Le défi d'Abdallah

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Serge Truffaut
Édition du mardi 02 août 2005

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Le roi d'Arabie Saoudite Fahd ben Abdel Aziz al-Saoud est mort. Régent du royaume depuis une dizaine d'années, le prince Abdallah al-Saoud va lui succéder. Si l'on se fie à ce qu'il a accompli au cours des dix dernières années, il va réformer le pays à pas de tortue. Son défi? Enrayer l'influence de l'islamisme radical dont l'Arabie Saoudite est le foyer.

La société saoudienne se caractérise par une fragmentation plus marquée qu'on ne pourrait le croire de prime abord. La nature du régime se conjuguant avec féodalité, le pays se divise en fiefs. En haut de la pyramide, on retrouve évidemment les princes des princes. Plus exactement, les 25 fils toujours en vie du fondateur de la nation Aziz Ibn Saoud. Cette gérontocratie se divise, grosso modo, en deux clans: celui des réformateurs que commande le prince Abdallah et celui des gardiens de la tradition wahhabite dirigé par le puissant ministre de l'Intérieur, son demi-frère le prince Nayef.

Le camp des réformateurs se démarque par son souci de modernisation non seulement de l'économie, mais également des moeurs sociales et politiques. Son constat? Le pays est trop statique, trop engoncé dans des traditions paralysantes. Par exemple, sur le plan de l'éducation scolaire, le nec plus ultra est de poursuivre des études religieuses. Et comme évidemment le nombre d'imams est inférieur au nombre de diplômés qui sortent année après année, le taux de chômage au sein de la tranche des 20-25 ans atteint les 30 %. Le poids culturel ou social accordé à l'étude du Coran frise l'absurde, ainsi qu'en témoigne la statistique suivante: 90 % des emplois du secteur privé sont occupés par des étrangers.

Cet état de choses, Abdallah veut le modifier. Il y a deux ans, il a organisé et animé un dialogue national avec les plus en vue des libéraux du pays. Son objectif était et demeure la réduction des pouvoirs dévolus aux religieux pour faire place à une certaine démocratisation du pays. Il a même pris le risque immense d'entendre et de recevoir la pétition que les chiites avaient fait circuler au sein de leur communauté, qui totalise près de 15 % des Saoudiens. Ce faisant, il s'est fait taxer de traître par les partisans du statu quo, ou plus précisément du retour à une stricte observation des règles édictés au XVIIIe siècle par cet illuminé qui s'appelait Ibn Abd al-Wahhab. Les écrits de ce dernier forment la doctrine officielle de l'Arabie Saoudite.

Jusqu'à présent, le prince Abdallah s'est heurté à l'opposition du prince Nayef, que beaucoup considèrent comme l'homme fort du régime parce qu'il est à la fois ministre de l'Intérieur et président de la Commission pour la promotion de la vertu et de la prévention du vice. Il voit donc à la sécurité du pays et au respect des diktats formulés par les religieux. La majorité de ces derniers, c'est à souligner, demeure ulcérée par l'écoute que le nouveau roi a accordée aux requêtes des chiites, qui représentent sur terre la «race du diable». Pour les plus ardents militants du tawhid ou monothéisme musulman, la guerre en Irak est un complot conçu par l'alliance entre les États-Unis et l'Iran afin d'instaurer une autre république islamique. Quoi d'autre? Selon le ministre de l'Intérieur en personne, les attentats du 11 septembre étaient un complot, cette fois-ci israélien. De fait, en novembre 2002, les Saoudiens qui avaient participé au carnage ont eu droit à une absolution post mortem.

Les rapports de force qui ont cours entre le roi Abadallah et le prince Nayef sont si viciés qu'on se demande quand le premier aura enfin le courage de virer le second.


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