Air Canada craint pour sa saison estivale
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Le différend autour de la fusion de la liste d'ancienneté, qui déchire les pilotes d'Air Canada depuis la fusion avec Canadien International en 2000, est revenu à l'avant-scène. La tension est telle qu'il en a résulté l'annulation d'une commande de 6 milliards $US en nouveaux Boeing, et qu'elle serait suivie de moyens de pression visant la bonne marche de l'exploitation du transporteur seraient exercées. Pris au piège d'un conflit qu'elle considère intra-syndical depuis son origine, Air Canada s'en remet une nouvelle fois au Conseil canadien des relations industrielles.
Chez Air Canada on insistait hier pour dire qu'on ne ressentait pas un tel impact, «que les opérations se déroulent normalement», et que «les pilotes sont des professionnels», a rappelé la porte-parole, Isabelle Arthur. «On ne peut commenter plus à fond, ce dossier se retrouvant devant le Conseil canadien des relations industrielles [CCRI]». Même son de cloche à l'Association des pilotes d'Air Canada (APAC), qui représente les deux parties divisées par ce long contentieux autour de la fusion des listes d'ancienneté. «Nous n'avons pas eu vent de ces moyens de pression qui, pensons-nous, traduisent surtout des craintes venant d'Air Canada. S'il y en avait, nous ne pourrions donner notre accord à de tels gestes. Et nos pilotes sont des professionnels. Ils savent faire la part des choses», a souligné, en substance, Jean-Marc Bélanger, porte-parole du syndicat.
À l'APAC, on appuie les démarches menées par Air Canada devant le CCRI. «Nous sommes partie prenante. Il y a des choses sur lesquelles nous sommes en désaccord. Des choses inacceptables, comme le fait d'associer les moyens de pression à une grève illégale ou de soustraire la question de la liste d'ancienneté du vote sur l'entente de principe. Nous allons nous opposer sur ces points. Mais il demeure que nous souhaitons également un règlement définitif à ce conflit qui perdure.» Jean-Marc Bélanger a ajouté que l'APAC avait proposé une nouvelle liste d'ancienneté il y a un an, une liste médiane présentée comme étant une solution de compromis, un geste qui n'a toujours pas eu écho auprès du CCRI.
Listes d'ancienneté
L'enjeu entourant la fusion des listes d'ancienneté, née du passage de Canadien International sous la coupe d'Air Canada en 2000, n'a jamais été résolu. Décisions arbitrales sur décisions arbitrales, demandes d'une revue judiciaire en appel, recours intenté devant la Cour suprême... Les pilotes d'Air Canada demeurent toujours divisés entre deux décisions arbitrales, diamétralement opposées, l'une pénalisant les pilotes de l'ex-Air Canada et l'autre, ceux de l'ex-Canadien. Ces derniers, comptant aujourd'hui pour 800 des quelque 3000 pilotes d'Air Canada, se sont regroupés sous le nom de «Red Pilots for Seniority».
La dernière liste retenue pénaliserait les pilotes de l'ancien Air Canada. Selon Original Air Canada, ils seraient environ 1200. D'autres parlent plutôt de 250 «victimes». Toutefois, ces derniers rappellent que, en définitive, c'est Air Canada qui a acheté Canadien en 1999. Par conséquent, les pilotes de ce transporteur devraient se retrouver au bas de la liste d'ancienneté. Or, la fusion de la liste telle qu'elle a été retenue pénalise les pilotes de l'ancien Air Canada, recalés parce que plus jeunes en ancienneté, ce qui peut se traduire par des pertes d'avantages et une diminution salariale pouvant atteindre les 40 %, ont-ils allégué.
Ceux-ci se seraient servi de la négociation entre Air Canada et les pilotes visant l'acquisition de 32 Boeing, au prix de six milliards $US, pour braquer les projecteurs sur cet enjeu. Dans sa requête déposée vendredi devant le CCRI, Air Canada soutient que ce contrat a été pris en otage et que la non-ratification de l'entente de principe conclue est une façon de vouloir «changer illégalement» les modalités de fusion de la liste d'ancienneté imposées par décision arbitrale.
Selon la convention collective expirant le 1er juillet 2009, Air Canada doit négocier avec ses pilotes une entente portant sur les taux de rémunération, les procédures et les conditions de travail si le transporteur veut introduire de nouveaux appareils dans sa flotte. Une telle entente de principe, conclue avec le bureau syndical, a été rejetée le 19 juin dernier dans une proportion de 54 %, avec un taux de participation de 75 %.
Dans sa requête, Air Canada souhaite que le CCRI ordonne la tenue d'un nouveau vote et que ce vote soit dissocié de la question de la liste d'ancienneté, sur laquelle le transporteur n'a aucune emprise.
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