Shriners: Québec dénonce la stratégie ontarienne
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Charest somme McGuinty de se dissocier d'une vidéo controversée
Baltimore -- La véritable campagne de dénigrement menée en Ontario en vue de convaincre les Shriners de transférer leur hôpital de Montréal vers London est en train de créer un climat de grande tension entre l'Ontario et le Québec.Selon lui, s'il garde le silence, le premier ministre de l'Ontario accréditera l'idée que le Québec met en jeu la santé des enfants, en projetant de construire le nouvel hôpital des Shriners sur un terrain contaminé. «M. McGuinty a le devoir de rectifier les faits. Si M. McGuinty est d'accord avec la vidéo, c'est qu'il remet en question l'intégrité des politiques du gouvernement du Québec et notre capacité de certifier le nettoyage d'un terrain. C'est très grave», a dit le premier ministre, lors d'un point de presse.
Plus tard, sur le parquet du congrès, les deux hommes se sont croisés, et M. Charest, pour la première fois, a interpellé directement M. McGuinty pour lui dire que la vidéo véhiculait des faussetés et qu'il devait la condamner.
Mais, tout comme il l'avait fait devant les journalistes un peu plus tôt, M. McGuinty est resté de glace, se contentant de dire qu'il était là uniquement pour faire la promotion de la candidature de London.
M. Charest a de son côté clairement laissé entendre que le silence de M. McGuinty dans ce dossier pourrait envenimer les relations entre les deux voisins. «Ça dépendra de la réponse que Dalton McGuinty donnera aujourd'hui. S'il appuie le contenu de la vidéo, ce sera une attaque contre l'intégrité du gouvernement du Québec», a-t-il dit.
Devant les journalistes, M. McGuinty a en fait refusé de répondre à toute question relative à la vidéo tant controversée, qui pourrait faire la différence, dans un contexte où la lutte s'annonce serrée.
Le premier ministre ontarien n'a donc pas vanté les mérites du document, mais il ne s'en est pas dissocié non plus.
Alors qu'on lui demandait s'il considérait que le terrain choisi à Montréal était trop contaminé pour accueillir un hôpital, il n'a pas davantage voulu se prononcer. «C'est le comité de direction des Shriners qui a choisi London. Je suis ici pour appuyer ce choix», a répété M. McGuinty, ne voulant pas jeter de l'huile sur le feu.
Dans la vaste salle du centre des congrès de Baltimore, les Shriners avaient installé un genre de marché, vaste souk où les 15 000 délégués attendus pouvaient magasiner et s'informer, notamment aux stands des deux camps qui se disputent le futur hôpital.
Au stand du comité de promotion de la candidature de London, les délégués pouvaient regarder la fameuse vidéo, présentée en boucle. C'est d'ailleurs à cet endroit précis que le premier ministre McGuinty a choisi de se poster pendant quelques heures pour serrer les mains des passants et tenter de les convaincre de voter en faveur de London.
Terrain contaminé
La vidéo controversée a été produite par des Shriners de la région de London. La narratrice apparaît sous les traits d'un médecin qui affiche son inquiétude, en prétendant que l'emplacement choisi par Montréal pourrait mettre en danger la santé des enfants. On y dit que le terrain choisi est très contaminé et qu'il n'est pas certain qu'on pourra le décontaminer complètement.
«La vidéo est une campagne mensongère», a martelé M. Charest, conscient que, malgré leur fausseté (le site est déjà en bonne partie décontaminé), les arguments ont fait mouche dans l'esprit de nombreux délégués.
Le Québec n'a plus que quelques heures pour renverser la vapeur. Hier, le premier ministre Charest a multiplié les poignées de mains et les rencontres toute la journée, dans l'espoir qu'il n'était pas trop tard pour conserver à Montréal cet hôpital qui s'y est installé en 1925. Aujourd'hui, veille du vote, il fera de même. Il fait valoir aux délégués que l'hôpital des Shriners, un investissement de 100 millions de dollars, sera voisin du futur Centre universitaire de santé McGill (CUSM), un projet de 1,2 milliard. «On ne fait pas ça à un endroit où il y aurait le moindre risque. Ce serait un non-sens», a-t-il plaidé.
Par ailleurs, le CUSM a expédié une mise en demeure, vendredi dernier, aux personnes responsables de la production de la vidéo. On leur demande de retirer la vidéo et de s'excuser.
De son côté, le chef du comité de direction du Centre des sciences de la santé de London, Jeff Lowe, s'est dit fier du document. «Il n'y a pas de calomnie, pas de mensonge dans cette vidéo-là. Ce sont juste les faits, les faits saillants», selon lui, en se disant convaincu de l'emporter demain.
Les règles des Shriners prévoient qu'il faut les deux tiers des voix pour justifier un déménagement.

