Un vaccin pour prévenir le sida
Mots clés : vih, vaccin
Trois mixtures sont actuellement à l'essai chez des humains

Photo: Agence Reuters
Le premier vaccin, mis au point par la compagnie pharmaceutique Sanofi Pasteur, le National Institute of Health (NIH) et le Walter Reed Army Medical Center des États-Unis, est constitué de virus de la variole rendus inoffensifs et dans lesquels on a introduit un morceau du VIH qui jouera le rôle d'antigène. Ce vaccin sera bientôt administré à près de 16 000 personnes à risque dans le cadre d'une étude clinique visant à mesurer l'efficacité du vaccin expérimental sur un grand nombre d'individus.
Le deuxième vaccin élaboré par la compagnie Merck à partir d'adénovirus atténués -- normalement responsables d'infections pulmonaires -- sera testé sur 3000 personnes, notamment des Canadiens, dans le but d'évaluer l'intensité de la réponse immunitaire qu'il provoque. La troisième immunisation concoctée par le NIH consiste en la combinaison de deux approches (d'où son appellation de prime and boost): l'injection dans un premier temps d'un plasmide, un ADN bactérien, au sein duquel on a inséré un fragment génétique du VIH, suivie de l'administration d'une dose d'adénovirus contenant la même séquence génétique dans le but de donner un second souffle à la réponse immunitaire.
«Ces vecteurs [virus de la variole, adénovirus ou plasmides qui véhiculent l'antigène viral] ne sont toutefois pas la panacée, avoue le Dr Rafick-Pierre Sékaly. Ils sont bons pour stimuler l'immunité cellulaire, celle impliquant la prolifération des cellules T tueuses, qui s'attaquent aux cellules infectées. Mais ils n'induisent pas la production d'anticorps neutralisants [associés à l'immunité humorale].» On s'attend donc à ce que leur efficacité ne soit que partielle.
Face à ces succès tout relatifs, les groupes de pression, les organismes de financement et les fondations philanthropiques se sont mobilisés pour élaborer un plan stratégique, appelé Global HIV AIDS Vaccine Enterprise, où chaque laboratoire de recherche serait assigné à une tâche particulière dans la mise au point d'un vaccin efficace. Les pays du G8 se sont engagés à participer au financement de ce projet: les États-Unis ont déjà annoncé une contribution de 350 millions, à l'instar de la Fondation Bill et Melinda Gates, qui a promis 360 millions.
Faiblesse des vaccins actuels
Pour induire une réponse immunitaire vraiment efficace, les antigènes doivent demeurer longtemps dans la circulation sanguine, explique le Dr Sékaly. «Or les vecteurs utilisés actuellement sont éliminés rapidement, dit-il. Une stratégie consisterait à modifier les vecteurs de façon à les rendre plus persistants. Mais il faudra par ailleurs pouvoir induire leur élimination au moment voulu afin que le vaccin demeure sécuritaire.»
Les vaccins expérimentés ne parviennent pas à entraîner la production d'anticorps neutralisants, qui participent à l'immunité humorale, déplore le chercheur. «On ne sait pas encore préparer de bons vecteurs et de bons immunogènes susceptibles d'induire des anticorps neutralisants [qui sont essentiels pour obtenir une protection efficace]», dit-il.
Une nouvelle piste de recherche activement explorée aujourd'hui est celle des adjuvants, ces composés auxiliaires destinés à renforcer l'action du vaccin lui-même, qui mettraient le système immunitaire en état d'alerte. Les scientifiques recherchent donc des adjuvants, par exemple l'alun (sulfate double de potassium et d'aluminium), qui stimuleraient l'immunité innée, cette première barrière de défense qui se manifeste sous la forme d'une réponse immédiate mais non spécifique contre le pathogène, contrairement à l'immunité cellulaire ou spécifique, qu'activent les vaccins actuellement testés.
Les cellules dendritiques de l'immunité innée, soit les premières cellules à se mobiliser quand un pathogène pénètre dans l'organisme, présentent à leur surface des récepteurs de la famille Toll qui reconnaissent un motif présent chez tous les pathogènes, précise l'immunologue Rafick-Pierre Sékaly. «Une des stratégies les plus populaires actuellement consiste à cibler les récepteurs Toll à l'aide d'adjuvants qui, en les stimulant, conditionneront la suite de la réponse immunitaire», dit-il.
Les scientifiques tentent également de façonner des adjuvants qui auront la faculté de stimuler les cellules T mémoire, ces sentinelles qui reconnaissent et attaquent le pathogène qu'elles ont été entraînées à dépister, et ce, plusieurs années après que l'individu a été vacciné.
Obstacles logistiques socioculturels
Mais les obstacles à surmonter ne sont pas uniquement d'ordre scientifique. L'infrastructure internationale dédiée à la production de vaccins est déficiente, souligne le Dr Sékaly, qui a dû attendre un an et demi avant d'obtenir les vecteurs dont il avait besoin pour procéder à des études cliniques sur un vaccin anticancéreux.
Par ailleurs, en Afrique, où résident près de 80 % des personnes infectées de la planète, on est très loin d'être équipé en infrastructures et en personnel pour procéder à des essais cliniques. «Si on disposait aujourd'hui d'un bon vaccin, nous ne serions pas en mesure d'en faire profiter la population africaine, indique le chercheur. D'abord, une très grande proportion de la population n'est pas alphabétisée, et comme les volontaires qui participent aux essais cliniques doivent signer des formulaires de consentement, nous faisons ainsi face à un gros défi. De plus, la majorité des personnes infectées en Afrique sont des femmes et des adolescentes. Or celles-ci n'ont pas le droit de décider elles-mêmes si elles se feront vacciner.» Dans le cadre de la conférence, une table ronde sera consacrée à ces défis socioculturels.
Un autre grand dilemme dont on discutera à Montréal est celui du degré d'efficacité que les vaccins devraient offrir avant qu'on ne décide de les distribuer à grande échelle. «Si un vaccin n'immunise que 50 % des personnes, doit-on le proposer quand même?, soulève le Dr Sékaly. Il y a là un problème éthique qu'il faut analyser attentivement car, dans une telle situation, nous ne donnerions pas à tout le monde la même chance de pouvoir être protégé contre la maladie ou de guérir [on travaille aussi à la mise au point de vaccins thérapeutiques]. De plus, il faut se demander si un vaccin dont l'efficacité est partielle ne conditionnera pas la personne à mal répondre à une vaccination ultérieure qui, en principe, serait meilleure.»
Les ressources financières consenties à la recherche sur le sida font cruellement défaut, répète par ailleurs l'immunologue. Alors que deux milliards de dollars seraient nécessaires chaque année, les États-Unis y consacrent 650 millions tandis que tout le reste de la planète n'apporte que 200 millions au moulin.
«Avec de nouvelles ressources et le nombre de cerveaux à l'oeuvre, nous devrions disposer d'ici huit ans d'un vaccin qui puisse neutraliser l'infection chez au moins 80 % des individus, espère Rafick-Pierre Sékaly. Si nous n'y parvenons pas, c'est que le virus est plus intelligent que tout le monde!»
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Le meilleur vaccin pour prevenir le mal du siecle: le sida - par abderrahmane oucible (oucibleabderrahmane@yahoo.fr)
Le mercredi 21 septembre 2005 19:00

