Opinion

La descente aux enfers de Jean Charest

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Jean Noiseux, Analyste en sondage

Édition du lundi 04 juillet 2005

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Le prochain scrutin risque d'être catastrophique pour Jean Charest et le parti libéral. En effet, «si la tendance se maintient», ce parti sera confiné à peu de chose près à ce qu'était celui du Parti Égalité en 1976, soit une quinzaine de circonscriptions de l'ouest de Montréal à forte concentration de Juifs anglophones. La pire débâcle de toute l'histoire du PLQ qui arriverait au troisième rang pour le nombre de députés, derrière l'ADQ de Mario Dumont.

Lorsque le Parti libéral du Québec a recruté Jean Charest comme chef de ce parti, celui-ci était le politicien le plus populaire au Québec après Lucien Bouchard. Comment expliquer que, à la moitié d'un premier mandat, son gouvernement soit devenu le plus impopulaire de tous les gouvernements du Québec selon la compilation faite par CROP depuis 35 ans?

Pourtant, le programme électoral que Jean Charest a proposé aux Québécois lors du scrutin de 2003 s'inspirait de la même philosophie conservatrice qui avait amené Lucien Bouchard à imposer «le déficit zéro» comme objectif prioritaire de son gouvernement. Jean Charest était donc en continuité avec le programme de Lucien Bouchard, celui-ci étant beaucoup plus en rupture avec la tradition social-démocrate du PQ que lui-même ne l'était avec la tradition libérale.

Bien sûr, les deux hommes n'ont pas la même stature de politicien et ne jouissent pas de la même popularité. Par exemple, Lucien Bouchard suscitait l'admiration et le respect des partisans libéraux ce qui est loin d'être le cas pour Jean Charest avec les péquistes. Mais cela ne suffit pas à expliquer une pareille dégringolade dans l'opinion publique.

Parallèlement à la baisse du PLQ dans les intentions de vote, l'option de la souveraineté gagne en popularité et dépasse maintenant la barre des 50 %. En théorie, la popularité d'un gouvernement est plutôt associée à l'appréciation de son travail par la population, alors que le choix constitutionnel sera plus sensible à la conjoncture Québec-Ottawa.

Si l'appui à la souveraineté et l'intention de vote pour le parti Québécois sont des mouvements de l'opinion publique logiquement liés, cela n'explique pas la hausse récente de la popularité de la souveraineté: la popularité du gouvernement Charest est décroissante depuis près de 18 mois sans faire bouger significativement l'indicateur de l'option constitutionnelle. Alors, pourquoi maintenant? Le fonctionnement du système électoral détient peut-être la clé de l'explication recherchée.

La fonction usuelle (fonction élective) du système électoral est, bien sûr, d'assurer le renouvellement du personnel des systèmes législatif (Assemblée nationale) et exécutif (Cabinet des ministres). Mais il a une fonction symbolique encore plus importante: celle de conférer au gouvernement et à son premier ministre la légitimité de gouverner, et surtout de rallier à la formation politique élue le segment de l'électorat qui a voté contre. C'est «la fonction d'intégration».

Il existe une troisième fonction dont on ne fait que très rarement mention: celle de protéger le système politique (fonction de diversion). En cas de rupture du lien de confiance entre le gouvernement et la population, c'est le personnel politique élu qui écope sans que le cadre constitutionnel soit nécessairement remis en question, garantissant ainsi la stabilité des régimes démocratiques à représentation indirecte.

En bon soldat du fédéralisme, Jean Charest a écopé jusqu'ici des conséquences de «l'étranglement fiscal» du Québec. Mais peut-être depuis ces deux dernières années a-t-il fait à son insu la démonstration que le fédéralisme canadien ne fonctionnait pas?

Les travaux sur le «déséquilibre fiscal» apportent une nouvelle interprétation aux compressions dans les services à la population: Québec ne dispose plus de la marge de manoeuvre minimum pour gérer la province. Il devient de plus en plus clair, même pour les électeurs que la politique n'intéresse pas, que le système actuel craque de partout.

La dernière fois que l'option souverainiste a dépassé significativement la barre des 50 % dans les sondages renvoie à la période qui a suivi l'échec de l'accord du lac Meech. Le rejet de cet accord par le Canada anglais avait, semble-t-il, convaincu un nombre important de fédéralistes modérés du Québec que «l'option Canada» menait à un cul-de-sac. Les conséquences visibles du «déséquilibre fiscal», pourront-elles déclencher un processus de conscientisation comparable à celui de Meech?

Mais un malheur ne vient pas tout seul. En confirmant les doutes de la population sur l'intégrité des politiciens fédéraux, la commission Gomery a ramené sous les feux des projecteurs la délicate question de la légitimité du pouvoir fédéral dirigé par un «gouvernement corrompu». Comme Meech, le scandale des commandites possède tous les ingrédients pour brouiller encore une fois les convictions de nombreux Québécois partisans de «l'option Canada» et créer une nouvelle période «d'interrogations constitutionnelles». Le moment ne pouvait plus mal tomber pour mettre en cause la confiance des Québécois envers le parti libéral fédéral, principal porte-parole de «l'option Canada» au Québec.

Comme semble l'indiquer cet examen sommaire de l'actualité, au moins trois facteurs liés à la conjoncture politique peuvent expliquer la progression de la souveraineté dans l'opinion publique. À l'époque de l'après Meech, la poussée «séparatiste» s'était stabilisée pour laisser finalement à cette option un bénéfice net de cinq points. Cette fois-ci, quel sera le gain final de la souveraineté? Les prochains sondages seront à surveiller de près, vraiment de très près!


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