Katrina fait rouler les taxis pour mieux les détrousser

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Frédérique Doyon
Édition du jeudi 01 septembre 2005

Mots clés : katrina, essence, ouragan

La pluie abondante amène plus de clients; il faut donc faire le plein plus souvent. Mais à 1,349 $ le litre...

Ce chauffeur de taxi met de l'essence à petites doses. Les 10 $ que son réservoir vient d'engloutir constituent le maigre fruit de ses courses de la matinée.

Photo: Jacques Nadeau

La flambée des coûts de l'essence, alimentée par l'ouragan Katrina, affecte durement l'industrie du taxi. «Ça coûte sept ou huit dollars de plus par jour», note, sur un ton résigné, Hussain Muzaffar, chauffeur qui travaille sept jours sur sept pour joindre les deux bouts. L'association professionnelle des chauffeurs de taxi du Québec a demandé une révision des tarifs. Des consultations auront lieu ce mois-ci.

Hussain Muzaffar ne savait plus sur quel pied danser hier. Il bénissait et maudissait tout à la fois l'ouragan Katrina dont on subit actuellement les pluies résiduelles. Car, par un déluge pareil, le chauffeur de taxi peut facilement voir doubler sa clientèle -- et donc ses profits. Mais c'est aussi à cause de Katrina que les prix de l'essence flambent, réduisant en cendres ses maigres économies.

La flambée des coûts de l'essence affecte durement l'industrie du taxi. Pour les chauffeurs, le choix est plutôt mince: utiliser plus ou moins souvent leur voiture se traduit irrémédiablement par une baisse de salaire alors que les prix à la pompe ont passé le cap du 1,34 $ le litre hier.

«On n'a pas le choix, nous, on est obligés de mettre de l'essence», lance, résigné, Hussain Muzaffar, chauffeur à Montréal depuis deux ans. Les spectaculaires fluctuations à la hausse du prix de l'essence des derniers jours ne sont certes pas passées inaperçues. «Ça coûte sept ou huit dollars de plus par jour», en considérant qu'une journée moyenne ne suffit pas tout à fait à vider le réservoir.

«C'est très décourageant, c'est le moins qu'on puisse dire, renchérit Farès Bou Malhab, président de l'Association professionnelle des chauffeurs de taxi du Québec (APCTQ), sous le choc des dernières hausses. Si ça continue comme ça, même une augmentation de tarif dans quelques mois, ça ne servira pas à grand-chose.» L'APCTQ sonnait déjà l'alarme au début de l'été, pressant le gouvernement Charest d'agir pour ses chauffeurs déjà pris à la gorge par les prix exorbitants du carburant, qui représente 40 % des dépenses variables de l'exploitation d'un taxi. Ces coûts d'exploitation auraient grimpé de 35 % depuis deux ans.

L'augmentation des tarifs fera l'objet de consultations publiques ce mois-ci, mais M. Bou Malhab demande qu'on considère aussi d'autres options, telles que l'augmentation des crédits d'impôt ou des incitatifs pour l'achat de voitures hybrides. «Si on augmente les tarifs, ce sera la clientèle qui paiera. Il y a un certain équilibre à respecter pour ne pas perdre notre clientèle.»

Des frais de base déjà élevés

La dernière modification du tarif remonte à 2003 et se basait sur le prix du carburant à 0,76 $ le litre. Si les prix actuels de l'essence continuent d'augmenter ou se maintiennent, c'est un supplément de 0,25 $ le litre que les chauffeurs devront absorber en moyenne au bout de l'année, soit environ 42 $ par semaine, ce qui rejoint l'expérience de Hussain Muzaffar.

«Si tu ne travailles pas tous les jours, tu es obligé de sortir de l'argent de ta poche», souligne celui qui, effectivement, travaille 14 heures par jour, sept jours sur sept. Avec la flexibilité des horaires, c'est déjà un meilleur sort, selon Hussain, que de travailler de nuit dans une usine, son emploi précédent.

Il faut dire que les fluctuations de l'essence viennent gonfler des frais de base déjà très élevés. Pour les propriétaires de véhicules, la licence coûte

220 000 $ au départ, qu'on finance sur 12, 15 ou 20 ans. Mais pour les autres, il en coûte 500 $ par semaine seulement pour louer le véhicule. À 65 $ par jour (si on travaille toute la semaine), plus une trentaine de dollars pour l'essence (40 $ par les temps qui courent), il leur faut donc gagner quelque 100 $ quotidiennement, sans compter les frais d'entretien, avant d'engranger un salaire, «avant de manger», indique le président de l'APCTQ. «Avant, on travaillait trois jours pour payer notre auto; maintenant, il faut probablement en travailler quatre ou cinq.»

L'ensemble du Québec est desservi par 7806 taxis appartenant à 6272 titulaires. Le territoire de l'île de Montréal, organisé en trois agglomérations de taxis, compte quelque 9800 chauffeurs qui détiennent un permis octroyé par la Ville.

Les prix bondissent

Hier, des stations-service de Montréal et de Québec affichaient 1,349 $ le litre. Rien ne permet de dire si les prix ont atteint un sommet ou s'ils continueront à augmenter. Mais certains observateurs commencent à redouter un effritement de la confiance des consommateurs, qui aurait des effets néfastes sur l'économie.

Ces hausses découlent de l'ouragan Katrina, qui a neutralisé les activités pétrolières du golfe du Mexique, où se trouve le cinquième de toutes les ressources des États-Unis. Hier, on apprenait que 20 plates-formes ont coulé ou dévié et qu'un gazoduc a pris feu dans cette région, après le passage de l'ouragan. D'après les autorités américaines, il faudra vraisemblablement des semaines avant que la situation ne revienne à la normale.


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