Pétrole: la gloutonnerie de la Chine et des États-Unis dope les prix

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AFP
Édition du lundi 04 juillet 2005

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Scène maintenant familière dans une grande artère de Pékin. La Chine est devenue, en 2004, le deuxième consommateur mondial de pétrole devant le Japon.

Photo: Agence Reuters

Londres -- L'appétit vorace des États-Unis et de la Chine pour le pétrole explique en grande partie la flambée actuelle des prix de l'or noir, et leur gloutonnerie ne devrait pas cesser de sitôt, selon des spécialistes.

«La Chine et les États-Unis sont la salle des machines derrière la demande pétrolière», a observé Léo Drollas, analyste au groupe de recherche Centre for Global Energy Studies (CGES). «Ce sont ces deux pays qui tirent actuellement la demande pétrolière et sont responsables des prix élevés du pétrole», a-t-il souligné à l'occasion d'une conférence internationale sur le pétrole, mardi et mercredi, dans le sud de l'Angleterre.

À eux deux, Washington et Pékin représentent un tiers de la consommation mondiale de pétrole. En 2005, ils devraient absorber 28 millions de barils par jour (mbj) de brut, pour une demande totale de

4,3 mbj, selon les dernières données de l'Agence internationale de l'Énergie (AIE).

Mais c'est en ce qui a trait à la croissance que leur influence est la plus grande. D'après l'AIE, leur consommation pétrolière devrait augmenter de 2,7 % en 2005 par rapport à 2004, soit 740 000 barils par jour. Cela représente une contribution de 42 % à la croissance mondiale de la demande attendue cette année (2,2 %).

La clef de cette voracité réside principalement dans la vigueur de leur croissance économique: 9,4 % en Chine et 3,8 % aux États-Unis, contre 1,5 % en Europe et au Japon.

Premier consommateur mondial, les États-Unis, souvent accusés de gaspillage énergétique par le reste du monde, absorbent près de 21 mbj de brut chaque année, dont près de 60 % sont importés.

Quant à la Chine, devenue en 2004 deuxième consommatrice mondiale devant le Japon, elle devrait avaler 6,9 mbj de brut cette année, soit 7,1 % de plus que l'an passé. Et ce alors même que les prix du pétrole ont bondi d'environ 45 % depuis le début de l'année, pour dépasser 60 $US le baril cette semaine à New York.

Pas d'impact sur l'économie

Mais le fait est que la flambée des cours n'a pour l'instant eu pratiquement aucun impact sur l'économie, et donc sur la consommation pétrolière. Au contraire, il semble que ce soit la robustesse de la demande mondiale qui pousse actuellement les prix à la hausse. «Tout le monde est d'accord sur le fait que la demande est la principale cause de l'ascension du pétrole», a noté Eric Chaney, économiste chez Morgan Stanley intervenant à la conférence. «Du coup, le marché va probablement pousser les prix à la hausse jusqu'à ce que quelqu'un refuse de payer le pétrole si cher», a-t-il prévenu.

«L'économie mondiale est moins sensible aux prix du pétrole qu'elle ne l'était. Mais il arrivera un moment où les prix du pétrole entameront la croissance, et alors seulement, la demande pétrolière ralentira», a-t-il dit.

Dans le passé, une hausse du prix du pétrole entraînait presque automatiquement un recul de la demande, et vice-versa. Ainsi, lors des chocs pétroliers de 1973 et 1979, la demande mondiale s'était nettement rétractée. À l'inverse, elle avait nettement rebondi à la fin des années 1990, après une chute des prix du pétrole à quelque 10 $US le baril en 1998.

«Mais depuis 2002 et 2003, la demande pétrolière progresse parallèlement aux prix du pétrole, ce qui montre qu'on se trouve dans un monde différent, où les cours élevés du brut sont la conséquence d'une forte demande», a souligné Léo Drollas, du CGES.

Pour les experts, ce changement structurel laisse augurer un prix du pétrole élevé pendant encore de longues années. Car de l'avis de tous, la demande pétrolière va continuer à progresser pour atteindre plus de 100 mbj en 2020, un niveau que les producteurs devraient peiner à satisfaire.


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