Dernier coup de boutoir d'Arar contre le gouvernement

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Hélène Buzzetti
Édition du mardi 13 septembre 2005

Mots clés :

Les avocats du gouvernement nient toute responsabilité dans le traitement infligé au Canadien

Ottawa -- C'est un Maher Arar fatigué, ébranlé et frustré qui a assisté hier, aux plaidoyers finaux de ses avocats et du gouvernement canadien devant la commission qui porte son nom. Ces plaidoyers étaient l'occasion pour chaque partie d'expliquer comment elle interprète ce qui est arrivé à ce citoyen canadien expulsé vers la Syrie, et jamais le fossé les séparant quant à la responsabilité à imputer aux autorités canadiennes n'a été plus évident.

«Ce processus [de la commission] a été très, très frustrant pour moi», a déclaré devant la presse

M. Arar. Frustrant, parce que les États-Unis (qui l'ont arrêté et expulsé), la Jordanie (par où il a transité) et la Syrie (qui l'a incarcéré et torturé) ont tous refusé de participer à la commission d'enquête. «Quand un citoyen de ce pays est soupçonné de commettre un acte illégal relié au terrorisme, ce qui est un crime international, tous les pays du monde coopèrent et partagent de l'information à propos de cette personne. Quand cette même personne se plaint d'avoir été torturée pendant son interrogation [...] aucun de ces pays n'accepte d'expliquer ses actions.»

M. Arar avait été arrêté à l'aéroport de New York le 26 septembre 2002, puis expulsé vers la Syrie parce que les Américains le soupçonnaient d'appartenir à l'organisation terroriste al-Qaïda. Il a été emprisonné un an.

Les avocats de M. Arar n'ont eu que des mots lapidaires à l'endroit de l'appareil gouvernemental canadien, que ce soit le ministre qualifié d'«impuissant», l'ambassadeur «incompétent» qui a «failli» à sa tâche ou les autorités policières qui tiennent «volontairement» leur ministre dans l'ignorance.

Du côté du gouvernement, les avocats ont soutenu que tout avait été fait pour libérer M. Arar et qu'en aucun cas les actions -- ou inactions -- des responsables canadiens n'avaient contribué à son expulsion, sa torture ou son incarcération prolongée. Dans un même élan, toutefois, les avocats ont sans cesse joué aux équilibristes, rappelant le «contexte post-11 septembre» qui prévalait au moment de l'arrestation de M. Arar ou le fait qu'il était «relié à une enquête sur le terrorisme».

Un ministre marionnette

L'avocate de M. Arar, Marlys Edwardh, estime que le Solliciteur général responsable à l'époque de la GRC et du SCRS (les services secrets canadiens), Wayne Easter, était manipulé par ses troupes. «La police exploite aujourd'hui la distance entre elle et le pouvoir politique nécessaire afin d'éviter l'interférence pour rendre le ministre impuissant et lui enlever la capacité de donner des directives significatives. [...] Nous ne pouvons que conclure qu'il s'agit d'une stratégie délibérée.»

Son équipe d'avocats s'en est prise aussi férocement à l'ancien ambassadeur canadien à Damas, Franco Pillarella (aujourd'hui en poste en Roumanie), qui avait remis à la GRC et au SCRS une enveloppe reçue de la Syrie contenant les révélations de M. Arar obtenues sous la torture. M. Pillerella a toujours nié devant la commission s'être même douté que Maher Arar avait été soumis à la torture. «Pillarella était totalement incompétent», lit-on dans la soumission écrite. «Il a été incapable de voir le conflit entre ses obligations [consulaires] et l'intérêt des agences policières. Il a agi comme un intermédiaire dans le transfert d'informations à propos de M. Arar et d'autres Canadiens des services de renseignements militaires syriens aux agences de renseignements canadiennes.»

Le gouvernement canadien ne prend même pas la peine de réfuter cette allégation. Dans un paragraphe particulièrement étrange de sa soumission, les avocats écrivent que les employés avaient «deux tâches importantes: d'abord, offrir une aide consulaire à M. Arar, ensuite contribuer à l'effort canadien de protéger la sécurité des Canadiens à l'étranger. [...] Le lien possible avec le terrorisme était un élément qui ne pouvait pas être ignoré».

Les avocats de M. Arar ont reproché au Canada de ne pas avoir déployé d'efforts extraordinaires pour dénouer une situation qui l'était tout autant. Ils ont cité en exemple le consul Léo Martel qui, au lieu de rédiger une note à l'intention du gouvernement syrien, était parti en vacances. Encore une fois, le gouvernement offre par ses avocats une réponse plein d'insinuation. «Une tentative très médiatisée pour récupérer un individu que d'autres pays pourraient considérer comme un terroriste pourrait avoir un impact sur les relations que le SCRS ou d'autres agences de sécurité pourraient avoir avec ces pays.»

L'équipe de M. Arar réitère son accusation selon laquelle le gouvernement canadien s'est rendu complice de torture en partageant des informations avec la Syrie. «La preuve ne démontre aucunement que les responsables canadiens seraient engagés d'une quelconque manière dans un pattern de sous-traitance de la torture», rétorque l'équipe du gouvernement.

Les avocats de M. Arar ont demandé au juge O'Connor de recommander au gouvernement canadien de verser des indemnisations à leur client.


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