Les sophismes de Pettigrew

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Bernard Descôteaux
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 septembre 2005

Mots clés :

Le documentaire Point de rupture nous a fait revivre cette semaine la saga référendaire de 1995. Les promesses de changement faites alors pour garder le Québec dans la fédération ne se sont jamais réalisées. Dix ans plus tard, Ottawa ne bouge toujours pas, comme l'a illustré cette semaine le rejet d'une présence autonome du Québec sur la scène internationale de peur de donner des outils aux «fanatiques de l'indépendance».a volonté de sortir du statu quo constitutionnel n'est pas le propre des seuls indépendantistes. À leur manière, les fédéralistes qui se retrouvent au sein du Parti libéral du Québec tentent, chaque fois qu'ils le peuvent, d'élargir l'espace dont le Québec dispose dans la fédération. Jean Charest, dont on attendait pourtant peu, fait ainsi un effort remarquable pour que soit reconnue la capacité du Québec à parler en son nom propre sur des questions relevant de sa compétence.

Cette revendication, qui repose sur des fondements constitutionnels incontestables établis en 1965 par Paul Gérin-Lajoie, fait l'objet d'un consensus à ce point large que le premier ministre Paul Martin ne pouvait ne pas l'entendre depuis Ottawa. Dans le contexte de mondialisation, il est de plus en plus important que le Québec puisse agir sur la scène internationale. Que soient clarifiés les domaines d'intervention où il pourra le faire seul et ceux où il devra le faire en relation avec Ottawa s'impose.

Le ministre des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, qui a eu le mandat de négocier avec le Québec, s'est montré d'emblée peu empressé. Laisser passer 20 mois avant une première rencontre constituait déjà une indication qu'il allait aborder les discussions avec de fortes réserves. On en a eu la confirmation la semaine dernière lorsqu'il qualifia de dépassée la doctrine Gérin-Lajoie. C'était une façon de dire que la revendication du gouvernement Charest, bien que fondée constitutionnellement, ne correspond plus à notre époque de mondialisation qui exige que le Canada parle d'une seule voix. L'argument s'inverse facilement comme le font dans un texte qu'ils signent dans la page voisine les ministres Benoît Pelletier et Monique Gagnon-Tremblay au nom du gouvernement québécois.

Ce mauvais sophisme ne tenant pas la route, Pierre Pettigrew s'est rabattu cette semaine sur un autre argument, celui des «fanatiques de l'indépendance». À l'entendre, il ne faudrait pas faire de concession au Québec de peur que les indépendantistes ne se servent d'un précédent sur lequel Ottawa ne pourrait plus revenir. Il y aurait danger à reconnaître au Québec le droit de parler en son nom propre au sein de l'Unesco dont le mandat éducatif est clairement dans le champ de compétence constitutionnelle du Québec. Le ministre voudrait que l'on se contente de moduler la voix internationale du Canada pour y intégrer les «expertises» québécoises.

Des précédents, il y en a eu pourtant quelques-uns de très importants faits par Ottawa par le passé, y compris avec des gouvernements péquistes. Citons l'entente Couture-Cullen sur l'immigration et celle permettant au Québec de siéger comme gouvernement participant à la Francophonie. Ils ont été concédés au Québec, l'un par Pierre Elliott Trudeau, l'autre par Brian Mulroney, qui n'ont pas eu peur des «fanatiques de l'indépendance».

L'attitude de M. Pettigrew est difficile à comprendre. Son propos laisse entendre que la légitimité du gouvernement québécois varie selon la couleur politique, qu'il y aurait des concessions que pourrait faire Ottawa seulement à un premier ministre libéral, mais qu'après tout, puisque Jean Charest risque de perdre les prochaines élections, il vaut mieux s'abstenir. Il y a pas si longtemps, le discours qu'on entendait à Ottawa était bien différent. Élisez Jean Charest, disait-on aux Québécois en les assurant qu'il serait tellement plus facile de s'entendre lorsqu'un parti fédéraliste serait au pouvoir à Québec. Vraiment? Constatons que souvent Ottawa varie et que bien fol qui s'y fie.

bdescoteaux@ledevoir.ca


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