Coup de filet dans le «Londonistan»

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AFP
Édition du vendredi 12 août 2005

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Londres -- Dix étrangers menaçant «la sécurité nationale», dont Abou Qatada, un Palestinien de 44 ans souvent présenté comme le chef spirituel d'al-Qaïda en Europe, ont été arrêtés hier au Royaume-Uni et risquent désormais l'expulsion.

Ce coup de filet confirme l'avertissement de Tony Blair vendredi dernier que «les règles du jeu ont changé» depuis les attentats de Londres.

Si le ministère de l'Intérieur n'a nommé aucune des personnes arrêtées, Yasser al-Serri, directeur de l'Observatoire islamique, un organisme basé à Londres, a affirmé qu'Abou Qatada avait été placé en détention.

M. al-Serri a dénoncé «une campagne arbitraire qui vise les Arabes et les musulmans». Selon lui, «sept Algériens» figureraient parmi les neuf autres personnes arrêtées à Londres, à Leicester (centre de l'Angleterre) et à Luton (nord de Londres) hier matin.

Le Home Office n'a donné aucun détail sur les personnes arrêtées et a refusé d'indiquer vers quels pays elles pourraient être expulsées.

Palestinien d'origine jordanienne, Abou Qatada, tête pensante du «Londonistan», la mouvance radicale islamiste installée à Londres, avait été arrêté une première fois en octobre 2002. Détenu à la prison londonienne de haute sécurité de Belmarsh, il avait été libéré le 11 mars et placé en résidence surveillée.

Avec l'arrestation d'Abou Qatada, les trois leaders du «Londonistan» sont derrière les barreaux.

Abou Hamza al-Masri, l'ancien imam de la mosquée salafiste londonienne de Finsbury Park, est à Belmarsh depuis le mois de mai. Ce Britannique d'origine égyptienne est poursuivi pour 16 chefs d'inculpation en Grande-Bretagne, et notamment pour terrorisme.

Cet homme, qui a qualifié George W. Bush de «Gengis Khan de ce siècle» et Oussama ben Laden de «type bien», est également poursuivi pour onze chefs d'accusation aux États-Unis, et notamment d'avoir cherché à installer un camp d'entraînement d'al-Qaïda dans l'Oregon.

Omar Bakri Mohammed, 46 ans, d'origine syrienne et de nationalité libanaise, a de son côté été interpellé hier par la police libanaise à Beyrouth. Il avait quitté le Royaume-Uni de son propre fait, le week-end dernier, officiellement pour des vacances au Liban.

Dans un entretien à la chaîne libanaise Future Television, le chef du mouvement extrémiste al-Mouhadjiroun, un groupuscule dissous en octobre, a annoncé qu'il ne comptait pas retourner vivre en Grande-Bretagne, où il était installé depuis 1986, et qu'il souhaitait résider au Liban.

Niant tout lien avec al-Qaïda, il a aussi condamné les «tueries d'innocents [...] que ce soit à New York, en Espagne ou à Londres, mais aussi [...] en Irak, en Palestine ou ailleurs». Omar Bakri s'était illustré en appelant les kamikazes des attentats du 11 septembre 2001 les «19 magnifiques».

Mais avec l'arrestation d'Abou Qatada, c'est le plus important responsable évoluant dans les eaux troubles du Londonistan qui a été réduit au silence. Des cassettes de ses prêches enflammés avaient été retrouvées dans l'appartement de Hambourg (Allemagne) occupé par Mohamed Atta, l'un des chefs du commando auteur des attentats aux États-Unis.

Par ailleurs, dix personnes inculpées pour avoir dissimulé des informations sur les auteurs présumés des attentats ratés du 21 juillet, ou les avoir aidés à fuir, ont été maintenus en détention par la justice hier jusqu'au 17 novembre prochain.

Enfin, un tribunal continue à examiner la demande d'extradition américaine concernant Haroun Rachid Aswat, un Britannique censé appartenir à al-Qaïda. Accusé d'avoir tenté d'établir un camp d'entraînement terroriste dans l'Oregon en 1999, il a été maintenu en détention jusqu'en septembre.


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