Regroupement des groupes populaires en alphabétisation du Québec - Contrer enfin l'analphabétisme
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Les différentes approches de prévention ne font pas l'unanimité au sein des groupes populaires en alphabétisation. Certains offrent différentes activités visant à modifier le rapport entre les familles et l'école pour diminuer le décrochage scolaire et ainsi réduire le nombre de personnes analphabètes. Pour d'autres groupes, le seul moyen de prévenir l'analphabétisme est de revoir complètement le système d'éducation québécois, voire même le modèle social.
Selon l'Enquête sur la «littératie» et les compétences des adultes de 2003, seulement 58 % des adultes canadiens âgés de 16 à 65 ans se retrouvent dans les trois niveaux supérieurs de «littératie» pour ce qui est de l'échelle des textes suivis, ce qui signifie qu'ils sont en mesure de satisfaire à la plupart des exigences courantes en lecture. «Contrairement à la croyance générale, les gens faiblement alphabétisés ne sont pas nécessairement des immigrants ou des personnes très âgées pour qui l'école n'était pas obligatoire. Il y a aussi des jeunes décrocheurs et des personnes qui ont réussi à avoir leur diplôme sans toutefois pouvoir compter sur des acquis très solides. Toutefois, on peut affirmer que les personnes faiblement alphabétisées proviennent généralement de milieux défavorisés», constate Mme Meunier.
Plusieurs groupes d'alphabétisation populaire membres du RGPAQ font de la prévention en menant des actions auprès des familles. Parmi les plus répandues, on retrouve l'aide aux devoirs, les activités parents-enfants d'éveil à l'écrit, les activités d'animation autour du livre, les ateliers pour les jeunes «à risque» de décrochage scolaire et l'accompagnement individuel des parents dans le suivi scolaire. «Les écoles et les commissions scolaires doivent s'ouvrir à la réalité des parents peu alphabétisés qui n'arrivent pas à lire les mémos des professeurs ou n'arrivent plus à aider leurs enfants, dans certains cas, après la 2e année du primaire», explique Mme Meunier.
Certains acteurs du milieu de l'éducation populaire se questionnent sur ce type d'actions puisqu'elles sont menées sans égard au contexte socioéconomique des personnes analphabètes. «On rend les parents coupables de ne pas avoir su transmettre à leurs enfants les habiletés leur permettant de fonctionner dans une société qui, par ailleurs, les stigmatise et les marginalise constamment. On veut donc enseigner des "pratiques parentales positives" aux familles, ce qui laisse entendre que celles qu'elles utilisent sont inadéquates et inefficaces, voire négatives et néfastes», écrit le formateur travaillant pour le groupe Ludolettre, Yanick Descheneaux, dans le dernier numéro de la revue du RGPAQ.
Le système d'éducation
Plus de 60 ans après la première loi sur l'instruction publique, il y a toujours un pourcentage important d'analphabètes au Québec. Année après année, les élèves issus de milieux aisés réussissent généralement mieux que les élèves appartenant aux classes défavorisées ou aux cultures minoritaires. Certains groupes d'alphabétisation populaire et penseurs remettent donc en question le système d'éducation actuel conçu par des gens de milieux nantis pour des gens de milieux nantis.
Les interactions des enseignants avec les enfants traduisent une certaine conception du monde, croit le professeur à la faculté d'éducation de l'université McGill, David Dillon. «Pour les enfants qui proviennent de milieux favorisés, l'école correspond habituellement à un environnement familier, et la transition de l'école à la maison demeure plus facile. En revanche, pour les enfants issus de milieux défavorisés ou d'autres cultures minoritaires, l'école peut représenter une culture étrangère, très différente du contexte culturel et linguistique auquel ils sont habitués à la maison et dans leur communauté», écrit-il dans le dernier numéro de la revue du RGPAQ. Cette réalité explique, selon lui, les problèmes d'apprentissage précoce.
Modifier le modèle social
D'autres acteurs du milieu de l'alphabétisation vont encore plus loin en réclamant une modification significative du système économique et politique actuel pour réduire l'écart entre les riches et les pauvres. Prévenir l'analphabétisme consisterait avant tout à assurer un niveau de vie décent à tous les citoyens, tout en leur permettant d'avoir en main les outils nécessaires pour participer à la vie démocratique.
Au RGPAQ, on dénonce le manque de volonté politique en matière de lutte contre l'analphabétisme et la pauvreté, particulièrement avec le gouvernement actuel. Les adultes qui entreprennent une démarche d'alphabétisation populaire ont besoin de soutien financier même si, à la base, le service est gratuit. «Les participants doivent couvrir différents frais tels que le transport et la garderie. Plusieurs solutions sont possibles. À Montréal, certains ont pensé que le tarif étudiant pour le transport en commun pourrait être offert aux personnes qui entreprennent une démarche d'alphabétisation. Dans les régions éloignées, il faut trouver d'autres solutions pour les gens qui n'ont pas de voiture. Ça paraît bien simple, mais ces petites mesures peuvent faire toute la différence pour les gens dans le besoin qui en ont déjà beaucoup sur les épaules», conclut Mme Meunier.
Collaboratrice du Devoir
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