Grèves en cascade dans l'éducation - Le ministre Fournier invite les enseignants à franchir les piquets de grève

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Frédérique Doyon
Édition du lundi 22 août 2005

Mots clés : fournier

Quelque 73 000 élèves sont touchés par les débrayages dès aujourd'hui

La chaude rentrée annoncée dans le secteur public commence aujourd'hui. Les élèves des 20 cégeps du Québec qui inaugurent l'année en ce 22 août se buteront à des lignes de piquetage, alors que les employés de soutien dont les syndicats sont affiliés à la CSN débraient pour une période de 24 h. Cette manoeuvre est la première d'une série de grèves dans les écoles, les collèges et les organismes gouvernementaux, dont les modalités ont été précisées hier par le front commun FTQ-CSN.

Les centrales syndicales ont choisi de suivre les calendriers de la rentrée de leurs membres pour maximiser le mandat de grève de deux (CSN) ou trois (FTQ) jours dont elles disposent. Les débrayages se feront donc en cascade entre le 22 août et le 6 septembre. Onze autres cégeps, dont les principaux de Montréal (Vieux-Montréal, Saint-Laurent, Maisonneuve, Marie-Victorin, Rosemont), se joindront au mouvement le lundi 29 août. En tout, quelque 73 000 élèves seront touchés.

Les syndiqués des 32 commissions scolaires optent majoritairement pour des demi-journées de grève, le matin. Celle de la Commission scolaire de Montréal se tiendra le mardi 30 août. Le 1er septembre, ce sera au tour des employés de cinq organismes gouvernementaux, notamment du Palais des congrès et de la Régie des installations olympiques, de débrayer pendant 24h.

«On continue les négociations, mais les travailleurs sont en droit de mettre un peu de pression sur le gouvernement afin qu'il accouche d'une meilleure proposition salariale», a fait valoir en conférence de presse Michel Murray, coordonnateur à la mobilisation pour la FTQ, qui met en doute la volonté de Québec de négocier, comparant ses méthodes à celles de «voleurs de sacoches».

La proposition à laquelle s'en tiennent strictement le premier ministre Jean Charest et la présidente du Conseil du trésor Monique Jérôme-Forget prévoit une augmentation salariale de 12,6 % en six ans, y compris le règlement de l'équité salariale, offre jugée «insultante» par le porte-parole de la FTQ puisqu'elle ne suit même pas la hausse du coût de la vie. «Dans les commissions scolaires et dans les cégeps, le salaire moyen d'un employé de soutien est de 29 000 $, a-t-il souligné. Une secrétaire d'école commence à 15 $/h. Et environ 55% de nos gens sont à statut précaire.» Les syndiqués réclament pour leur part une hausse salariale de 12,5 % en trois ans sans compter l'équité salariale.

Près de 35 000 employés -- secrétaires, concierges, techniciens de laboratoire et membres des services de garde -- participent à ce «premier coup de semonce», a prévenu Ginette Guérin, présidente de la Fédération des employées et employés de services publics, brandissant la menace de nouvelles journées de grève, notamment à la fin septembre, si les négociations n'avancent pas. «On va faire en sorte que [les 20 cégeps] soient fermés [demain]», a-t-elle déclaré, soulignant avoir eu l'assurance que les enseignants et les étudiants allaient respecter les lignes de piquetage. La principale organisation syndicale représentant les professeurs a exprimé sa solidarité envers les employés de soutien par voie de communiqué hier.

Réponses et réactions

Le ministre de l'Éducation, du Loisir et du Sport a d'ailleurs invité les enseignants à franchir les piquets de grève à l'occasion d'un point de presse hier. «Si [les professeurs] ne sont pas sur les piquets de grève, ils sont dans les classes», a affirmé M. Jean-Marc Fournier. C'est à la table que ça se passe, les négociations. J'espère que les services seront maintenus.» Toutefois, «le porte-monnaie est vide», a-t-il répété avec insistance, tout en témoignant de la «bonne foi» du gouvernement à négocier.

La Fédération des cégeps qui fait partie du Comité patronal de négociation des collèges, déplore les conséquences de ce premier débrayage de 24h. «La rentrée est un moment important, en particulier pour les jeunes qui arrivent du secondaire. Perturber cette journée et compromettre le début des cours affectent en tout premier lieu nos étudiants et nos étudiantes», a indiqué M. Gaétan Boucher, président-directeur général de la Fédération des cégeps.

Invité à réagir aux propos de M. Charest qui accusait les syndicats de prendre en otages les enfants et les parents, les porte-parole de la FTQ et de la CSN ont rappelé que cette prise d'otages avait commencé quand les conventions ont échu il y a deux ans. «On ne retient personne à la maison, on n'embarre personne, on exerce un droit reconnu par le Code du travail après deux ans de patience et de tolérance», a dit Mme Guérin. Les négociations des tables sectorielles reprennent cette semaine.


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