Douche froide pour Charest
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Les premiers ministres du ROC ne veulent pas passer pour des «quémandeurs professionnels»
Banff -- Jean Charest a du mal à convaincre les premiers ministres du reste du Canada à demander purement et simplement plus d'argent à Ottawa pour l'éducation post-secondaire. Le fédéral doit «investir de concert avec les provinces» dans ce domaine, ont-ils dit hier, à Banff, par la voie de leur porte-parole, Ralph Klein, lors de la réunion annuelle du Conseil de la fédération. Le premier ministre québécois tente de les convaincre de faire front commun avec lui pour réclamer à Ottawa 2,2 milliards de dollars, un chiffre qu'il a qualifié d'incontournable plus tôt dans la journée.Bien que les discussions ne soient pas terminées et doivent se poursuivre aujourd'hui, les propos de M. Klein n'ont pas eu l'heur de plaire à la délégation québécoise. Klein a affirmé que les provinces ne peuvent pas toujours demander «plus d'argent, plus d'argent, plus d'argent» et qu'elles doivent montrer leur bonne volonté d'abord en investissant elles-mêmes. «Quant au chiffre exact que l'on doit réclamer, on n'est pas certains encore. On verra demain [aujourd'hui].»
Dans l'entourage de M. Charest, on insistait toutefois pour dire que la partie n'était pas encore perdue pour le premier ministre québécois, puisque les discussions se poursuivront aujourd'hui, dernier jour de la réunion. Mais plusieurs autres premiers ministres ont répété aujourd'hui que, bien qu'ils n'étaient pas contre les revendications du Québec, il fallait élargir la perspective. Le premier ministre manitobain, Gary Doer, par exemple, estime que toute position du Conseil de la fédération sur la seule question doit dépasser celle des «milliards». Il souhaite parler plutôt d'amélioration de la collaboration interprovinciale et fédérale-provinciale à ce chapitre. Plusieurs premiers ministres du reste du Canada, comme le Britanno-Colombien Gordon Campbell, ne veulent pas encore une fois passer pour les «quémandeurs professionnels» aux yeux de leur opinion publique, nous a-t-on expliqué dans la délégation albertaine. Ces derniers, d'ailleurs, ont fait savoir qu'ils souhaitent aborder l'éducation par la lorgnette de la compétitivité et soulignent le fait que l'Alberta n'a pas eu à attendre le fédéral pour investir massivement dans ce domaine.
Jean Charest, lui, a rétorqué hier midi que «l'un n'empêche pas l'autre» et qu'on peut tout de même fixer un objectif chiffré précis. Ajoutant ensuite: «L'autre condition, c'est le respect des compétences [...] un principe qui est clair pour les Québécois.»
Compétences
En effet, Jean Charest s'est fait hier le champion des compétences du Québec et des provinces en matière d'éducation. Il a réagi vigoureusement aux informations selon lesquelles le premier ministre fédéral Paul Martin avait rencontré en secret des recteurs d'universités québécoises prétendument pour leur proposer de financer directement l'éducation postscolaire, en contournant le palier provincial. M. Charest n'a pas condamné directement M. Martin, lequel «peut parler à qui il veut, il est premier ministre du Canada». Mais il a répété que c'est là une compétence du Québec et qu'il allait la «défendre avec beaucoup de fermeté».
De passage à Montréal hier, le chef conservateur Stephen Harper a dénoncé la rencontre de Paul Martin avec les recteurs: «Je pense que ce n'est pas acceptable.» Selon lui, il y a des façons par lesquelles le gouvernement du Canada peut aider les provinces en matière d'éducation postscolaire, mais le fédéral doit en tout temps respecter les champs de compétence des provinces.
Bois d'oeuvre
Par ailleurs, la décision du Comité d'appel de l'ALENA, qui a une fois de plus donné raison au Canada hier, a mis sur le tapis la question des relations canado-américaines, d'autant plus que le nouvel ambassadeur, David Wilkins, était l'invité des premiers ministres. Sur la question, le premier ministre Charest s'est montré très ferme, affirmant que cette querelle «a assez duré». «À force d'avoir des jugements, des décisions qui ne sont pas mises en oeuvre, malheureusement, ça finit par avoir un impact sur l'ALENA et la crédibilité de l'ALENA.» En rencontre avec l'ambassadeur, les premiers ministres ont d'ailleurs réclamé une solution rapide et claire à cette querelle en plus d'exiger par résolution que le gouvernement prenne tous les moyens juridiques pour obtenir le remboursement des droits compensatoires de quelque cinq milliards perçus de manière illégitime par les États-Unis. En point de presse, l'ambassadeur Wilkins s'est contenté de dire qu'une «solution négociée» était nécessaire. Pour ensuite tenter de dédramatiser l'affaire en soulignant que le bois d'oeuvre ne représente que 4 % des échanges, ce qui signifie que 96 % des échanges se font sans problèmes.
Quant au premier ministre Charest, il a tenu à rappeler hier que la question numéro 1 dans les relations entre le Canada et les États-Unis, c'est la sécurité et qu'en la matière, «s'il y a une chose que nous avons apprise dans les dernières années, c'est que nous ne pouvons pas compter sur le gouvernement fédéral seul pour l'assurer».
Des initiatives nationales
Enfin, les premiers ministres se sont entendus hier pour développer plusieurs initiatives nationales. Dont une «stratégie nationale» en matière de transport et un Conseil de la fédération sur l'énergie, auquel le premier ministre québécois participera.
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