisait partie et pour sa propre carrière. La cocaïne est une drogue dure qu'il est nullement question de décriminaliser. Cela, il était tout de même assez vieux pour le savoir.

Le poste de chef auquel André Boisclair prétend accéder exige qu'il soit soumis à un examen serré. Les idées qu'il défend ne sauraient faire foi à elles seules de sa capacité à pouvoir diriger le Québec et à le faire cheminer, éventuellement, jusqu'à l'indépendance. La personnalité des candidats dans cette course ne peut être un facteur secondaire. Connaître leurs qualités et leurs défauts, ainsi que leur capacité à juger une situation et à réagir dans des moments de crise, fait partie de l'évaluation qu'il faut faire de chacun d'entre eux. De la même manière, on voudra s'assurer que des erreurs du passé ne puissent dans l'avenir les rendre vulnérables à du chantage ou à toute situation de ce genre. Se mettre à nu fait partie de l'exercice, aussi difficile cela soit-il.

Qu'il le veuille ou pas, le comportement passé d'André Boisclair crée un doute qui persistera et qui le rendra vulnérable. Ses adversaires d'aujourd'hui et de demain en profiteront. Son seul recours est l'opinion publique qu'il doit maintenant convaincre de l'accepter tel qu'il fut et tel qu'il sera. Il ne s'agit pas ici d'être tolérant envers quelqu'un qui a commis des erreurs sous prétexte que tout le monde en a commis dans sa vie, mais d'avoir confiance dans la maturité et le jugement d'un aspirant au poste de premier ministre. La seule façon qu'il a d'y parvenir est d'être transparent. Totalement transparent! On verra le 15 novembre s'il a su convaincre sa famille politique. Restera par la suite à persuader les Québécois.


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