Katrina: Bush mènera l'enquête... plus tard

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Le Devoir , AP , Reuters
Édition du mercredi 07 septembre 2005

Mots clés : bush, katrina

Un marine américain extirpe d'un toit une personne âgée à La Nouvelle-Orléans, pour l'emmener sur la terre ferme à bord d'un hélicoptère Seahawk. On estimait hier qu'un peu moins de 10 000 Louisianais restaient dans la ville inondée.

Photo: Agence Reuters

Pendant que des militaires s'attelaient à la macabre tâche de pomper l'eau des rues de La Nouvelle-Orléans où flottent des cadavres, le président américain George W. Bush a déclaré qu'il superviserait lui-même l'enquête sur l'efficacité des opérations de secours, en temps et lieu.

«La bureaucratie ne va pas entraver le travail à faire», a déclaré le président Bush, qui a par ailleurs dépêché son vice-président Dick Cheney dans les États sinistrés pour lui faire rapport quant aux efforts déployés.

Le président Bush a précisé hier que l'heure n'était pas aux reproches et à la recherche des coupables. «Nous devons résoudre les problèmes. Il y aura amplement le temps de savoir ce qui s'est bien passé et ce qui s'est mal passé. [...] J'ai l'intention de conduire une enquête pour savoir ce qui s'est bien et mal passé», a-t-il souligné.

Cet exercice permettra de s'assurer que les États-Unis peuvent réagir «de façon adéquate en cas d'attaque par des armes de destruction massive ou de nouvelle tempête majeure», a-t-il ajouté.

Si M. Bush compte mener sa propre enquête, il ne sera vraisemblablement pas le seul. La sénatrice républicaine du Maine, Susan Collins, a annoncé que le Comité sénatorial sur la sécurité intérieure et les affaires gouvernementales tentera lui aussi de faire la lumière sur les défaillances de la réaction gouvernementale. «Le gouvernement, à tous ses niveaux, a échoué», a dénoncé la sénatrice Susan Collins. «Il est difficile de comprendre le manque de préparation et l'inefficacité de la réponse initiale à une catastrophe qu'on prédisait depuis des années, et pour laquelle nous avions été prévenus avec précision plusieurs jours à l'avance.»

Les responsables locaux se relayaient aussi hier dans les médias pour crier leur colère contre l'incurie fédérale. «La bureaucratie a assassiné des gens à La Nouvelle-Orléans. Et la bureaucratie doit être jugée par le Congrès aujourd'hui», a dénoncé sur CBS Aaron Broussard, président de Jefferson Parish, l'immense banlieue de La Nouvelle-Orléans. «Enquêtez maintenant. Sortez-moi je ne sais quel idiot à la tête de je ne sais quelle agence et donnez-moi un meilleur idiot. Donnez-moi un idiot attentionné. Donnez-moi un idiot sensible.»

Le président Bush a refusé de blâmer qui que ce soit pour la lenteur des secours, alors que plusieurs pointaient du doigt le responsable de la Federal Emergency Management Agency.

Le ministre de la Défense, Donald Rumsfeld, a lui aussi mis la main à la pâte pour faire taire les détracteurs du gouvernement Bush, qui jugent que les opérations militaires en cours en Irak et en Afghanistan ont handicapé les interventions dans les États du sud ravagés par l'ouragan Katrina. «Ceux qui disent cela ne comprennent pas la situation. [...] Nous avons les forces, la capacité et la volonté de mener de front la guerre globale contre le terrorisme, tout en faisant face à une crise humanitaire sans précédent au pays. Nous pouvons faire les deux», a déclaré Donald Rumsfeld au cours d'un point de presse tenu au Pentagone.

Il souligne que plus de 300 000 membres de la Garde nationale demeurent disponibles si le besoin se fait sentir.

À ses côtés, le général Myers, le chef d'état-major de l'armée américaine, a fait valoir que plus de 58 000 militaires et membres de la Garde nationale sont présents dans la région pour soutenir les autorités civiles.

Largement mis en cause pour leur discrétion des premiers jours, les secours ont à présent atteint leur plein rendement, et, outre le drainage des eaux du lac Pontchartrain, le corps des ingénieurs de l'armée américaine est parvenu à colmater l'une des digues qui a cédé le 29 août après le passage de Katrina, submergeant la ville.

Horreur appréhendée

On se préparait à des scènes d'horreur dans les rues, une fois que les flots se seront retirés. «Ça va être horrible, ça va réveiller le pays à nouveau», mettait en garde hier le maire de la ville, Ray Nagin, qui a affirmé lundi qu'environ 10 000 cadavres gisent dans la ville martyre.

Jusqu'ici, très peu de corps ont été découverts. Les autorités de la Louisiane n'ont officiellement recensé que 71 morts, mais elles préparent déjà l'opinion à un bilan de plusieurs milliers de tués. Dans le Mississippi voisin, on dénombre pour l'heure 171 décès, mais la modestie de ce chiffre ne trompe personne.

Lundi soir, l'armée de l'air a enfin achevé son pont aérien qui a permis l'évacuation de quelque 10 000 vieillards et malades qui attendaient à l'aéroport principal de La Nouvelle-Orléans.

Hier, les efforts pour évacuer les derniers survivants s'accéléraient, parfois de bon gré, parfois manu militari lorsque les rescapés, estimés à moins de 10 000, s'accrochent désespérément à leur maison inondée. «Nous devons les convaincre de partir», a déclaré le maire. «Ce n'est pas sûr. Il y a des déchets toxiques dans l'eau, des cadavres, des moustiques et des gaz.»

Des incendies qui ont éclaté dans la ville dévastée ralentissent les secours et l'établissement d'un bilan, qui pourrait atteindre plusieurs milliers de morts.

Il faudra jusqu'à trois semaines pour vider toute l'eau, quelques semaines de plus pour nettoyer. Remettre l'électricité pourrait prendre jusqu'à huit semaines.

Sur les côtes du Mississippi, la frustration aussi est à son comble chez ceux qui veulent reconstruire comme chez ceux qui partiraient si seulement ils avaient une voiture... Mais tous sont d'accord sur une chose: ils ont besoin de plus d'aide gouvernementale.

«J'ai été dans le monde entier. J'ai été dans de nombreux pays du Tiers-Monde où les gens s'en sortent mieux que les gens d'ici aujourd'hui», déplore William Bissel, retraité de l'armée de l'air. «Nous avons 45 km de côtes totalement dévastées, et le gouvernement fédéral n'est même pas là.»

Au Texas, qui accueille 240 000 réfugiés, l'urgence sanitaire a été déclarée. Selon les estimations, il y aurait environ 100 000 Louisianais dans les hôtels et motels du Texas et 139 000 autres hébergés dans 137 centres d'accueil. Pour l'instant, le projet de déménager environ 4000 réfugiés de l'Astrodome de Houston vers un autre hébergement provisoire, sur des navires de croisière à quai, a été abandonné.

Certains des rescapés sont tellement traumatisés qu'ils n'ont plus le courage de bouger, d'autres préfèrent rester là et se consacrer à rechercher les leurs. Reporté aussi, le projet de transférer des réfugiés vers d'autres États, les capacités d'accueil du Texas étant au bord de l'implosion.

Coûteuse crise

Cette catastrophe naturelle sans précédent coûtera cher au trésor américain, déjà aux prises avec une situation économique difficile. Au terme d'une rencontre avec le directeur du budget de la Maison-Blanche, le chef de file du groupe démocrate au Sénat a fait savoir que le montant total de la note pour les autorités fédérales pourrait atteindre 150 milliards de dollars. Le Congrès a déjà octroyé 10,5 milliards et le gouvernement préparait une nouvelle enveloppe de 40 à 50 milliards de dollars, en plus des 10,5 milliards débloqués vendredi dernier.


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