Un scandale de corruption menace les acquis de la révolution orange - Divorce à l'ukrainienne

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Reuters , AFP
Édition du vendredi 09 septembre 2005

Mots clés : corruption

Viktor Iouchtchenko a limogé le gouvernement d'Ioulia Timochenko

Ioulia Tomochenko a écouté hier l'allocution du président Viktor Iouschenko dans laquelle il a annoncé la démotion de la pasionaria et de son gouvernement.

Photo: Agence Reuters

Kiev -- Moins de neuf mois après la «révolution orange», le président ukrainien Viktor Iouchtchenko a limogé hier le gouvernement d'Ioulia Timochenko et chargé le gouverneur régional Iouri Iekhanourov de constituer un nouveau gouvernement.

Le président a annoncé ces décisions lors d'une conférence de presse très attendue en Ukraine, où le climat politique s'est dégradé ces derniers jours en raison d'accusations de corruption éclaboussant de hauts responsables de l'administration.

L'ancien gouvernement, a-t-il expliqué, «a perdu son esprit d'équipe». «Il faut mettre un terme à la déception dans la société et nous assurer que ces idéaux ne sont pas remis en cause», a poursuivi Iouchtchenko, porté au pouvoir l'hiver dernier.

Le nouveau premier ministre désigné, gouverneur de la région industrielle de Dnipropetrovsk, est un partisan de longue date du président ukrainien, dont il était l'adjoint lorsque ce dernier dirigea brièvement le gouvernement, en 2000. Économiste réformateur ayant une longue expérience politique, M. Iekhanourov, 57 ans, est une personnalité modérée. «Ma tâche est de faire en sorte que les membres du gouvernement continuent leur travail et de garantir la stabilité», a déclaré Iouri Iekhanourov en marge d'un déplacement à Odessa.

Iouchtchenko a en outre annoncé qu'il acceptait la démission du secrétaire du Conseil de sécurité et de défense nationale, Petro Porochenko, principale personnalité mise en cause par les accusations de corruption.

Oleksander Tourtchinov, chef des services de sécurité ukrainiens (SBU) et proche de Timochenko, a pour sa part présenté sa démission. Iouchtchenko a nommé le numéro deux des services ukrainiens, Ihor Drijtchani, pour lui succéder.

Le scandale a été déclenché samedi dernier par la démission d'un proche d'Iouchtchenko, le secrétaire général de la présidence Oleksander Zintchenko, qui a accusé de corruption les cercles du pouvoir en visant tout particulièrement Porochenko.

Peu avant le renvoi du gouvernement, un autre responsable, Nikolaï Tomenko, le vice-premier ministre aux Affaires humanitaires, annonçait hier qu'il démissionnait en expliquant qu'il ne supportait plus le «système de corruption» en place au sein des conseillers du président. L'Ukraine, ajoutait-il, est dirigée par deux gouvernements concurrents: celui de Timochenko et celui de Porochenko.

Ces accusations de corruption ont porté atteinte à l'image du nouveau pouvoir, déjà ternie par une croissance économique en berne, une inflation à la hausse et l'absence de cap économique clair. Iouchtchenko et Timochenko s'opposaient en effet depuis des mois sur l'orientation de la politique économique.

Scission

En renvoyant son ancienne alliée, égérie des manifestations de l'hiver dernier contre le régime hérité de l'époque soviétique, Iouchtchenko s'est cependant gardé de couper tous les ponts. «Ces gens restent mes amis, cela m'est très difficile mais, aujourd'hui, je dois trancher ce noeud gordien», a-t-il assuré.

Mais pour certains analystes, tout est désormais prêt pour un affrontement entre le président ukrainien et Ioulia Timochenko, qui n'a pas encore réagi publiquement à son renvoi.

«La guerre va se poursuivre» jusqu'aux législatives de mars 2006, un scrutin majeur qui doit coïncider avec un renforcement des pouvoirs du Parlement, pronostique le politologue Volodymyr Malinkovitch.

«Les élections législatives vont scinder le camp de la réforme», estime pour sa part Tim Ash, analyste spécialiste des marchés émergents à la Bear Stearns de Londres. «Avec les signes manifestes d'un ralentissement de son économie, l'Ukraine a besoin d'un gouvernement fort et d'une bonne coordination de sa politique économique», ajoute-t-il.

De Berlin, où il s'entretenait avec le chancelier allemand Ger- hard Schröder, le président russe Vladimir Poutine a réagi avec prudence, estimant qu'il ne fallait «pas dramatiser à outrance les événements en cours en Ukraine».

Après le changement de régime en Géorgie, la révolution orange a été considérée comme un revers supplémentaire infligé à la Russie dans sa sphère d'influence. Des responsables russes avaient accusé l'Ouest d'ingérence.

Mais Poutine a récemment pris ses distances avec cette interprétation. «Il n'y a rien d'inhabituel à ce qu'un président renvoie le gouvernement, surtout dans la perspective de la bataille à venir pour les élections parlementaires», a-t-il dit à Berlin. «Je suis convaincu que le peuple et les dirigeants ukrainiens trouveront une voie pour stabiliser la situation dans leur pays», a-t-il poursuivi, ajoutant que Moscou soutiendrait «de toute manière la stabilisation de l'Ukraine».


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