Coupe rogers - Rafael Nadal, à la peine
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Photo: Pedro Ruiz
Vêtu d'un chandail avec pas de manches -- un «i-shirt» que cela s'appelle, selon mes sources vestimentaires -- et d'un pantalon descendant en bas du genou qui montrent que tout est permis quand on est jeune et beau et bon, même dans un sport comme le tennis follement soucieux d'étiquette, Nadal a montré qu'il pouvait se débrouiller sur le ciment de type Deco Turf et livré une torride bataille pour finalement l'emporter en trois manches de 6-3, 6-7(0) et 6-3.
Serré, spectaculaire, dynamique en dépit de la chaleur, le match n'a été ponctué que de deux bris de service, tous deux au profit de Nadal, mais quand on parle de coup de grâce inaccompli, on se réfère aux 13 points de bris qu'a sauvés Moya, exemplaire de résilience. Devant des gradins remplis aux deux tiers, ce qui est exceptionnellement bon pour un après-midi de début de semaine, l'affrontement s'est étiré sur pas moins de deux heures et trente-huit minutes.
Et tout le monde, organisateurs du tournoi y compris, en a été quitte pour une petite frousse lorsque, à 2-2 au set décisif, Nadal a observé une longue pause et appelé son physiothérapeute à examiner son avant-bras gauche.
S'il avait fallu que les deux favoris abandonnassent à quelques heures d'intervalle dès le premier tour, c'eût été pour le moins rébarbatif. Mais après le match, Rafa a dit que c'était juste une question de crampe au doigt et que tout était correct. Ça lui arrive de temps à autre, mais ça ne dure pas.
Tout Majorque devait suivre cette rencontre entre ses deux enfants -- Nadal est originaire de Manacor et Moya, de Palma de Mallorca bien qu'il habite maintenant à Genève en raison, probablement, de l'équilibre fiscal. L'Espagne est une pépinière de tennismen (pas moins de sept Espagnols figurent au tableau principal de cette coupe Rogers), mais que deux joueurs d'aussi fort calibre proviennent de la même petite île relève carrément du phénomène San Pedro de Macoris, que je vous expliquerai si la demande le justifie.
Mais chose certaine, si l'Espagne a produit au fil des dernières années de grandes raquettes comme Sergi Bruguera, Alex Corretja, Juan Carlos Ferrero et Moya lui-même, aucune n'avait ou n'a le charisme du jeune Rafa. Il n'arrête pas, n'hésite jamais à mettre un peu de moutarde et accueille chacun de ses bons coups avec un enthousiasme contagieux. «Je suis comme ça. J'aime la compétition. J'aime le jeu. J'aime la pression», a-t-il commenté après le match, cela même s'il dit ne ressentir aucune pression particulière maintenant qu'il est observé par tout le monde et, à Montréal, occupe le siège de premier favori. «J'aime être sur le terrain. À moins, évidemment, que je joue très mal.» Ce qui lui arrive de moins en moins souvent, même s'il a «encore des choses à améliorer».
Moya, 28 ans, qui occupa jadis le premier rang mondial (c'était pendant deux semaines en mars 1999) et a remporté Roland-Garros en 1998, s'est donc vaillamment défendu contre son cadet de neuf années, mais ce fut juste un peu trop peu. À l'issue de la rencontre, le 32e joueur au classement ATP a montré du doigt la cinquième partie du dernier set, qui a vu Nadal réussir son second bris, comme moment clé. «J'ai très mal joué, et je me suis retrouvé à 0-40. J'ai perdu ma concentration», a-t-il dit.
À l'égard de Nadal, Moya ne tarit pas d'éloges. «Je n'ai pas de difficulté à l'affronter parce qu'il est mon ami. J'ai de la difficulté à l'affronter parce qu'il joue tellement bien», signale-t-il.
Ils se connaissent depuis cinq ans. «Il était déjà un des meilleurs de son âge au monde, avec [Richard] Gasquet. Mais honnêtement, je ne pensais pas qu'il deviendrait aussi bon aussi tôt. Il jouait dans les tournois challengers, il en gagnait la plupart. Puis il s'est blessé. Ç'a pris du temps. Il s'est retrouvé au 40e-50e rang pendant un an et demi. Puis le déclenchement s'est produit», dit Moya.
«Je pense qu'une bête sommeillait en lui, et c'est Andy Roddick qui l'a réveillée» lors d'un match enlevant de la coupe Davis en novembre dernier. «Il est devenu affamé, et toutes sortes de choses incroyables se sont mises à lui arriver. Il est très professionnel. C'est pourquoi il gagne tous ses matchs ces temps-ci. Il joue extraordinairement bien.»
On verra si le parcours de rêve se poursuit au deuxième tour, lorsque Nadal se mesurera au Brésilien Ricardo Mello.
***
Lleyton Hewitt, lui, réunissait toutes les conditions pour que ça ne fonctionne pas. Il arrivait de son Australie natale et résidentielle. Il souffre d'un virus dans la région de l'estomac. Il n'avait rien mangé depuis trois ou quatre jours. Il n'avait «aucune énergie».
Une quinzaine de minutes avant le début de son match de premier tour contre le Français Serra, il ne savait même pas encore s'il allait se rendre sur le court, ce qui est déconseillé du point de vue concentration.
C'était donc 4-3 Serra dans le set initial lorsque Hewitt, qui se sentait dépérir minute après minute, a déclaré forfait.
Et que va-t-il faire au cours des prochains jours?
«Rien.»
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Petit détour qui a somme toute peu à voir avec le tennis mais beaucoup avec l'âme du lieu.
Par-delà les souvenirs, il ne reste plus guère du bon vieux stade de baseball du parc Jarry que la galerie de presse -- sérieusement rénovée, il va sans dire -- et la piscine dans laquelle, derrière la clôture du champ droit, Willie Stargell envoyait valser les coups de circuit.
Mais les souvenirs ont refait surface, intacts, avec l'annonce du décès de Gene Mauch, mort lundi à l'âge de 79 ans.
S'il fallait choisir un gars pour illustrer le destin tordu de nos Expos, ce serait Mauch. Excellent gérant qui connaissait mieux les règlements que n'importe quel arbitre, maître de la stratégie (j'ai encore en mémoire la fois où il avait formé une défensive avec cinq joueurs d'avant-champ en fin de neuvième manche), il sera passé à la postérité comme l'homme des déconfitures de la onzième heure. Il a remporté 1901 matchs en carrière, le 11e plus haut total de l'histoire des ligues majeures, mais il n'a jamais gagné la Série mondiale. Il a été nommé trois fois gérant par excellence de la Ligue nationale, mais ça ne s'est jamais traduit en autre chose que des déceptions.
Gene Mauch fut le premier gérant de l'histoire des Expos, de 1969 à 1975. En 1973, nos Z'Amours étaient tellement pourris qu'il reçut le titre d'entraîneur de l'année même si le club maintint un rendement inférieur à ,500 (79-83).
Déconfitures? En 1964, ses Phillies de Philadelphie avaient une avance de six matchs et demi en tête de la ligue avec 12 parties à jouer, mais ils en perdirent 10 de suite et furent devancés par St. Louis. En 1982, ses Angels de la Californie menaient la série de championnat de la LA deux victoires à zéro contre Milwaukee, et ils perdirent les trois matchs suivants.
Mais le plus sordide est arrivé en 1988. Les Angels dominaient la série de championnat de la LA 3-1 face à Boston, et ils menaient 5-2 dans la cinquième rencontre avec deux retraits en neuvième. Inévitablement, les Red Sox devaient marquer quatre points pour l'emporter puis gagner les deux matchs suivants pour se rendre en Série mondiale. L'as releveur Donnie Moore, qui avait accordé les points égalisateur et décisif aux Sox, ne retrouva jamais ses moyens et se suicida un an plus tard.
Gene Mauch fut un pionnier. Il fut le premier, par exemple, à utiliser régulièrement la double substitution, ce qui est la marque, on en conviendra aisément, d'un homme de qualité.
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