Opinion
La doctrine Gérin-Lajoie: un cadre de référence toujours d'actualité
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Le ministre fédéral des Affaires étrangères, Pierre Pettigrew, prétend que la doctrine Gérin-Lajoie est dépassée parce que la mondialisation exige, selon lui, que le Canada parle d'une seule voix qui devrait être contrôlée par le gouvernement fédéral.
Comment M. Pettigrew peut-il croire que ses propos s'inscrivent dans la modernité? Le discours du gouvernement fédéral était le même dans les années 60, comme en témoigne notamment le livre blanc Fédéralisme et relations internationales, publié en 1968. L'unicité de la voix canadienne était l'argument sur lequel Ottawa s'appuyait pour contrer les positions défendues par Paul Gérin-Lajoie qui, déjà, constatait l'importance pour le Québec d'accroître sa présence au sein des organisations internationales.
Même à cette époque, ce discours fédéral purement défensif était sans fondement. C'est encore plus le cas de nos jours avec l'avènement du phénomène de la mondialisation, qui fait que le Québec doit jouer un rôle accru sur la scène internationale.
Comme le reconnaît le ministre Pettigrew, les dernières décennies ont donné lieu à l'arrivée de nouveaux acteurs dans les relations internationales, distincts des États souverains. Cette évolution ne discrédite en rien la doctrine Gérin-Lajoie. Au contraire, elle la renforce. Comment pourrait-on aujourd'hui refuser aux gouvernements fédérés comme le Québec, démocratiquement élus, l'accès à la scène internationale lorsque celle-ci s'ouvre justement à une multitude d'acteurs étatiques et non étatiques?
Mondialisation oblige
L'internationalisation s'est transformée en mondialisation, affirme M. Pettigrew? Raison de plus pour que le Québec puisse en être partie prenante. À l'heure de la mondialisation, de grandes questions se débattent et des décisions se prennent au sein des organisations multilatérales. Les discussions portent souvent sur des domaines de responsabilité provinciale. D'où la nécessité d'une action directe du gouvernement du Québec. Refuser au Québec l'accès à la mondialisation, c'est lui refuser l'accès à la modernité!
Le discours fédéral doit évoluer. Après tout, la fédération canadienne a déjà innové, comme dans le cas de l'Organisation internationale de la Francophonie, où le Québec s'exprime de sa propre voix sans que cela déforme les positions canadiennes ni porte ombrage au Canada.
Aujourd'hui, nombre d'États fédérés ou non souverains, un peu partout dans le monde, voient de plus en plus la nécessité d'être présents sur la scène internationale. Plusieurs pays se dotent de mécanismes pour reconnaître cette évolution. Pourquoi le Canada n'en ferait-il pas autant?
Il faut cesser de craindre le pluralisme dans l'expression canadienne. Il est possible de concilier unité et diversité. Une voix plurielle est un facteur de renforcement et d'enrichissement de la voix canadienne, entendue ici dans un sens plus global et non limité à la voix «fédérale». Ce renforcement s'est notamment illustré dans le cadre des travaux à l'UNESCO sur l'élaboration d'une convention sur la diversité culturelle.
Mauvaise cible
Plus récemment encore, M. Pettigrew a affirmé que le Canada envoie des messages différents sur la scène internationale par divers ministères fédéraux. À l'évidence, le ministre se trompe de cible en concentrant son attention sur la doctrine Gérin-Lajoie. Peut-être aurait-il intérêt à agir de façon à ce que le ministère des Affaires étrangères canadiennes coordonne d'abord la position fédérale. Qu'il laisse au ministère québécois des Relations internationales le soin d'en faire autant au Québec. Nous pourrons ensuite discuter de nos positions respectives de façon éclairée.
Le gouvernement fédéral doit moderniser sa conception du rôle des entités fédérées, dont le Québec, à l'échelle internationale. Les discussions qui s'entameront sous peu avec Ottawa sur le rôle du Québec dans les négociations et les forums internationaux lui en fourniront assurément l'occasion.

