Agnès Varda, cinéaste de la vérité des gens

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Odile Tremblay
Édition du samedi 10 et du dimanche 11 septembre 2005

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La Cinémathèque consacre une rétrospective à Agnès Varda, du 14 septembre au 29 octobre, avec une trentaine de films de tout format. En prime: une exposition de ses photos des années 50.

L'éternelle jeunesse d'Agnès Varda s'abreuve à la curiosité. Cette envie d'explorer les dessous de la société, là où les autres n'ont pas trop envie de s'aventurer la taraude. Elle ne se regarde pas le nombril, Agnès Varda, elle va plutôt à la rencontre de l'autre. «Je n'ai aucun mérite. J'aime passer des heures à écouter mes voisins.»

Depuis le temps que sa petite silhouette aux yeux scintillants se trimballe sans fla-fla dans l'univers cinématographique français, elle a l'air de tout sauf d'une réalisatrice en quête de gloire ou assise sur ses succès. Même au dernier Festival de Cannes, alors membre du jury, elle détonnait par sa simplicité parmi les paillettes.

«Je n'ai pas fait de carrière. J'ai fait des films», précise-t-elle. Vrai! Elle parle du privilège d'être artiste, de son amour des gens, de son enthousiasme jamais entamé, de son perfectionnisme, même à l'heure d'ajouter des suppléments aux DVD de ses oeuvres en y apportant tous les soins du monde. Son discours déborde sur les installations, sa passion d'artiste, retenues dans tant d'expos, de biennales avec des écrans multiples. «Par l'art, on casse les frontières.»

Elle est humble, Varda. «Je suis très limitée, comme cinéaste, vous savez. J'aime l'artisanat du métier.» Son père était grec, sa mère française, mais elle est née en 1928 à Bruxelles avant d'investir Paris et n'a d'ailleurs pas très envie de remonter le cours de son aventure familiale. Autodidacte. «Mais on apprend en 51 ans de métier», s'affirmant hors du champ réaliste en exerçant son humour sur le quotidien.

En retrait des chapelles

Son titre de grand-mère de la Nouvelle Vague que lui décernent certains cinéphiles, Agnès Varda le balaie du revers de la main. Il faut dire qu'en 1956 son film La Pointe courte, avec Alain Resnais comme monteur et Philippe Noiret comme comédien, a fait date. Elle apportait avant tout le monde un souffle de liberté sur le septième art. En 1961, avec Cléo de cinq à sept, entre Parc Montsouris et cafés de Montparnasse, Varda a capté l'âme de Paris et celle d'une chanteuse malade (Corinne Marchand).

«La Nouvelle Vague, ce sont des gens de moins de trente ans qui ont fait des films pas chers. Mais on était tous si différents... Moi, je n'ai jamais fait partie d'un groupe, ni même d'un syndicat.» Avec son mari, le réalisateur Jacques Demy à qui on doit Les Parapluies de Cherbourg, Peau d'Âne, etc., elle restait en retrait des groupes et des chapelles.

Dans Ulysse, en 1983, Varda avait avec finesse et ironie enquêté à partir d'une vieille photographie. Avec Daguerréotypes, en 1975, elle présentait ses voisins et mettait un coin de Paris dans une merveilleuse bouteille.

Son grand film Sans toit ni loi (qui lui valut en 1985 le Lion d'or à Venise) fut une étape-clé dans son parcours. Avec une Sandrine Bonnaire toute jeune et au sommet de son talent, cette histoire d'une sans-abri vouée à la mort dégageait une force d'émotion extraordinaire. «Pour aborder la ligne ténue d'une errance, il faut être animé par quelque chose qui n'est pas professionnel.»

Agnès Varda précise faire une grande recherche documentaire avant chaque fiction: «Le même travail qu'un journaliste mais sans son objectivité, avec les sensations, les émotions, en prime. Pour Sans toit ni loi, j'ai été souvent dans les gares après le départ du dernier train. Je regardais, j'écoutais.»

Autre point d'orgue, Les Glaneurs et la glaneuse, documentaire qui a touché le coeur de tous en 2000. Avec une petite caméra numérique, elle allait à la rencontre de chiffonniers, d'as de la récupération, en ville et à la campagne, sur 14 mois, avec arrêts, reprises, pour en tirer une oeuvre humaine et exquise.

Pour son âme de curieuse, les nouvelles technologies se sont révélées être un outil merveilleux. «On avait des techniques plus lourdes avant et des équipes intimidantes, dit-elle. Le reportage social, comme dans Les Glaneurs et la glaneuse, réclame le pas léger pour aborder des gens en situation de précarité. J'arrive toute seule, caméra à la main devant une personne qui ouvre le couvercle d'une poubelle. Je peux m'approcher délicatement, expliquer mon projet. Ça change tout.»

Tout est aussi dans le regard posé sur les choses. «À travers ce film, j'ai voulu y débusquer l'intelligence des pauvres, sans pitié ni misérabilisme, montrant des gens exceptionnellement débrouillards mais aussi sincères et à découvert. C'est ça qui a touché le public...»

Elle vous dira avoir eu la chance d'être autodidacte, venue de la photographie où elle était à l'emploi du TNP à l'époque de Jean Vilar. «Avant mon premier long métrage, La Pointe courte, je ne connaissais pas le cinéma. Et j'ai eu le culot des ignorants.»

Agnès Varda apprécie toujours le film qu'elle a consacré en 1991 à son mari défunt, Jacques Demy. Avec l'appui d'images d'archives, d'extraits de films et de témoignages, Jacquot de Nantes fut un hommage à la carrière d'un homme aimé qui avait grandi avec la passion du cinéma.

La cinéaste est celle aussi qui a su filmer la fragilité de Jane Birkin dans Jane B. par Agnès V., en 1987, et dans Kung-Fu Master, sa suite. «Elle venait d'avoir 40 ans, se sentait inquiète et sa sincérité perce chaque image.»

L'échec cuisant, elle l'a connu aussi, Agnès Varda. En 1995, pour le centenaire du cinéma, elle créa une fantaisie lourdingue remplie de clins d'oeil cinéphiles, de références, avec l'appui d'une pléiade de vedettes. «Je croyais que c'était amusant, mais Les 101 nuits ont déplu.»

La voici donc bientôt à la Cinémathèque québécoise, après avoir retrouvé dans ses cartons des photos prises au cours de sa première carrière. Elle les a classées par pays -- Portugal, Chine, Cuba, États-Unis, France -- et les exposera sur les cimaises. «Dans ces photos, j'ai essayé de montrer la vérité des gens et de capter des instants justes», dit-elle. Comme cinéaste aussi.


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Pourtant les 101 et 1 nuits est un excellent film... - par Tatiana Sokoloff
Le samedi 19 avril 2008 20:00

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