École québécoise - Être un modèle à l'échelle internationale
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« Former une personne autonome dans un monde où l'apprentissage et le changement sont constants »
Enclenchée au primaire depuis quelques années, la réforme scolaire qui, par ailleurs, fait son entrée au premier cycle du secondaire cet automne, a doté le Québec d'un nouveau modèle d'école. À quoi ressemble ce modèle et quelle est la philosophie qui le sous-tend? Et comment se compare-t-il à ce qui se fait dans le reste du monde?Une réflexion qui, tant en Europe qu'en Amérique, porte à peu près sur les mêmes enjeux. D'une part, il y a la volonté de contrer le décrochage scolaire, de favoriser la réussite et d'augmenter le nombre de diplômés. D'autre part, il y a l'adaptation de l'école à de nouveaux défis socioculturels. «La mondialisation de l'économie, la pluriethnicité de nos sociétés, l'importance des technologies nous obligent à repenser l'école.»
De plus, on a voulu, du moins au Québec, recentrer la mission première de l'école autour du concept d'apprendre à apprendre. «Aujourd'hui, ça ne suffit plus qu'un élève n'ait que des connaissances de base. Il faut aussi qu'il sache acquérir de nouvelles connaissances puisqu'il devra le faire tout au long de sa vie.»
La nouvelle école québécoise
La réforme scolaire québécoise, bien que faisant partie de cette mouvance internationale, est bien une réforme typiquement québécoise et ne s'inspire d'aucun modèle étranger. «Nous sommes conscients de ce qui se passe ailleurs, mais nous avons aussi notre propre expertise, par ailleurs fort appréciée à l'échelle internationale. Nous avons fait nos choix en fonction de nos besoins.»
Parmi ces choix, celui de doter l'école québécoise de trois missions: instruire, socialiser et qualifier. La première mission consiste à enseigner le savoir de base. «La mission de socialiser est très importante puisque l'on vit dans une société pluraliste et qu'il faut apprendre à vivre ensemble. Par "qualifier", on entend donner à l'élève ou à l'étudiant les outils nécessaires de façon à ce qu'il puisse s'adapter à un monde constamment en changement où il devra apprendre à maîtriser de nouvelles compétences.»
Parmi les nouveaux outils mis à la disposition des étudiants québécois, il y a l'apprentissage des compétences transversales. «Ce sont, au fond, des compétences générales; c'est d'ailleurs ainsi qu'on les appelle en Belgique.» Au Québec, on en compte trois: la méthodologie du travail, la capacité de communiquer, et la capacité d'exploiter l'information. «On les nomme transversales puisque ce sont des compétences qui s'appliquent à toutes les disciplines. Par exemple, savoir utiliser les apprentissages de la langue maternelle lors d'une présentation en histoire.»
Un autre choix, que plusieurs pays européens, telles la Belgique et la Suisse, ont fait aussi, est la division de l'apprentissage en cycles scolaires plutôt que par année. Au Québec, on compte trois cycles au primaire et deux au secondaire. Le but visé ici est d'allonger l'apprentissage dans le temps, ce qui permet de mieux encadrer l'élève et ainsi d'éviter les redoublements.
Un curriculum revisité
La réforme scolaire a aussi permis de revoir le curriculum scolaire québécois. On a donc décidé d'augmenter, tant au primaire qu'au secondaire, le temps alloué à l'enseignement du français, langue maternelle. Quant à l'enseignement de l'anglais, langue seconde, il commencera dès la première année du primaire en 2006.
L'enseignement des langues au Québec est particulier, puisqu'il faut à la fois enseigner le français, langue maternelle, et l'anglais, langue seconde, aux écoliers francophones, et faire l'inverse pour les écoliers anglophones. Verra-t-on un jour l'introduction d'une troisième langue? Selon Mme Rioux-Dolan, la chose est possible, comme c'est déjà la tendance dans plusieurs pays européens. Une modification intéressante au curriculum est le renforcement de l'apprentissage de l'histoire, qui sera enseignée maintenant durant les quatre premières années du secondaire plutôt que deux, comme c'était le cas.
Autre caractéristique québécoise: l'enseignement moral et religieux. Présentement, la loi permet aux parents de choisir entre un enseignement religieux soit catholique soit protestant ou un enseignement moral tout court. Ici aussi, l'école québécoise fera bientôt preuve d'innovation puisque l'actuel gouvernement a choisi d'abolir ce privilège. «À compter de 2008, il y aura un seul cours d'éthique et de cultures religieuses pour tous les élèves.»
Une école plus ouverte
Même la gestion de l'école s'est transformée, puisque la réforme scolaire a voulu faire davantage de place aux parents dans la conduite de leur école en créant les conseils d'établissement. Ces conseils d'établissement, où siègent la direction de l'école, le personnel enseignant, les parents et, là où il y a lieu, les autres professionnels, jouissent d'une marge de manoeuvre en ce qui a trait au projet éducatif de l'école. «De cette façon, l'école peut mieux répondre aux besoins spécifiques de son milieu.»
Cette ouverture à la communauté s'inscrit aussi dans un courant de pensée que l'on peut observer dans d'autres pays industrialisés et qui fait appel à la notion que Mme Rioux-Dolan nomme la «communauté d'apprenants». Selon elle, il se fait beaucoup de réflexion à ce sujet présentement dans le monde.
«Une des questions qu'on se pose est: quel est le rôle de l'apprenant dans son apprentissage? Comment peut-il s'approprier ses propres apprentissages et ses propres connaissances? Cela revient à la notion d'apprendre à apprendre. Au fond, la question est de former une personne autonome dans un monde où l'apprentissage et le changement sont constants. Sans compter que plus les problèmes sont complexes, plus les apprentissages le sont.»
Là repose tout le défi de la réforme scolaire au Québec. Il est évidemment trop tôt pour en tirer des conclusions, seul l'avenir le dira, mais le coup de barre est bel et bien donné.
Collaborateur du Devoir
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