Opinion
Le conflit de l'OSM: comme celui de la LNH
Mots clés : conflit, osm, lnh
La parité de la rémunération des musiciens avec les autres grands orchestres nord-américains serait inéquitable, insoutenable et fatale pour l'OSM
Parmi tous les conflits de travail qui se profilent à l'horizon de cet automne au Québec, il y en a un qui risque de passer un peu inaperçu mais dont l'enjeu est pourtant crucial: le conflit des musiciens de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM). Enjeu crucial parce que ce conflit particulièrement dur semble s'orienter sur la voie qu'a suivie la Ligue nationale de hockey l'automne dernier: des pourparlers qui s'enlisent, puis qui conduisent à l'annulation d'une saison.Une telle occurrence serait d'autant plus navrante que l'OSM a recruté un chef d'orchestre parmi les plus réputés et les plus recherchés au monde, Kent Nagano, qui doit entrer en poste à titre de directeur musical à compter de 2006. Il lui faudrait alors plusieurs années pour reconstruire l'excellence et la renommée que l'OSM a patiemment acquises depuis sa création, il y a 70 ans, en particulier sur la scène internationale, sous la direction de Charles Dutoit, à compter du début des années 80.
Enjeu crucial également à cause de l'argument motivant les demandes du syndicat des musiciens de l'OSM: la parité de rémunération avec les autres grands orchestres nord-américains. Selon le syndicat, les musiciens de l'OSM arrivent au dernier rang de ces grands orchestres pour ce qui est de leur rémunération. Comme les musiciens de l'OSM sont parmi les meilleurs de leur profession, il faut leur consentir des niveaux de rémunération à l'avenant.
Inéquitable
Nous convenons d'emblée que Montréal est privilégié de pouvoir compter sur des musiciens de leur calibre. Ils sont à la base du rayonnement international de l'OSM.
Mais le Québec compte des centaines de professionnels qui sont parmi les meilleurs de leurs professions respectives en Amérique du Nord dans toutes sortes de domaines. Ces professionnels ont souvent des rémunérations bien inférieures à celles de leurs collègues de New York, Philadelphie, Toronto ou même Ottawa.
En fait, l'idée que les professionnels du Québec doivent accepter d'être payés moins que leurs collègues d'Amérique du Nord, en dépit de leur mobilité et de leur excellence, est un des fondements du modèle québécois. Si, demain, le gouvernement du Québec devait rémunérer l'ensemble de ses professionnels -- pensons seulement aux médecins -- à des niveaux comparables à ceux pratiqués en Ontario ou aux États-Unis, les finances publiques du Québec ne survivraient pas. Tout le monde en est conscient.
Malheureusement, quelques petits groupes ont récemment remis en cause cette réalité, et on entend de plus en plus de syndicats de professionnels invoquer cette idée de parité avec les autres provinces pour justifier des rattrapages salariaux considérables.
Si on les acceptait, les demandes du syndicat des musiciens de l'OSM conduiraient directement à une situation inéquitable. Il est évident que, s'il ne s'agissait que de ce seul groupe, le gouvernement du Québec pourrait assumer les quelques millions supplémentaires que coûteraient ces demandes sans mettre en péril l'équilibre de ses finances publiques. Il ne pourrait par contre pas accorder le même avantage de la parité interprovinciale ou internationale aux médecins du Québec et à tous ses autres professionnels et gestionnaires. L'équité dans la détermination d'un salaire se mesure d'abord en comparant des professionnels d'ici avec d'autres professionnels d'ici, bien avant de les comparer à des professionnels d'ailleurs.
Insoutenable
En plus d'être inéquitable, cette revendication de parité serait économiquement insoutenable.
Les salaires élevés des professionnels dans les autres grandes villes d'Amérique du Nord reflètent en partie un coût de la vie nettement plus élevé qu'à Montréal. Par exemple, Statistique Canada nous indique que ce qui coûte 100 $ à Montréal en coûte 115 à Toronto. Même si leur rémunération est nominalement inférieure, les musiciens montréalais peuvent donc à maints égards jouir d'un niveau de vie qui se compare avantageusement avec celui de leurs collègues d'autres grandes villes nord-américaines.
La rémunération n'est également qu'une partie de la compensation globale que reçoit un professionnel. Il faut également tenir compte du fait que Montréal a beaucoup à offrir sur le plan de la qualité de vie. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle les grandes entreprises de Montréal peuvent attirer ou retenir ici des gestionnaires et professionnels de talent, malgré le fait que leur niveau de rémunération est moindre.
Montréal est une ville sécuritaire. Son réseau d'éducation, grâce notamment à ses quatre universités, est dynamique et de qualité. Sa capacité créatrice, alimentée entre autres par les grandes influences françaises et anglo-saxonnes, fait l'envie de plusieurs métropoles. Le bouillonnement culturel qu'on retrouve à Montréal, que ce soit en théâtre, en musique, au cinéma, en danse et dans plusieurs autres formes d'art, contribue lui aussi à faire de Montréal une ville où il est intéressant de vivre.
Finalement, il ne faut pas oublier que, sur le strict plan économique, Montréal n'est pas New York, Philadelphie ou Toronto. L'économie de Montréal ne produit pas le même niveau de richesse que les grandes villes nord-américaines. En conséquence, les deux grands bailleurs de fonds de l'OSM, soit les gouvernements et les mécènes, sont moins riches et bien plus sollicités que leurs homologues à l'ouest ou au sud.
Cela nous ramène à notre analogie de départ avec le hockey. Accepter la logique de la parité de rémunération avec les grandes villes nord-américaines dans un marché complètement libre et débridé, c'est reconnaître que dans les villes de taille et de revenu plus modestes comme Montréal, il n'y a pas plus de place pour la musique symphonique que pour le hockey sans plafond salarial.

