L'industrie américaine est convoitée par la Chine
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New York -- L'offre du groupe pétrolier CNOOC sur Unocal illustre l'appétit grandissant des Chinois pour des grands noms de l'industrie américaine, le secteur énergétique s'ajoutant à des mouvements de position dans l'informatique et la grande consommation.
Reflet des ambitions de la troisième compagnie pétrolière chinoise -- Unocal lui permettrait de plus que doubler sa taille --, cette colossale acquisition emboîte le pas à deux autres opérations de fusion-acquisition significatives.
Le numéro un de l'électroménager chinois Haier Group vient de faire une offre de 1,28 milliard pour racheter l'américain Maytag. Le mois dernier, le Chinois Lenovo concluait le rachat de la division PC du leader mondial de l'informatique IBM pour donner naissance au troisième fabricant mondial d'ordinateurs.
Selon le cabinet Thomson Financial, en 2004 les acquisitions chinoises aux États-Unis ont totalisé trois milliards -- IBM inclus --, soit autant que lors des quatre années précédentes cumulées. Cette «tendance» a un fondement conjoncturel, explique David Kotok, analyste chez Cumberland Advisors. «La Chine est en train de passer de l'accumulation passive de dollars à celle d'un déploiement actif par l'entremise d'investissements.»
Croissance flamboyante
La Chine bénéficie en effet d'une croissance économique flamboyante -- 8 % attendus en 2005 --, d'un large excédent de sa balance commerciale et d'un taux de change très favorable, aux dépens des États-Unis.
Cette vague d'investissements venue de l'empire du Milieu bénéficie aussi d'un soutien politique, selon David Thompson, expert de la Chine au Centre d'études stratégiques et internationales. «L'environnement politique à Pékin a changé. Le gouvernement encourage largement les entreprises chinoises à sortir des frontières et à acquérir des marques étrangères», explique-t-il.
Cette stratégie fait sens dans «un marché mature» comme les États-Unis, selon lui. Les marques américaines sont attrayantes pour leur cachet à l'international, atout stratégique pour les ambitions d'expansion des entreprises chinoises. Faut-il s'attendre à une déferlante d'investissements chinois aux États-Unis?
Ces mouvements de position «ne doivent pas être exagérés», estime Nariman Behravesh, économiste chez Global Insight. Les Chinois «n'ont pas les ressources pour être un acteur majeur dans le jeu mondial des fusions-acquisitions», selon lui. Mais «il est intéressant de noter dans quels secteurs ils investissent: des investissements sélectifs, très stratégiques, soit pour entrer sur un marché, soit pour asseoir une position sur un marché-clé».
Ainsi, «l'énergie est un secteur où la Chine dépend des importations», tandis qu'IBM et Maytag relèvent de la grande consommation et de high-tech, «domaines où ils pourraient prendre un avantage concurrentiel», souligne M. Behravesh.
Une acquisition dans l'énergie risque toutefois de susciter l'attention des autorités américaines, à l'instar de l'enquête qui avait été ouverte sur l'opération Lenovo-IBM, même si le secrétaire au Trésor, John Snow, a affirmé jeudi dernier qu'il était encore trop tôt pour prendre une telle décision sur le dossier Unocal. Au coeur des observations, les risques d'une percée trop stratégique dans un domaine sensible et d'espionnage industriel. Cela avait conduit les États-Unis à bloquer le rachat par le conglomérat hongkongais Hutchinson Whampoa de l'opérateur de télécoms Global Crossing, en 2003.
À la défaveur de CNOOC s'ajoute aussi la guerre des nerfs actuelle entre Washington et Pékin sur le taux de change dollar-yuan, les Américains ayant la ferme intention de rééquilibrer le rapport de forces.

