Retour en classe?

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Normand Thériault
Édition du samedi 13 et du dimanche 14 août 2005

Mots clés :

Des étudiants de l'UQAM, au printemps dernier, lors d'un vote de grève.

Photo: Jacques Nadeau

C'est reparti. Si l'on croyait que les difficultés connues lors de la dernière année scolaire étaient maintenant choses du passé, il faut perdre nos illusions: le premier ministre du Québec, Jean Charest, s'est chargé de remettre les pendules à l'heure.

Au moment où la Commission-Jeunesse du parti au pouvoir adoptait ce qu'elle considère comme une attitude responsable, soit de proposer avec force le «dégel» des frais de scolarité et, ce faisant, se mettait à dos les fédérations étudiantes, qu'elles soient collégiale ou universitaire, le chef du Parti libéral s'est fendu d'une déclaration remarquée. Il a donc demandé à sa fonction publique, et à ses représentants, d'adopter une position qu'il qualifie de «responsable»: dans son esprit, il n'est point d'autre voie que celle de continuer à lier, dans le cadre des négociations futures, équité et rattrapage, quand il est question de la masse salariale.

Il faut aussi se souvenir des propos du ministre des Finances lorsqu'il a vu la justesse de réclamer quelques milliards supplémentaires à Ottawa, donnant ainsi suite à une suggestion des FEUQ et FECQ. Dans la foulée, il a insisté pour dire que, d'une certaine façon, de telles sommes seraient déjà affectées à des dépenses prévues dans des secteurs autres que celui de l'Éducation. De déclaration en déclaration, on comprend donc quelles sont les priorités de l'État québécois.

Négociations

Dans le milieu collégial, le corps enseignant se questionne: quel automne connaîtra-t-on? Si la réforme Reid n'est plus un sujet de discussions (qui se souvient de ce Forum tenu dans l'urgence en juin 2004?), les professeur(e)s qui avaient opté au printemps dernier pour quelques jours de grève s'attendent pour la grande majorité d'entre elles et eux à se retrouver sur le pied de guerre quand sera vraiment enclenchée avec l'État la grande ronde des pourparlers pour l'ensemble de la fonction publique. Et comme si cela ne suffisait pas, est-il possible de croire que tous ces étudiants et étudiantes qui ont porté à bout de bras les différentes ASSE, ces associations considérées comme indésirables par le ministre Fournier, que cette population scolaire acceptera maintenant de se retrouver à la case départ après des semaines, des mois de grève, toutes leurs demandes étant ainsi balayées du revers de la main?

Et le secteur collégial n'est pas le seul aux prises avec des considérations financières. Le gouvernement veut aussi convaincre le monde de la petite enfance d'adopter «sa» solution, celle qui permettrait de toujours faire plus avec moins. Dans ce secteur aussi, les mandats de grève ont déjà été reçus par les centrales syndicales.

Pour les autres niveaux scolaires, il est aussi une centrale pour rappeler qu'un «plan de résistance» est déjà en place et que la seule question qui demande réponse est celle de déterminer le moment de sa mise en place.

L'automne, à l'exemple de l'été, sera donc chaud au Québec: un tel état de fait, toutefois, ne pourra être imputable à la situation climatique.

Endettement: privé ou public?

L'enjeu actuel est politique: quel est le rôle de l'État? À quelques millions près, il n'est pas question de couper dans les dépenses qu'impose le monde de l'éducation. Il y aurait accord pour dire que les milliards sont nécessaires pour assurer une bonne formation générale, formation qui s'impose d'autant plus en ces temps de mondialisation, quand le savoir est devenu une nécessité afin de garantir la présence d'une qualité économique dans une région donnée du monde. Non, le problème est ailleurs: à qui refilera-t-on la facture?

Le néolibéralisme voudrait qu'on élimine les impôts directs pour donner une plus grande capacité de dépenser aux citoyens: ils pourraient ainsi payer eux-mêmes leurs frais de santé ou d'éducation qui, ailleurs, sont assumés par les divers ordres de gouvernement. Au bout du compte, personne n'est gagnant, sauf ceux qui se sont enrichis grâce aux diverses privatisations rendues possibles, voire nécessaires, au nom de la liberté de choix du citoyen consommateur. On préfère dans un tel système l'endettement individuel à l'endettement collectif: cela permet aux divers États de déposer de meilleurs bilans, démontrant ainsi une responsabilité confirmée de gestionnaires. Quant aux classes moyennes, elles continuent de faire ce qu'elles ont toujours fait: payer les factures. Les autres, les pauvres, paieront à leur façon leur manque d'ambition!

Le Québec au pouvoir se veut néolibéral. Faudra-t-il une guerre, interne, entre les citoyens et le pouvoir central, pour que l'État accepte de délier les cordons de sa bourse?


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