Les patrons commencent à en avoir marre du gouvernement Charest
Mots clés :
Cette fois, le CPQ en a contre le régime d'assurance parentale
Québec -- Le futur régime d'assurance parentale exacerbe les tensions entre le gouvernement Charest et le monde patronal.Il dit craindre l'impact de cette mesure sociale sur l'investissement et la santé des entreprises, alors que des indices de ralentissement économique se multiplient.
«Ça arrive à un mauvais temps. Je pense que c'est vraiment un mauvais timing», ajoute-t-il, rappelant que la situation économique du Québec n'est «pas enviable».
La veille, la ministre de l'Emploi et de la Solidarité sociale, Michelle Courchesne, rendait publics les taux de cotisation du nouveau régime de congés parentaux, qui devra s'autofinancer à l'aide des contributions des travailleurs et des entreprises.
Le Conseil du patronat a calculé que le programme se traduirait par une charge additionnelle de 180 millions pour les entreprises, particulièrement celles de petite taille.
M. Taillon reproche au ministre des Finances, Michel Audet, de ne pas avoir pris le parti du patronat dans ce dossier, en ne privilégiant pas le développement économique à l'ajout d'une mesure sociale trop généreuse à son goût.
«C'est bizarre que le ministre des Finances n'ait pas mis son veto sur cette loi-là. C'est notre déception», a-t-il dit.
Comme l'avait fait au début de l'été la Fédération canadienne de l'entreprise indépendante, le Conseil du patronat vient de se retirer du Conseil de gestion de l'assurance parentale, qui supervise la structure de financement du régime, qui entrera en vigueur le 1er janvier 2006.
De façon plus générale, il déplore que le gouvernement Charest tienne, par rapport au monde des affaires, «un contre-discours qui n'a pas d'allure», en retirant d'une main ce qu'il a donné de l'autre.
Selon ses calculs, contrairement à ce qu'affirme depuis deux ans le gouvernement Charest, les entreprises ont subi «une hausse du fardeau fiscal, plutôt qu'une baisse», comme il s'était engagé à le faire.
Il rappelle que dans son budget de cette année, le ministre des Finances a réduit le fardeau fiscal des entreprises de 159 millions mais qu'il vient d'ajouter 180 millions en charges sociales additionnelles avec l'assurance parentale.
Mercredi, la ministre Courchesne indiquait que le gouvernement avait réduit les impôts des entreprises de 500 milllions depuis deux ans. À cela, M. Taillon réplique que Québec a coupé par ailleurs 600 millions en subventions aux entreprises durant la même période.
Sur le principe, le patronat était d'accord avec le rapatriement d'Ottawa vers Québec du programme des congés parentaux, mais il aurait souhaité qu'il porte moins préjudice aux entreprises et, surtout, que le gouvernement accepte de payer une partie de la note.
«On dit: soyez logiques. Si on n'a pas les moyens de se payer un régime aussi avantageux. Réduisons certains bénéfices», dit-il.
Le gouvernement «se montre magnanime, mais il refile la facture aux autres. C'est très facile, ça», selon lui.
M. Taillon estime que Québec aurait dû, à tout le moins, injecter dans le régime les économies -- selon ses calculs 60 millions, selon Québec 20 millions -- que le gouvernement fera grâce au changement de régime.
Il craint que la facture de l'assurance parentale réserve des surprises au cours des années à venir. Une analyse plus fine des paramètres laisse penser «que ça va dépasser les 300 millions $ de coûts supplémentaires. Nous, on est très très inquiets. Il y a un danger».

